Les 3 erreurs fréquentes à éviter quand on lance son podcast

podcast erreurs à éviter
dire-son studio 
@copyright sephora schmidt
Les erreurs à éviter d’un point de vue radiophoique par dire-son.fr

Si vous êtes là, bravo, c’est que vous avez déjà sorti quelques épisodes de votre podcast et je vous encourage dans cette à pourquoi pas vivre de votre passion ! Le podcast est peu coûteux et intimiste et c’est pour ça que vous vous êtes plongé dans l’aventure pour partager vos connaissances ou votre expérience. Si le podcast demande peu de moyens ça ne veut pas pour autant dire qu’il est plus facile à réaliser que de la vidéo, comme j’ai pu le lire ou l’entendre dans de nombreuses conversations… Au contraire, vu qu’il ne fait appel qu’à l’ouïe, il est essentiel d’améliorer l’audio mais aussi de booster vos interviews.J’ai décidé d’écrire un article aujourd’hui pour les nombreux podcasteur.se.s qui souhaiteraient améliorer leur(s) podcast(s) d’un point de vue radiophonique. J’ai remarqué après avoir bingelistené de nombreux épisodes qu’il y avait pour la plupart du temps, des problèmes au niveau de la qualité audio, du rythme dans le montage et enfin, quelques petites choses à réajuster dans les manières d’interviewer les invités.

1. Une prise de son souvent négligée

Venant de l’univers radio, il fallait absolument que je brise cette fausse croyancequ’il est facile de faire un podcast. En effet, nombreux sont celles et ceux qui imaginent que comme il n’y a pas d’images il y a moins d’informations à traiter et à maîtriser. Certes, mais justement, il faut tout miser sur le son pour ensuite pouvoir maîtriser le reste, c’est la base. La prise de son est un métier qui nécessite beaucoup de patience et d’être très méticuleux. Que se soit dans l’enregistrement ou dans la manière de monter, il est très important de soigner l’enregistrement de votre audio car il montre que vous respectez votre auditeurice et que vous n’êtes plus un.e amateur.ice. Pensez que les rushs sont votre matière première et que le montage sera le liant de votre narration, la manière dont vous voulez raconter une histoire.

J’ai pu entendre de nombreuses catastrophes en terme d’enregistrement (ou prise de son) qui pour ma part m’ont fait fuir au bout de quelques secondes. C’est dommage, car si vous avez du contenu intéressant, mais que la forme ne suit pas, vous pourrez peut-être perdre de potentiels fidèl.e.s. Vous aurez beau avoir bossé comme des acharnés sur vos sujets, si le jour J votre prise de son est pourri, vous aurez fait tout ça pour ça et vous vous rendrez compte au montage que votre fichier son est inexploitable… Donc ayez en tête toute cette dimension sonore à préparer en amont (où vais-je enregistrer, avec quel matériel, dans quelles conditions, y’aura-t-il de l’alimentation ?)

Donc à proscrire pour avoir un enregistrement le plus propre possible :les salles de 100m2 de type loft sans aucun meuble.Vous vous en doutez car la résonnance sera très désagréable et vous entendrez un écho sur les voix qui peuvent vraiment faire grincer des dents et donner l’impression que vous êtes dans un hangar… Après si votre sujet porte sur les chats abandonné dans les usines désaffectées de Picardie d’accord. Mais si vous interviewez un champion de e-sport geek parisien qui vit seul chez lui, le son d’atmosphère ne risque de pas être raccord avec le contenu et le propos de l’interviw… En fait, pourquoi je vous dis ça ? Parce que l’ambiance sonore, c’est-à-dire l’environnement qui entoure l’interview fait partie du message et il est bizarre de dissocier les deux. Ce serait l’équivalent au cinéma de mettre un bruit de clavier sur une scène au beau milieu de la jungle… C’est pour ça qu’il est souvent mieux d’enregistrer dans un studio si vous le pouvez, un environnement sonore neutre. Puis de rajouter ensuite les ambiances sonores aux dialogues par la suite si vous en avez. Mais encore une fois, cela dépend de ce que l’on veut raconter et du rendu esthétique voulu.

Enregistrement propre sans bruit parasite pour podcast
dire-son
@credit Malika Ung
Un enregistrement / prise de son neutre pour ne pas avoir de bruits parasite.
TIPS 1

Mais un conseil, si vous êtes dans un lieu que vous ne connaissez pas pour votre interview, fermez les yeux avant de faire vos tests micros et vérifiez s’il n’y a pas de bruits parasites de type ventilation ou un bruit de frigidaire, chaudière ou néon qui bourdonnent en arrière fond. Ce ne serait pas du luxe de changer de pièce ou de débrancher certains matériels électroniques dans la mesure où il est possible de le faire. Enregistrer dans un milieu trop bruyant peut être très gênant et perturber votre interview ou votre interviewé et donc le déconcentrer dans ce qu’il dit.

TIPS 2

S’il n’est pas possible d’avoir du silence complet sur votre lieu d’enregistrement (ce qui est très fréquent on ne va pas se mentir), enregistrez une séquence d’une minute à 2 minutes du bruit parasite sans parler pour pouvoir au montage le mettre en fond sonore à un niveau très bas en continu le bruit parasite afin qu’on l’oublie presque. Un faible bruit en continue plutôt qu’à intermittence qui surgit toutes les 5mns et moins perturbant pour l’audience.

TIPS 3

Aussi, je vous conseille si vous le pouvez au début de votre épisode/interview, de mentionner le cadre dans lequel vous enregistrez et faites votre interview, afin de ne pas surprendre l’auditeur en cours d’écoute. Par exemple si vous enregistrez dehors (période de confinement oblige) et qu’on entend des bruits de chantiers derrière alors que vous faites un sujet sur les espaces de coworking/cocooning, si vous mentionnez le contexte dans lequel vous enregistrez manque de moyen, (on fait avec les moyens du bords c’est normal) il n’yaura pas de mauvaise surprise pour l’auditeur qui est prévenu qu’il pourra y avoir quelques dissonances entre le bruit ambiant en arrière fond et votre propos. Ce qui améliore amplement l’écoute en amoindrissant la gêne…

2. Le rythme du montage : une grammaire sonore à améliorer

Maintenant que vous savez tout sur la prise de son, je vais continuer à vous embêter avec le montage sonore qui est dans la continuité de votre processus de réalisation. Une fois que vous avez vos rushs qui sont a priori assez propres car votre prise de son est optimum, 😉 vous pouvez passer au montage.

C’est ce que j’appelle la seconde phase d’écriture. Elle nécessite de construire des phrases, des séquences et donc d’avoir une grammaire. Comme l’a si bien dit un de mes enfants en atelier c’est comme dans toute phrase, « il faut une majuscule et un point ». Une émission quelque soit son format, c’est pareil : interview, fiction, documentaire… doit avoir un rythme, des temps de respirations, de pause et des éllipses pour que l’histoire ait du sens. Le minimum vital dans un podcast est bien connue : ce sont le générique d’intro et l’outro. Et entre les deux, j’ai souvent entendu des jingles ou des interludes sonores qui étaient mis un peu par ci par là au petit bonheur la chance…

TIPS 1

MIEUX VAUT NE RIEN METTRE plutôt que de placer des pauses ou des musiques n’importe où. Car si vous mettez de la musique en plein milieu d’une phrase qui n’est pas terminée, c’est très embêtant pour l’auditeur qui s’attend à avoir la fin de la phrase. Une musique ou un jingle servent de transition et non pas de cache misère pour masquer la longueur d’un dialogue soporifique. Si vous estimez que votre montage est trop long, raccourcissez quelques parties, mais ne mettez pas une pause juste pour mettre une pause.

TIPS 2

Si vous vous sentez d’utiliser des jingles ou de virgules sonores courtes (une à 15 secondes) soyez parcimonieux.se. Voyez la pause comme un moment de répit, de respiration (comme les virgules en grammaire) pour que l’auditeurice reprenne son souffle lorsque la tension était forte dans le récit. La musique sera comme un point en grammaire : une manière de redescendre en douceur et/ou d’intégrer ce qui vient d’être dit.

grammaire sonore le montage audio podcast dire-son
Savoir utiliser la grammaire sonore, le montage et le rythme rendent l’écoute et la narration plus fluide
TIPS 3

Sachez tout d’abord qu’entre différentes séquences, voix, musiques, il est PRIMORDIAL et c’est la base, de faire des fondues. C’est-à-dire d’enchaîner les morceaux de manière fluide et non pas de coller des morceaux mis bout à bout sans transition. Ce qui donnent une impression hachées à l’écoute et désagréable. Le fondu est votre outils de prédilection lorsque vous êtes monteuse ou monteur ou ce qu’on appelle les FADEIN. Il consiste à ce que le volume du début de votre piste augmente doucement jusqu’à son volume moyen et constant.Entendez-le comme une introduction. Le FADEOUT ou le fondu de sortie permet de baisser progressivement le volume aussi à la fin de votre séquence comme lorsqu’on termine une phrase, notre voix baisse. Il s’agit d’appliquer le fade quelques secondes sur votre séquence au début et à la fin, pour que le cerveau comprenne que l’on commence ou on termine un sujet. Pour se préparer à aborder d’autres sujets ou conclure. Selon votre logiciel de montage, il existe différentes méthode pour soit faire votre automation à la souris (baisser ou augmenter les décibels de votre pistes à la main) soit à l’aide d’un effet autoomatique (fondu).

Vous verrez, à force, vous arriverez à faire votre petite popote et à doser quand il faut ou quand il ne faut pas mettre de virgule. Votre narration ne pourra qu’être enrichie si vous maîtrisez ce vocabulaire et cette grammaire sonore. A présent nous allons aborder brièvement un des problèmes majeur de l’interview….

3. S’adresser seulement à l’invité.e

Maintenant que vous avez la technique, il ne manque plus que le fond. La passion et la volonté que vous avez de transmettre de l’information aux auditeurices est le coeur de votre motivation et je vous en félicite ! Néanmoins, il est nécessaire de savoir à qui vous vous adressez et comment vous devrez lui parler.

TIPS 1

L’interview n’est pas qu’une affaire d’interaction à deux, c’est un plan à trois qui comprend l’hôte, l’invité.e ET l’auditeurice. N’oubliez jamais cette dimension ! J’ai entendu bien souvent des podcasts d’interviews très intéressants, mais il manquait toujours quelque chose : l’intervieweur.se ne s’adressait qu’à leur invité.e.s en oubliant totalement de s’adresser à l’auditeurice. Dans certains podcasts marketing ou tech on peut se retrouvé confronté à ce problème. Moi qui voudrais améliorer mes compétences ou connaissances là-dedans, comment vais-je faire si les personnes que j’écoute n’emploient que du jargon que seuls les marketeux, développeurs ou les community managers comprendront ? Il n’y a rien de plus énervant que de se sentir exclu d’une discussion. Ce serait l’équivalent de parler frangliche à un saumon au beau milieu de la Lozère. Peut-être ne suis-je pas la cible de ces podcasts de « niche », mais c’est dommage ! Car j’aurais aimé en apprendre davantage sans avoir à mettre stop et googler toutes les 30 secondes les termes qui ne sont pas vulgarisés ou expliqués dans l’interview par l’hôte du podcast… De plus, on sent que l’hôte n’est pas dans le partage de l’information mais dans une logique de cumuler le savoir pour soi ou de performance. Et ça, c’est pas très podcast…

TIPS 2

Mettons que votre podcast est de niche et que seuls les initiés du cercle vous écoutent, pourquoi ne pas essayer de vous adresser à un public plus large et moins spécifique pour toucher plus d’auditeurices ? En faisant ce choix d’être trop pointu, vous vous priverez d’une grande partie de newbies et donnerez une image fermé de votre podcast. (déjà que le cercles des auditeurice de podcast est en soi une niche….). Vous l’avez deviné, après deux épisodes je me suis désabonnée de ce podcast qui pourtant aurait pu m’apporter des solutions intéressantes mais j’ai préféré en trouver un autre plus accessible. Ma technique à moi quand j’interviewe, c’est d’imaginer que je m’adresse aussi à ma grand-mèrequi m’écouterait de l’autre côté du poste et de rendre le discours intelligible et audible de tous. (car oui, ma mamie n’est pas fondue de tech, ni demarketing. Quoique ? )

technique animation interview à 3 dimension dire-son podcast

Réfléchissez donc bien à cela et dans le doute, soyez le plus généraliste possible car c’est par cette manière que vous arriverez à toucher du monde par votre message qui sera généreux. Le podcast est un univers de curieux qui ne cherchent qu’à apprendre. Or, il faut bien commencer par utiliser le même langage au départ avec vos auditeurices si vous voulez qu’ils entendent votre message et être sur la même longueur d’onde non ? (pas mal ma métaphore non?)

Moi qui suis un peu queer sur les bord, si je vous parle de « cis, ace à tendance pan non-binaire » je peux déjà imaginer le roulement d’yeux que vous allez me faire. Et si j’ai un.e grand.e réac’ en face de moi, il est possible que la personne zappe tout de suite à l’énonciation de ces termes qu’ils vont juger « barbares » juste parce qu’ils ne les ont pas compris et que personne n’a pris le temps de leur expliquer qu’est-ce qu’ils voulaient dire. En revanche, si vous avez en face de vous quelqu’un qui est réac mais ouvert (ça peut exister franchement) et qui vous écoute, en tant que podcasteur.se, vous devez redéfinir les termes pour lui/elle. S’il est à l’écoute de votre épisode, c’est parce qu’il est attiré par vos sujets mais peut-être pas encore familiarisé à cela. Comme il vous accorde de son temps et de son attention précieuse, il faudra que vous lui explicitiez tous ces acronymes et ces jargons pour l’inviter progressivement à s’immerger dans votre univers avec ses codes et son langage… C’est donnant donnant !

N’oubliez donc pas, l’animateur ou animatrice du podcast est un.e médiateur.ice qui a le DEVOIR de vulgariser ce que l’invité expert ou autre ne peut faire… Car de 1 ce n’est pas son job, et de 2 il a peut-être suffisamment le trac comme ça pour penser à VOS auditeurices. Attention, il ne s’agit pas de faire une parenthèse de 15 mns à chaque fois qu’un mot complexe sort. Il suffit juste de reformuler en deux phrases ou de demander à votre invité.e de le définir et dans quel cadre il/elle l’utilise pour ne pas perdre votre auditeurice en cours de route ! Chouchoutez-les autant que vos invité.es.

Et maintenant vous avez toutes les clefs en main pour améliorer votre contenu, il ne vous manque plus qu’à être vous-même ! 😉

Si vous souhaitez en savoir plus sur les techniques d’interview et d’animation ou comment poser sa voix, faire du montage rapidement, n’hésitez pas à m’écrire à la page contact. Je ne manquerai pas de vous répondre. Et surtout, n’oubliez pas que ce qui vient d’être dit ne sont que des conseils et qu’il ne faut pas tout suivre à la lettre. Moi-même j’ai parfois du mal à appliquer ces conseils faute de temps, de moyens ou d’attention. Alors, faites juste du mieux que vous pouvez.

A très vite j’espère et bonne pratique !

Malika

Documentaire sonore : L’écho de mon cousin Djo

Cette illustration est signée Sophie Rogg

Ce documentaire commence par la lecture d’une relation épistolaire d’une cousine – Anna, avec son cousin Johan, détenu à la prison pour hommes de Rennes. Quand j’ai rencontré Anna pour la première fois, elle avait ce sourire malicieux et ces yeux noirs et profonds qui la caractérisent bien. Participante et lauréate de la bourse « Brouillon d’un rêve » 2019, elle arrive avec sa valise à roulette venue d’Ardèche parmi les derniers arrivants. Nous sympathisons du fait que nous sommes toutes les deux de Rhône-Alpes et surtout car nous avons un point commun : celui de la radio associative. Quand elle avait 8 ans, sa famille est restée 2 ans à Hawaï, d’où elle s’enregistrait déjà pour envoyer des nouvelles à sa famille et ses amis à travers l’émission « Bonjour la France ! » 🙂

« Brouillon d’un rêve« , un concours dédié aux auteurs.trices pour la création d’oeuvres audios, vidéos, littéraires… qui attribue chaque année à quelques candidats des bourses d’aide à la création donc, est la concrétisation de ce projet qu’elle avait couché sur le papier, diffusé sur « Expérience », d’Aurélie Charon sur France culture.

Quand j’ai écouté son documentaire de 58 minutes il y a quelques mois, je n’ai pas vu le temps passer. Non seulement l’histoire de son cousin Johan est impressionnante, car elle est bien plus que le point de vue d’un jeune homme sensible adopté et déraciné. En effet, ce cousin, cet alter ego au destin bien différent du sien, communique à travers sa cellule et lui parle de son pays natal auquel il a été arraché, au-delà de la perte de ses parents. Ce documentaire est la voix d’une quête d’identité et d’amour. Il soulève aussi la question du destin et du hasard, du libre arbitre selon les moyens que l’on a au départ…

Discussion avec Anna Gigan

Anna Gigan

Est-ce que tu peux nous parler de ta relation avec ton cousin Johan, colombien adopté par ton oncle et ta tante à 4 ans ?

J’ai rencontré mon cousin le premier jour où il a posé les pieds sur le sol français, nous étions allés chercher lui et ses parents, avec mon père, à l’aéroport Charles de Gaulle quand il revenait de Colombie. J’étais un peu plus grande que lui, mais je m’en souviens bien, parce que c’était un grand moment. Ses parents étaient très émus.Ils sont restés quelques jours chez nous, à Paris, puis ils sont partis à Nantes commencer leur nouvelle vie. On se voyait pas beaucoup mais il y avait un lien invisible, compte tenu de nos histoires communes. Mais dans la vraie vie, c’est d’ailleurs dommage, on ne se retrouvait que dans les fêtes familiales….

Tu es allée en voyage en Colombie et c’est ce qui a débuté votre correspondance. Peux-tu nous dire comment avais-tu envisagé ce voyage à la base et cet échange ?

En fait, ce qui est fou, c’est que ce voyage s’est organisé indépendamment de ma volonté et sans aucun lien avec Johan. Le hasard a fait que je me suis retrouvée là où il est né à Manizales. Pourtant c’est grand la Colombie… Des copains musiciens m’ont proposé de venir avec eux en « tournée » et tous nous héberger dans sa famille colombienne. Je me suis dit que j’allais aussi en profiter pour capter des sons, et faire des émissions de radio pour Vogue Le Navire (son émission radio sur (RDBFM). J’ai repris contact avec Johan à mon retour. J’ai demandé l’adresse de la prison à mon frère qui était en contact avec lui ( ils ont habité ensemble ). Je lui ai raconté mon voyage, un peu de son pays, mes impressions – et je lui ai posé une tonne de questions…

Quels sons lui as-tu envoyé ? Et pourquoi ce support plutôt que des photos ?


J’ai enregistré des sons d’un moment chez un coiffeur avec la radio derrière, je trouvais ça bon, et vraiment en immersion. J’ai pris aussi des ambiances, des sons de la rue qui grouille, de groupes de musique qui jouent partout, les impressions du pays de mes potes et de la famille colombienne de ma copine, des captations sur un marché, la vie quoi ! J’ai choisi ce support car j’aime le son, ça fait partie de ma vie. Je faisais déjà de la radio, des podcasts et installations sonores. 

Plaza de Mercato à Manizales en Colombie. Photo de Diana Rey Melo 

Depuis quand fais-tu de la radio?

Quand je suis arrivée en Ardèche, la première fois en 2014, je suis allée dans une radio Locale (Radio Des Boutières) pour assister à l’enregistrement d’une émission sur le blues que faisait un copain musicien. Le responsable de la radio me voyant très intéressée me dit « Dis moi, tu as l’air d’aimer la radio, on est en train de changer toute la grille des programmes, si ça te dit de penser à une émission, vas-y n’hésite pas ». Et du coup j’ai écrit sur le mouvement, pour illustrer mon mouvement de Paris vers l’Ardèche ;  grâce au truchement des autres.. Comment le déplacement d’un endroit à un autre nous transforme, nous inspire, nous questionne… Ca a été comme un labo pour moi : j’avais la liberté pendant une heure d’ondes de creuser ma thématique, d’expérimenter des choses… Ensuite en 2016, je suis partie vivre 2 ans à Bordeaux – et pour ne pas arrêter cette émission « Vogue Le Navire » je me suis équipée d’un Zoom et j’ai commencé les captations, les créations sonores, le montage, le mixage… J’ai aussi travaillé avec une chorégraphe et ses danseurs sur la création sonore d’un spectacle, réalisé des bandes sonores pour le printemps des poètes. J’ai appris sur le terrain quoi.. Et la troisième étape dans ce processus a été « Brouillon d’un rêve« . Penser, écrire un projet avant de le réaliser, c’est un travail beaucoup plus « intellectuel  » je dirais moins « sensuel » dans son approche peut-être. 


Etait-ce pour toi cathartique d’écrire ce projet vu que tu as aussi été adopté bébé ? Tu restes très discrète sur ton ressenti malgré l’émotion qui se dégage de cette création, dont ton cousin est le protagoniste.

Oui, en quelque sorte ! J’avoue que j’ai beaucoup pleuré pendant l’écriture… Surtout sur la musique de Barbara « Dis, quand reviendras -tu? » que mes parents écoutaient et que j’adore plus que tout. Je la mettais à fond, en boucle et je dansais, j’écrivais, ça me transportait vers Johan petit. Je l’imaginais tout seul sur un banc, en train d’attendre sa maman qui revenait jamais, c’était comme si tout d’un coup j’étais dans sa peau qui était aussi la mienne ; que je sentais ce vide, ce manque de je ne sais quoi… Enfin si je sais : de la base en fait ! Cette attente de quelque chose qui ne vient jamais et qui en même temps te pousse à être là où tu es. C’est fort, c’est même dur de repartir sur autre chose après… 

Savais-tu lors de l’écriture où elle te mènerait ? Quelles problématiques voulais-tu faire ressortir principalement au départ ?

Non, pas vraiment. au début, j’ai écrit, écrit, écrit, des choses qui me venaient. Puis après, j’ai fait le tri et le fait d’être dans ce cadre du concours, m’a aidé à structurer. C’était la première fois dans ce sens là de d’abord écrire avant de faire le son. Normalement j’écris au montage / mixage ; Alors c’était dur au début de trouver le fil ! J’ai demandé l’avis à des copines qui connaissent l’exercice, mais pour l’image. Elles m’ont poussées à être plus claire et à ce que je m’implique plus dans ce que je voulais dire. Les problématiques sont arrivées dans un second temps  :

 » comment écrire son histoire quand on en connaît pas le début, comment se trouver quand on est déraciné, comment se laisser aimer quand on est adopté… »

Anna Gigan, autrice de « L’écho de mon cousin Djo »
Photo prise par Anna Gigan de Manizales

Qu’est-ce que t’as appris cet échange et cette expérience sur toi?

Qu’on ne fait rien seul. Comme c’est important de se sentir soutenu, entendu, dans la vie. Je crois que Johan a ressenti la même chose et que ça été important pour lui de pouvoir exprimer tout son ressenti librement sans se sentir jugé. Quant à moi je ne suis pas sortie de l’auberge. Je ne me suis pas encore vraiment apprivoisée car cette histoire m’a renvoyée à la mienne et à mes failles. Je me suis rendue compte que ma relation à l’amour n’était pas simple : la question de l’abandon surgit encore souvent dans ma vie. J’ai du mal à me laisser aller, à me laisser aimer. Je trouve que dans les chansons de Gainsbourg c’est très bien illustré dans la javanaise par exemple  » la vie ne vaut être vécue sans amour, mais c’est vous qui l’avez voulu mon amour » ou « fuir le bonheur avant qu’île se sauve » lui aussi, on dirait qu’il a peur… Je crois que la blessure d’être abandonnée est quelque chose que l’on peut dépasser mais pas complètement. Il y a eu à un moment un départ définitif : c’est à dire que c’est comme si on savait que ça pouvait arriver, que la personne la plus importante disparaisse, et que cela nous laisse en survie peut-être ? On n’a pas envie de revivre ça, je crois ! A la fois ça rend très fort aussi mais le doute, la peur du couple sont des choses avec lesquelles je dois composer. Mais bon, j’avance.

Qu’en est-il de Johan actuellement et peux-tu me parler de ce making-off qui n’a pas dû être simple du fait que ton cousin est en prison ?

La très bonne nouvelle, c’est que Johan, risque de sortir avant l’été de prison ! Si tout va bien. Il fait régulièrement des sorties à l’extérieur. Il a été sélectionné pour participer à un trail de 61 km et il passe son permis !! Après 7 ans de prison, c’est assez vertigineux. Il se sent confiant, et réfléchit beaucoup au futur. Son rêve était de retourner vivre en Colombie… Je ne sais pas où il en est par rapport à ça. Il est étonnant dans sa façon d’aborder les choses, de les analyser, il est solide, déterminé, organisé. Je suis assez admirative et personnellement, je suis trop contente de la relation naissante, c »est plus que ce que j’imaginais !

Coté making-off, ça s’est bien passé parce que le personnel pénitentiaire a été bienveillant et conciliant. On a pu circuler sans problème dans la prison, après avoir fait toutes les demandes d’autorisation et passé tout le matériel au crible.. Côté réalisation, j’ai eu la chance d’être avec une équipe expérimentée de France Culture, alors ça été fluide. Quand au montage / mixage c’était la première fois aussi que je ne faisais pas seule. C’était une chouette expérience et ça motive pour le futur, voilà…faut penser à une suite maintenant !

Merci beaucoup !

De rien du tout ! Merci à toi !

En espérant que la voix de Johan à travers le micro d’Anna fera aussi écho en vous. Car c’est un récit double qui retentit malgré la carapace d’Anna, en chacun de nous. Il a le courage d’énoncer les émotions avec simplicité et humilité, quand il s’agit de se mettre à nu et d’évoquer ses sentiments. C’est aussi la générosité malgré la perte et la crainte de la disparition, qui déborde dans cet entretien confiné au centre de détention de Rennes. Une histoire de liens invisibles qui nous tiennent tous et qu’on a peur de rompre : cousins, pairs, amis, appartenance… A l’heure du confinement, « L’écho de mon cousin Djo » est une ode à l’espoir lorsqu’on se sent perdu et une belle leçon de vie sur l’introspection lié à l’enfermement.

Pour l’écouter c’est ici : https://www.franceculture.fr/emissions/lexperience/l-echo-de-mon-cousin-djo

« Rhizome », de l’écriture Radio à l’art vivant…

Depuis la rentrée 2019, l’émission Rhizome débarque sur la grille Radio Campus Grenoble, connu pour ses décalages contrôlés. Cette nouvelle création hybride sonore est en fait le fruit d’une collaboration entre Dire-son et l’association Mikado et Cie, tous deux sensibles aux questions de l‘interculturalité et qui souhaitent mettre en avant l’expression des minorités in-visibles.

En effet, si l’association grenobloise est connue pour son action dans le théâtre forum, elle est aussi connue pour ses ateliers socioculturels qu’elle anime auprès de populations marginalisées : chômeurs longues durées, jeunes déscolarisés, personnes handicapées, détenues, primo-arrivants… Et ce, avec plusieurs supports d’expressions : vidéo, contes, photographie et maintenant audio ! Pas étonnant que les deux entités se soient réunis pour cette création qui donnera lieu à un spectacle vivant à l’horizon 2022.

De gauche à droite : Malika Ung (dire-son), Arnaud Auria et Saidou Pacotogos (Mikado et Cie)

La première année se concentre sur le projet radio Rhizome

L’émission mensuelle dure 30 minutes : deux protagonistes et deux musiques en rapport avec le fil conducteur. Ainsi, tous les samedis de 11h30 à midi sur le site de Radio Campus Grenoble ou sur le 90.8 FM pour les grenoblois, vous retrouverez des regards croisées de personnes peu entendues dans les médias et l’espace publics. Des minorités ethniques immigrés de premières générations aux expatriés, en passant par les demandeurs d’asile, le spectre de la population dite immigrée est grand. Ce sont eux les protagonistes de cette émission qui aborderont des sujets tels que l’intégration, le multiculturalisme, le sentiment d’appartenance à un lieu, une valeur… L’objectif étant d’interroger les idées fausses sur l’immigration et la figure de l’étranger. C’est en employant des formes et formats sonores très libres à la croisée entre portrait et création sonore, expérimentation ou essais que les jeunes artistes Malika Ung (auteure, podcasteuse), Saidou Pacotogos (conteur, comédien) et Arnaud Auria (vidéaste, dramaturge) veulent s’adresser au public de la façon la plus large possible.

« Les caractères principaux d’un rhizome: à la différence des arbres et de leurs racines, le rhizome connecte un point quelconque avec un autre point quelconque, et chacun de ses traits ne renvoie pas nécessairement à des traits de même nature, il met en jeu des régimes de signes très différents et même des états de non-signes. Le rhizome ne se laisse ramener ni à l’un ni au multiple.»

Gille Deleuze et Félix Guattari dans « Capitalisme et schizophrénie 2, Mille plateaux »
Dans l’émission Rhizome vous écouterez des regards croisés sur le métissage, l’acculturation et les identités plurielles.

Un projet culturel soutenu sur trois ans par Grenoble-Alpes Métropole

A la fin de cette première année, la matière récoltée dans les émissions aidera à l’écriture d’une pièce multimédia et protéiforme où s’entremêleront témoignages, performances en direct et projections destinées au grand public. Une oeuvre fictive inspirée du réel à l’image des parcours des auteurs.trice.s : sinueux, faits de multiples rencontres et territoires : à l’international comme au niveau local.

C’est la transition démographique (vieillissement, mondialisation, gentrification) et les questions d’identité nationale qui sont le coeur des questionnements de ces artistes. Et c’est cela qui a séduit les juré de Grenoble-Alpes Métropole qui leur ont attribué une aide à la création pour l’appel d’offre culturelle « transition et création » sur le territoire de la Métro.

En attendant la pièce finale, vous pouvez d’ores et déjà écouter une partie de ce processus en cours de création sur le site de radio campus Grenoble. L’émission Rhizome attaque son 4e chapitre au mois de janvier 2020 et tente de comprendre les contours du métissage et de la pensée métisse.

Rencontre avec les initiatrices de THE WOMANIST PODCAST

Il y a quelques mois, nous avons découvert en défrichant quelques podcasts en rapport avec l’afroféminisme et le colorisme, ce podcast qui est une mine d’or d’informations nous apportant aussi une bonne dose de bonne humeur.

C’est d’abord le côté radiophonique sous forme de discussions entre meufs racisées qui a retenu notre attention. Mais c’est surtout le sérieux des sujets traités de manière intersectionnelle sur un ton décontractée qui nous a convaincu : une perspective féminine et ethnique, sans se revendiquer militantes pour autant.

En fait, dans the Womanist, la pluralité des avis est très grande, car chacune des animatrices donne son opinion de façon décomplexée sans censure ni jugement, que se soit pour débattre de harcèlement de rue comme de culture pop !

Chacune parle de sa propre expérience sans en faire des généralités ou sans élaborer des théories pompeuses. On traite politique dans les épisodes sur le colorisme, l’appropriation culturelle ou le racisme anti-blanc… En démantelant aussi bien les clichés sexistes et racistes de l’angry black woman qu’en discutant de sujets plus « lifestyle » comme l’amour mixte, les sexualités, les réseaux sociaux, cette bande de femmes noires françaises immigrées aux US, nous partagent un pan de leurs réflexions à la lueur de leurs expériences personnelles en tant que femme de couleur noire, francophone et tant d’autres facettes de leur identité plurielle… Dans le dernier épisode par exemple, on se penchera sur le phénomène de gentrification et de blackgeoisie ! C’est pour cette raison que dire-son a voulu les interroger pour comprendre les coulisses de cette émission qui contribue à lever le tabou autour du mot « communautarisme » et parfois même « féminisme ».

Interview

Bonjour  Louisa et Laethycia. Comment vous est venu l’envie de faire ce podcast ? Au départ vous étiez 3 et maintenant vous voilà 7 !

The Womanist Podcast est né d’un besoin de s’exprimer sur les sujets qui nous touchent, nous femmes noires, de créer un espace “safe” où l’on pourrait apprendre, échanger et donner nos avis. 

Toutes les animatrices vive à New York, ville multiculturelle. Vous vous adressez principalement aux femmes noires à l’identité multiculturelle. Pourriez-vous préciser ?

On parle ou on dit souvent “la femme noire” en oubliant toute sa diversité, qu’il s’agisse de nos origines, de nos cultures, notre identité sexuelle, notre appartenance à une ou des sous-cultures, notre environnement etc. À travers le podcast, on s’adresse à la diaspora, aux femmes noires où qu’elles soient, dans toute leur diversité et leur complexité. Malgré le fait que nos expériences en tant que femmes noires aient de nombreux éléments en commun, nous sommes toutes différentes. On a choisi de s’exprimer en français parce que c’est notre langue maternelle et parce qu’on s’adresse principalement aux femmes noires francophones, notamment parce qu’on trouve que les discours des racisés sur les problématiques sociales et raciales qui touchent ces femmes est encore trop bridé dans les pays où l’on parle français.

La France est en retard en ce qui concerne les mouvements décoloniaux et antiracistes ?

Honnêtement, c’est difficile à évaluer de façon objective puisque nous n’y sommes pas mais il nous semble qu’effectivement il y a un gros retard en France ou plutôt une grande résistance de la société française. Cela dit, il y a aussi un gros travail qui est fait par de nombreux groupes, associations, collectifs, etc. et d’autres initiatives plus individuelles. Force et courage à eux.

« On trouve que les discours des racisés sur les problématiques sociales et raciales qui touchent les femmes noires est encore trop bridé dans les pays où l’on parle français. »

Vous définiriez-vous comme militantes et/ou afroféministes ?

Le fait de produire un (bientôt plusieurs) podcast qui s’adresse aux femmes noires et d’avoir les opinions que nous avons, on considère que c’est un acte militant ou engagé. Mais se définir comme militantes et/ou afroféministes, pas vraiment parce qu’on n’aime pas les labels et parce qu’on a un grand respect pour les gens qui le sont et qui travaillent dur sur le terrain.

Pourquoi avoir choisi le format podcast et comment définissez-vous les thématiques de chaque épisode ? 

Le format podcast est apparu comme une évidence. Dans une société où tout le monde est obnubilé par l’image et où la capacité d’attention a beaucoup diminué, le podcast est un peu à contre courant même si paradoxalement il est très populaire. Pour nous, il permet de garder un peu d’authenticité et de spontanéité (même si les enregistrements sont préparés et un minimum édités). C’est aussi une façon de dire – ce qu’on dit, c’est important. Les thématiques sont choisies en fonction de nos inspirations ou de sujets qui font l’actualité. On reçoit également beaucoup de suggestions de nos auditeurs.

Quels podcasts écoutez-vous et recommanderiez-vous en terme d’excellence ?

Nous n’écoutons pas vraiment de podcasts en français pour éviter d’être influencées. Par contre, pour ce qui est des podcasts en anglais, on aime beaucoup ce que font The Heart, Therapy For Black Girls, Oprah’s Super Soul Conversations et Ear Hustle.

Même si elles restent modestes quant à leurs intentions féministes et inclusives, nous sommes convaincue que l’engagement transparaît dans ce podcast qui s’adresse à des femmes issues de toutes minorités ethniques car il peut trouver un écho à leurs questionnements au quotidien. Et ça c’est fort !

Merci à toute la team de The womanist d’avoir répondu à nos questions ! En leur souhaitant une bonne continuation et beaucoup d’auditrices… ❤

Vous pouvez écouter tous leurs podcasts sur leur page internet ici : https://www.thewomanistpodcast.com/episodes

Le son binaural : effet bling bling ou révolution sonore ?

podcast son binaural casque or
Reproduction du casque d’un des membres de Daft Punk

Récemment de nombreux studios de podcasts se démarquent de la plèbe des podcasteurs indé avec notamment la monétisation par les annonceurs, mais aussi avec une toute nouvelle technologie de pointe : le son binaural. Dernièrement, le studio Bababam a sorti le podcast de fiction « Noises » qui vend les mérites d’une narration décuplée d’intérêt grâce au son binaural. Ce ne sont pas les premiers à se lancer dans cette technologie du tur-fu, puisque de nombreux studios se l’arrachent comme la 3d au cinéma multiplex.

Mais la 3D sonore, est-ce vraiment une valeur ajoutée pour la narration audio ? Ne pouvons-nous pas nous contenter de la bonne vieille stéréo qui suffit largement à raconter une histoire ? Est-ce une technologie pour des podcasts de certains genres en particulier et superproductions ? D’abord, voyons voir de plus près ce qu’est le son binaural si vous le voulez bien.

Le binaural vulgarisé

Parce qu’un son vaut mille mots, cliquez d’abord sur ce lien : virtual barber shop !! Une des plus célèbres démonstrations d’expérience sonore en binaural qui a drainé plus de 30 millions de vues,nous transporte chez le barbier comme si nous y étions rien qu’en fermant les yeux.

Le son binaural reproduit l’écoute naturelle de manière à situer le son dans l’espace et arrive contrairement à la stéréo, à repérer les sons et leur timbre ainsi que leur champs de profondeur quand ils passent à côté de vous : en dessous quand le métro vibre sous vos pieds, ou au-dessus de vous quand les avions frôlent le ciel. Le son binaural comme le son est enveloppant, mais il permet à l’auditeur de se mettre dans la peau du narrateur comme s’il vivait l’histoire à sa place : mêmes perceptions auditives que le héro avec ses oreilles. Cette technologie procure une sensation de réalisme « in situ » qui peut donner des frissons à la manière de l’ASMR qui titille certaines parties du cerveau, (Autonomous Sensory Meridian Response) car elle apporte une dimension vibratoire et sensorielle supplémentaire à l’ouïe. N’oublions pas que le son est une onde sonore qui se propage de votre oreille à votre cerveau en spatialisant l’information qui bouge, retentit. Et c’est pourquoi le son binaural est incroyable : il reproduit à la perfection les mouvements de ce bruit. D’où le terme « immersion », que l’on entend souvent pour définir le son binaural, qui chatoient l’ouïe en filtrant les sons selon leurs provenances.

Son binaural, couleur des sons et David Hockney
« More felled trees on Woldgate » de David Hockney, 2008

L’enregistrement peut se faire soit en mettant des micros implantés dans les tympans et l’ouïe des protagonistes. (d’où la sensation d’être dans les oreilles de…) Soit en reproduisant le processus d’écoute physique par de savants calculs mathématiques que nous n’expliquerons pas ici car nos connaissances en physique et en accoustique sont limitées…

En bref, le son binaural est pour l’univers audio ce que la réalité augmentée est au jeu vidéo. Le mode d’écoute se fera à l’aide d’un casque audio, tandis que l’autre se fera avec un casque de réalité virtuelle. Une expérience utilisateur au top comme disent les UI/UX designers, puisque la sensation de réalisme est réussie!

Quand les plus grands s’y mettent

Bien sûr, Arté Radio et Radio France furent les précurseurs du format podcast natif en France. Arté a notamment produit des pastilles sonores ludiques pour plonger immédiatement l’auditeur.ice dans des univers hors du commun avec « Dans la tête » : ce podcast natif de moins de 3 minutes en binaural permet de se mettre dans la tête d’un dentiste, d’une skieuse, d’une personnes aveugle ou d’un batteur… lancé en 2015 c’est tout simplement une expérience kiffante.

Le service public et plus spécialement France culture s’est mis aussi avec des fictions et des séries comme « Hasta dente » ou « l’appel des abysses » et plus récemment « Dreamstation« . Ayant de plus gros moyens que n’importe quel studio, malgré toutefois leur restrictions budgétaires importantes pour les années à venir, il était certain de les attendre au tournant… Quant aux studios 100 % natifs, Louie Media tente le binaural pour de l’interviews cette fois, dans son podcast « Manger » (anciennement plan culinaire) pour décupler les papilles en cuisine avec le son des casseroles venant frôler vos écoutilles et déclencher la synesthésie…

hasat dente podcast
Feuilleton de podcast natif sur France Culture

Vous l’avez compris, le son binaural est à la mode et tous les studios de Pariwood se l’arrachent pour offrir à ses auditeurs une expérience sonore extraordinaire. Mais cet effet est-il vraiment spécial et garant du succès?

Un succès relatif : le scénario avant tout !

Pourtant si les podcasts de fiction en son binaural sont épatants, ils ne comptent pas parmi les meilleurs chiffres en terme d’audimat. Car non seulement au bout de 5 minutes on s’en lasse vite ou on l’oublie. (comme au cinéma quand au bout de 15 minutes on tente d’enlever les lunettes 3D parce que l’effet s’estompe avec l’habitude) Mais en plus chez certains, cela peut entraîner une sensation de gêne ou d’intrusion à l’écoute. Car le son au casque peut être dissonant par rapport aux sons qui se produisent dans la réalité que vit l’auditeur dans son quotidien : imaginez un mur s’écrouler surgissant dans vos oreilles pendant que vous êtes dans les transports en commun ou en train de cuisiner… Et si l’on se veut l’avocat du diable, il se peut même que ces effets sonores de passe passe puissent dévier l’auditeur de l’histoire car son cerveau sera parasité par les sons environnement plutôt que de se focaliser sur les dialogues… Il faut donc des conditions physiques d’écoute calme à l’écart de la foule, dans un endroit plutôt confiné pour profiter pleinement de l’expérience et être attentif à 100%. Ce qui n’est pas encore donné à l’heure de la baladodiffuson…

Mais revenons à nos chiffres et à nos moutons. Prenons l’exemple de success story de podcasts aux Etats-Unis, les number one du podcast dans le monde. Les séries qui ont battus des records d’audience sont « Serial » et la série « The message » qui, à votre grande surprise, n’utilisent pas la technologie binaurale.

Le premier est un reportage mené par la journaliste Sarah Koening qui réouvre l’enquête du meurtre d’une adolescente par son petit ami de l’époque en 1999. Ce fait divers s’est réellement déroulée à Baltimore et a été mis en lumière par la journaliste du fait du manque de preuves tangibles dans cette affaire, qui pourrait bien être une erreur judiciaire condamnant un innocent derrière les barreaux. La qualité sonore est bien loin d’être le critère déterminant du podcast et c’est bel est bien la manière d’amener l’enquête qui a fait le succès de la série. L’ambiance propulse l’auditeur dans un véritable thriller aux côtés de la journaliste qui partage ses notes, fouille, téléphone auprès d’avocats, s’entretient avec plusieurs témoins, remue ciel et terre pour connaître la vérité auprès de la police, de la justice, de l’accusée. Elle égrène avec l’auditeur tout le long de l’enquête ce qui rend le récit progressif et d’autant plus haletant puisqu’on la suit presque en temps réel dans cette enquête. Où des millions de personnes avec plus de 100 millions de téléchargements se sont enjaillées pour Serial qui a d’ailleurs réussit à remettre au grand jour cette affaire non-élucidée.

Sérial podcast d'investigation
Le podcast « Serial » a réouvert le dossier et un nouveau procès pour Adnan Syed, accusé du meurtre de Hae Min Lee

« The Message » quant à lui, est une série de science-fiction avec plus de 4 millions d’écoutes qui lui non-plus, n’a pas fait l’usage de son binaural. Pourtant, le format science-fiction s’y portait bien ! On peut dire que le succès de ce podcast repose principalement sur le talent du scénariste Mac Roger et de la réalisatrice Rachel Wolter qui transporte et plonge l’auditeur dans un docu-fiction amené par la protagoniste fictive et journaliste. Elle sera la passeuse entre le public et une équipe de scientifique essayant de décrypter un message alien d’il y a 70 ans… Le soin est apporté à l’histoire de chacun des personnages plus vrais que nature, ayant chacun son histoire, sa personnalité, ses objectifs. Mais c’est aussi grâce à la réalisation qui amène graduellement l’auditeur dans une ambiance angoissante et le dispositif d’une mise en abyme du podcast dans le podcast, du message dans le message…

Vous l’avez bien compris, un podcast en son binaural sans scénario, c’est comme le dernier Endgame des Avengers… Les effets spéciaux à gogo ne sont pas les garants d’une bonne histoire qui vous porte aux tripes. D’ailleurs, le petit dernier de France Culture Projet Orloff sorti en septembre dernier et à la réalisation sonore classique commence à très bien décoller…

Si en France l’industrie du podcast est à ses débuts, la production de « fiction » est encore à ses balbutiements du fait de son coût de production élevé. La plateforme Sybel se voulant le Netflix des séries audios, a levé 5 millions d’euros cette année 2019. Dont 2 millions seront dédiés à une trentaine de créations originales. Parmi celles-ci, la plateforme favorisera-t-elle les effets spéciaux apportés par le binaural dans ses séries ou accordera-t-elle plus d’importance à la narration et au storytelling porté par une pool de scénaristes ? Nous espérons qu’elle optera pour le second choix. Nous réacs? Nooooooon !

Dans tous les cas, nous attendons avec impatience LE podcast français qui saura allier avec brio la technologie binaurale au service d’un récit intelligent, divertissant et avant-gardiste. Peut-être existe-t-il déjà à vos yeux ? N’hésitez pas à nous partager votre avis et à nous corriger en terme de technique binaurale ! Car à défaut d’être aveugles, on est surtout à l’écoute chez dire-son ! 😉

Un podcast sur le harcèlement scolaire : Bullied

Depuis le lundi 19 août, un épisode de « Bullied » sort tous les lundis pendant dix semaines. Il met en avant la parole de trentenaires qui ont connu l’exclusion de leur pairs ou de leurs profs en primaire, collège et lycée. Il s’adresse aux plus jeunes et à leurs parents, aux harcelés et harceleurs repentis, aux suiveurs. Il a pour but de faire bouger les marges et la norme.

podcast bullied témoignage

En écoute sur les applis mobiles de podcasts, Ausha et Spotify.

Septembre : une émissions spéciale rentrée en direct de Radio Campus Grenoble

A l’occasion des semaines d’inté bien arrosées pour s’intégrer dans sa nouvelle promo, Radio Campus Grenoble et Dire-son préparent à l’université une émission pour sensibiliser les étudiants et futurs élèves au harcèlement scolaire. Ce phénomène se manifeste dans l’enceinte des établissements scolaires et se prolonge aussi en dehors des cours sur internet et les réseaux sociaux. En effet, le harcèlement est protéiforme et peut se manifester à travers le cyberharcèlement, le harcèlement au travail, et les violences liées à toute forme de discrimination : grossophobie, racisme, homophobie…

Nous abordons lors de cette table ronde des moyens mis en place à différentes échelles pour lutter contre le harcèlement : du dispositif des élèves sentinelles pour que les spectateurs passifs de harcèlement ou suiveurs s’opposent aux violences, au bizutage camouflé, jusqu’au suicide des jeunes – seconde cause de décès après les accidents de la route – nous explorons les conséquences et les effets du harcèlement sur la société. Il s’agira lors de ce direct de mettre en avant la parole et les initiatives comme une partie des solutions pour briser le silence et rompre l’isolement des victimes pour que la honte change enfin de camps.

table ronde émission spéciale à Eve rentrée 2019 RCG
Table ronde à Eve – Espace vie étudiant sur le campus universitaire de Grenoble

A nos côtés :

– Valérie GILLIA et Agathe ALIBERT, membres du réseau Fontainois de lutte
et d’action contre le harcèlement (FLACH)

– Timothé Nadim, anciennement harcelé au collège, créateur d’une
plateforme de réseau social contre le cyberharcèlement scolaire et
ambassadeur de RespectZone Rhône-Alpes Auvergne, ONG et label qui lutte contre les
cyberviolences dans le monde numérique

– Monique Gorget, mère d’Adrien, étudiant qui s’est donné la mort suite au
harcèlement qu’il a connu dans une grande école supérieure. Elle est
fondatrice de l’association Adrien, une justice pour les étudiants

Disponible en streaming ici : https://campusgrenoble.org/podcast/aperophonie-malikaharcelementscolaire2-2-2-2/

PODCAST IS THE NEW FEMINISM

Si le mot « podcast » est un nom masculin qui a fait son entrée dans le Larousse en 2010, il a surtout émergé avec la présence de voix masculine (en majorité, 54% des podcasteurs sont des hommes) sur la bande FM et sur internet. Pourtant, nous avons quelques pistes qui pourraient nous faire penser que le podcast est THE média féminin.iste par excellence…

Tout d’abord, revenons aux racines du podcast : la FM

collectif radiorageuse

Le monde des radios libres et des radios associatives foisonnant dans les 80’s jusqu’à maintenant a ouvert ses studios à des émissions alternatives, aux contenus et informations sortant des sentiers battus. C’est dans cette mouvance qu’une poignée de femmes se sont lancées dans l’animation bénévole d’émissions : littéraires, musicales, cinéma, écologiques, féministes, militantes ou pas. On y retrouve par exemple la cultissime Femmes libres : émission créée en 1986 jusqu’à 2013 emmenée par Nelly Trumel, anarchiste et féministe sur Radio libertaire. Tandis que dans les radios commerciales il y a encore beaucoup plus d’hommes animateurs que de femmes, (49% d’animateur selon le CSA en 2018) le constat reste malheureusement le même dans les radios associatives, alors qu’on voit fleurir dans les années 2000 l’apparition d’émissions radio féministes et/ou queer.

Le collectif radiorageuses a d’ailleurs rassemblé une nébuleuse d’émissions qui déconstruisent les genres avec par exemple « Le gang des gazières » sur Radio Galère à Marseille, ou « Le courrier du coeur du cul » sur Radio Panik en Belgique. Les précurseuses de l’émission « Dégenré-e » à Grenoble ont ainsi planté le décor dans le paysage féministe/anarchiste et souffle ses 15 bougies… Même si les femmes sont toujours moins nombreuses à l’antenne à l’aube de 2020, nous sommes persuadés que c’est ce terrain fertile des radios locales, associatives et politiques qui ont permis de semer des graines de podcasts féministes dans le format audio numérique.

emission podcast queer hybride

Puis la vague féministe a surfé sur le podcast

Contribuant à l’empowerment des femmes en donnant plus de visibilité aux figures féminines parmi les invités, mais aussi dans la team présentatrice, le monde du podcast se construit sur des bases et des représentations positives de la femme actrice de sa vie. En témoigne Génération XX qui a débuté en 2016 avec Siham Jibril qui va à la rencontre de femmes entrepreneuses, créatrice et engagées. Elle les interroge sur leurs initiatives, leur parcours atypiques, leur doutes… Une invité nouvelle explique ainsi son projet dans chaque épisode (il y en a 70) avec qui les auditrices pourront s’identifier…

generation xx

Au même moment naissait aussi le projet « La Poudre » qu’on ne présente plus dans le milieu féministe, présenté par la journaliste Lauren Bastide. Elle fait parler des femmes fortes dans leur domaine et s’adresse à plus de cent mille auditeur.trice.s fidèl.es et captif.ve.s. Au micro de ces deux femmes : Julie Hamaïde de Koï Magazine, l’écrivaine Faïza Guene, Sarah Ouhramoune boxeuse professionnelle, Myriam Levain fondatrice de Cheek Magazine, Houda Benyamina réalisatrice de Divines… Ces podcasts ont inspiré et continuent d’inspirer de nombreux.ses auditeur.trice.s en leur montrant moult modèles et références de parcours féminins et attirent donc un public résolument féminin.iste.

Une sororité en marche : des podcasteuses indé aux girls shows

Devant tant d’engouement pour ces émissions, de nombreuses auditrices et journalistes se sont lancées dans l’aventure podcast en tant qu’animatrices avec des émissions parlant de sujets divers et variés… Mais on retrouve aussi et surtout des podcasts très lgbt+ friendly et féministes comme : « un podcast à soi » sous forme d’enquête sur les féminités sur Arté Radio, « Miroir miroir » qui déconstruit les normes de beauté, ou « Entre nos lèvres » qui interroge les sexualités sans tabou à travers des portraits. Le format podcast étant libre et intimiste et la production étant moins lourde qu’à la radio, de nombreuses femmes se convertissent à l’audio et squattent le web en indépendantes. (Si bien qu’on peut même trouver des tutos audios pour devenir podcasteurs.es dans « Les Coulisses » animée par deux femmes (encore !) qui partagent leur tips en tant que newbies dans la profession.)

Dans la catégorie émission duo d’animatrices ou bande de filles on aborde des sujets importants dans le féminisme tels que bodyshaming, grossophobie, genre, contraception, charges mentales, harcèlement de rue empowerment et représentations des minorités… Que de sujets dans l’ère du temps qui symbolisent des revendications fortes pour la 3e vague féministe surtout après Metoo ou bien la ligue du lol. N’oublions pas donc, de citer « Quoi de meuf« , « Mycose the night » avec Elodie Font une ancienne de Radio Nova et Klaire fait grr. Mais aussi l’excellent « Yesss » qui a fait son apparition l’an dernier avec aux manettes Anaïs Bourdet, l’initiatrice du fameux projet « Paye ta schnek« , qui partage des punchlines ou conseils pour remballer les relous face à des situations de violences sexistes. Bien sûr la liste des émissions est non exhaustive et on pourrait aussi citer d’excellents documentaires sur la masturbation féminine « les mots du plaisir » ou « Traverser les forêts » sur la non-place des femmes dans l’espace public réalisée par d’excellentes autrices… Mais ceci fera l’objet d’autres articles.

Yesss podcast

En somme, vous l’avez compris, le PAF du numérique audio est bel et bien féminin malgré une petite majorité d’audience et de podcasteurs masculin, on entend bien faire de ce média celui de la parité. Est-ce un hasard si les trois plus grands studios de productions de podcasts sont fondés principalement par des femmes ? Gabrielle Boeri-Charles entre autres chez Binge audio, Lauren Bastide co-fondatrice de Nouvelles Ecoutes mais surtout Melissa Bounoua et Charlotte Pudlowski à la tête de Louie Media.

Espérons que cela se confirmera dans l’avenir… !

Pour aller plus loin, écouter cette émission sur RFI : http://www.rfi.fr/emission/20180915-quand-le-feminisme-rencontre-le-podcast