Le podcast est-il de droite ?

trump podcast droite
US President Donald Trump during a joint press conference with Japanese Prime Minister Shinzo Abe at Akasaka Palace in Tokyo
6 novembre 2017. AFP PHOTO / Jim WATSON

A quelques mois des élections présidentielles US et française, des batailles sans merci entre futur.e.s candidat.e.s qui se tirent dans les pattes, j’ai été inspirée pour faire ma petite liste avec des cases… Si vous aussi vous vous êtes déjà demandé si les brunchs, les doc martens ou la musique électro étaient des trucs de gauche ou de droite et que vous dévorez les podcasts, cet article est pour vous. Toujours à l’affût des tendances et des pratiques d’écoutes, j’ai cherché à savoir si le podcast avait la fibre sociale ou plutôt entrepreunariale… N’hésitez pas à laissez votre commentaire pour plus de débat et de rigolade car bien sûr, cette liste n’est pas vraiment exhaustive ni bien objective… Elle palpe juste les tendances actuelles.

« Pas facile, gagner l’argent français : bosser bosser »

Monétisation du podcast

Si l’on se fie aux provenances géographiques du podcast, il serait aisé de dire que notre cher et tendre podcast est ultra-libéral. Comment dire… Le pays d’ObamaTrump ayant une bonne dizaine d’années d’avance sur l’Europe en matière de podcast, on peut carrément qualifier leur (éco)système de « marché ». Un lieu où se monétisent les formats devenus des marchandises, où les espaces publicitaires sont les bienvenus pour vendre un déodorant, un soda ou une paire de sous-vêtement en pré-roll, mid-roll ou post-roll.

Nous étions trop occupés à analyser les images projetées sur le mur pour remarquer que le mur même avait été vendu.

Naomie Klein dans « No Logo »

Selon des études Nielsen, (fournit des études et des informations sur le marché des produits culturels et médias) le podcast faciliterait la mémorisation de marque appelé « Brand recall » 4,4 fois plus que tout autre format numérique. Et c’est un argument de vente qui a fait explosé le chiffre des annonceurs sur le podcast, engendrant un chiffre d’affaire global de 220 000 millions de dollars en 2016 (Source IAB PODCAST, PWC).

Ce qui n’est pas tombé dans l’oreillle d’un sourd pour les plateformes d’hébergeurs de podcasts tels qu’Ausha, ayant rajouté un service monétisation de podcast, Acast proposant des partenariats avec de nombreux annonceurs sur leur site, ou encore Podcastics donnant accès à un programme d’affiliation à 15% de commission pour les nouveaux abonnés/podcasteurs/consommateurs.

Entreprendre sa vie comme son travail : l’attitude pro-active

Quand on regarde de plus près les classements des meilleurs podcasts sur les plateformes tels qu’ -au hasard- Apple podcast, on voit souvent un engouement pour les talks de type « coaching », « entreprenariat », « parentalité ». Il y a un profond intérêt pour apprendre à rentabiliser sa productivité, gérer son agenda à la maison et au travail vu que ces deux sphères tendent à fusionner.. Les bouleversements que connaissent actuellement le monde du télé-travail avec les outils numériques et l’institution familiale complètement éclatée (bonjour les manifs pour tous 😉 ) laissent l’individu seul face à lui-même devant de multiples choix. Il doit apprendre à porter plusieurs casquettes et à conduire sa vie tel un business qui doit fonctionner : faire rentrer de l’argent dans le compte, produire de l’amour en étant un.e époux.se aimant.e, rester attrayant.e et indépendant.e tout en étant un parent attentionné, maintenir le contact avec les amis pour créer du lien avec le monde extérieur… La course à la perfection et au rendement s’est immiscé dans la vie intime et contribuent au fait que les podcasts d’épanouissement et de développement personnels attirent et vont de pair avec les podcasts d’entrepreneurs, dont les valeurs individuelles et de méritocratie sont fortes.

Ce qui marche en ce moment, ce sont les shows du type confidence sur « comment j’ai réussi ou j’ai échoué ». A écouter d’ailleurs les excellentes interviews de La leçon, un feel good lorsque la journaliste interroge des stars sur leur « moments de solitudes », lesquels partagent leur plus gros bides avec l’auditeurices. Eh oui, tout le monde a ses faiblesses et c’est humain ! Le storytelling des temps modernes ou l’art de raconter est aujourd’hui orienté vers la fable de l’entreprise parti de rien, dont les galères sont similaires aux vôtres et qui, à force de persévérance et d’abnégation, ont trouvé leur happy end. Par conséquent, il n’est pas étonnant que derrière la plupart des podcasts business se cachent des entreprises voulant vous vendre du coaching pro, du marketing ou de la formation… Le conte de fée du XIe siècle 2.0 ce n’est plus le prince charmant mais Steve Job ! War business, Growth Makers, le Gratin ou Generation Do It Yourself… Ces podcasts se déclinent aussi au féminin pour les mompreneures ou sous l’angle du créatif.ve, l’insight de l‘intrapreneur ou la touche digital nomad : les personas et les sous catégories sont multiples…

« The RV Entrepreneur Podcast »
A podcast about business, RV life & travel for nomadics entrepreneurs

« Mais le travail, ça n’est pas une valeur de droite ! » me direz-vous. Vous avez totalement raison : le fameux « travail, famille, patrie » aurait pu correspondre à la devise de l’URSS de Staline. Mais le travail vu par le néolibéralisme est un moyen d’épanouissement personnel contrairement à la conception du travail collectif, de l’effort commun dans le communisme pour ne pas être manichéen non… C’est en fait la révolution numérique qui a chamboulé cette vision du labeur ensemble, maintenant qu’internet nous permet de travailler seul tout en voyageant ou en restant dans son lit à travers un écran…

La tech et le digital marketing

Internet a tout révolutionné. Il est d’ailleurs l’ADN du podcast NATIF qui, comme son nom l’indique est né sur le web. « Le médium, c’est le message » comme le disait Mc Luhan. Quoi de plus normal donc de développer du contenu en rapport avec le web et la tech qui ne cessent d’évoluer au fil des jours voire même des heures ? Et les sujets sont infinis puisqu’il existe des milliers de sous-thématiques à exploiter et à approfondir dans le domaine, s’adressant autant à du grand public noob qu’aux hackers aux connaissances ultrapointues. Le studio 404 et le rdv tech ont été les pionniers du style dans le podcast, regroupant globalement des émissions à propos des technologies derniers cri, du gaming ou de la culture geek. Mais les NTIC évoluant à une vitesse grand V, les sujets de niches dans la niche se développent rapidement comme la cybersécurité, les data sciences, la cryptomonnaie, les objets connectés ou bien l’intelligence artificielle… Ainsi on voit apparaître de nouveaux passionnés sur anti-brouillard de Fabien Roque décryptant les nouvelles tendances ou des fervents défenseurs du logiciel libre avec l’engagé Libre à vous.

Et que dire avec le déploiement de la 5G généralisée ? On peut s’attendre à de plus en plus de concurrences commerciales et financières entre les grandes entreprises déjà dans le game et voir émerger de nouvelles startup innovantes. On peut s’attendre à une société de plus en plus contrôlées par la surveillance via l’utilisation des données personnelles et une uberisation galopante… Mais on peut aussi voir le bon côté des choses et se dire que la technologie a été inventé pour alléger l’humain de ses lourdes tâches. Internet est un moyen de partages de connaissances et d’autonomisation des citoyen.ne.s avec les mouvements proches de la civic tech. Et comme beaucoup le disent, ce sont les réseaux sociaux qui ont permis le printemps arabe après tout !

Le podcast « high tech » est toujours pris entre ces deux eaux où d’une part, les grandes marques guettent les influenceurs pour en faire des homme-sandwich et d’autre part, se multiplient les initiatives alternatives faisant contrepoids à des institutions sociales trop rigides et des structures monopolistiques. Le web et ses contenus digitaux offrent des espaces refuge de dialogues qui réunit des communautés d’intérêts ayant des visions différentes de celles déjà en place…

Un podcast à soi et un espace pour créer du commun

En fait, malgré toutes ces petites choses de droite, je me dis que le podcast est résolument le lieu du féminisme intersectionnel. Le podcast Kiffe ta race qui traite du racisme ordinaire et systémique en France n’a jamais eu autant de succès après le meurtre de Georges Floyd qui a secoué le monde post confinement. Car les auditeurices avaient besoin de comprendre quels étaient les mécanismes du racisme en saisissant le poids des préjugés porté sur les personnes racisées et celui de l’héritage coloniale qu’ils et elles avaient intégré… Les débats sur le privilège blanc (NDA lire l’article sur le podcast Extimité) ont fait éclore de petites pensées qui font leur chemin… On retrouve dans les podcasts un certain registre post-metoo et des mouvements comme blacktranslivesmatter qui traduisent des préoccupations à la croisée des luttes intersectionnelles pour le droit des personnes trans, des travailleur.se.s du sexe, des femmes, des personnes neuroatypiques, racisées, asexuelles… En effet, la convergence des luttes sociales n’a jamais été aussi forte. En témoigne le célèbre La Poudre de Lauren Bastide qui met en avant dans sa nouvelle saison, non seulement les femmes (et plus seulement cisgenres), mais aussi les penseuses et militantes antiracistes à présent.

« Un Podcast à soi » aborde les questions de genre, de féminismes, d’égalité entre les femmes et les hommes. Un podcast de Charlotte Bienaimé pour ARTE Radio.

En fin de compte, vous le savez bien, il est bien inutile de chercher si notre podcast est réac’ ou progressiste. Tout comme il est vain de dessiner les contours de la gauche et de la droite dans cette confusion des genres politiques actuellement… La télévision perçue comme conservatrice, ne s’adapte-t-elle pas finalement à ses téléspectateurs d’un certain âge ? Proche de 53 ans (je vous le rappelle ceci est une moyenne en 2018). La radio FM elle, accueille aussi bien du BFM Business que du France Culture et diffuse aussi bien des « Grosses têtes » que du « Arté Radio »… Pourrions-nous mesurer pour autant si ce vieux dinosaure est réac’ quand Skyrock continue d’attirer des milliers de jeunes entre 21h et 23h ? Alors l’important n’est pas tant le média, mais plutôt les acteur.rice.s qui s’en emparent. Et il y a de fortes chances pour que le podcast natif, comme il est parti, soit le média de l’inclusion, de la jeunesse et des revendications sociales au vu des auditeurices et podcasteur.se.s indé qui construisent cet immense écosystème en devenir…

A nous de voir !

Podcast : quand la marque Clairefontaine s’engage dans la lutte contre le harcèlement scolaire

Ma vie de courgette de Céline Sciamma
maltraitance enfant, podcast bullied
« Ma vie de courgette » de Céline Sciamma

Tandis que se livre une véritable course aux podcasts pour les géants comme Guerlain, EDF ou Orange pour être LE pionnier dans le domaine du marketing digital, d’autres marques aux budgets moindres s’alignent aussi sur la tendance de l’information « slow ». C’est le cas de la marque leader de fournitures scolaires et bureau Clairefontaine. A quelques jours de la journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire, Régis Kumar nous explique l’enjeu de cette marque à sponsoriser « Bullied », le podcast sur le harcèlement scolaire.

Bonjour Régis. Nous connaissons la marque Clairefontaine pour la qualité de son papier épais et « fancy » depuis 1858. Contrairement aux idées reçues sur l’industrie du papier en général, vous vous démarquez au niveau de l’engagement pour l’écologie mais aussi l’éducation. Pourriez-vous nous en parler ?

En effet, notre ADN principale est liée à la qualité et engagée écologiquement et socialement. Clairefontaine n’utilise par exemple, que des fibres issues de déchets de scieries provenant de forêts gérées durablement. Ce qui garantit la bonne gestion de nos forêts. Les questions relatives à l’écologie sont présentes depuis de nombreuses années, bien avant qu’il ne soit « tendance » de communiquer sur le sujet. Nous avons d’ailleurs remporté un « trophée de l’eau » en 1988 ! Nous sommes certifiés par des labels écologiques reconnus internationalement depuis longtemps et possédons notre propre station de traitement des eaux. 

Concernant l’éducation, c’est une conviction naturelle au sein de la société qui nous pousse à proposer des outils de qualité pour l’apprentissage des plus petits, mais aussi de faire tout notre possible pour aider les plus grandes associations, comme l’UNICEF, mais aussi les plus modestes dans leurs missions d’accompagnement et d’aide aux enfants dans le monde.

Vous ciblez les écoliers, étudiants et aujourd’hui artistes ou créatifs de tous bordsComment vous adaptez-vous au plus près des habitudes de vos usagers depuis plus de 160 ans et comment communiquez-vous ?

Clairefontaine est traditionnellement présent lors de la rentrée des classes, c’est un moment incontournable pour nos prises de paroles à la télé ou en affichage. Nous avons un site qui permet d’être proche de nos clients avec qui nous avons de nombreux retours sur nos articles. Et depuis quelques années, nous communiquons également en continu sur les réseaux sociaux : Facebook, Instagram, Twitter, Pinterest. Nous avons aussi été présent sur Snapchat lors de son lancement, je ne pense pas que beaucoup de marques de fournitures scolaires y aient été vues… Nous faisons également des opé avec des influenceurs ou youtubeurs populaire auprès des ados via des placements produits et mécénats, ou lors d’événements spéciaux culturels ou sportifs.

Comment vous démarquez-vous de vos concurrents en terme d’innovation ?

Clairefontaine soutient le studio de podcast dire-son

Pour la partie produits nous proposons une gamme très riche et variée : formats, matières, couleurs, accessoires en nous adaptant aux besoins et aux tendances actuelles complémentaires à notre offre traditionnelle. Ainsi, nous élargissons nos produits en beaux-arts (papiers, carnets, feuilles, blocs, pochettes,…) et en loisirs créatifs (origami, papiers de soie, crépon, scrapbooking, décopatch). Nous avons également dans notre univers des marques de jeux éducatifs et éveil créatif. Parallèlement nous continuons nos efforts en terme d’innovation produits pour l’offre classique papeterie pour toujours rester leader sur le marché. Sur la partie communication, nous trouvons justement de nouveaux vecteurs en investissant des événements culturels comme l’Exposition Toutankhamon à Paris.

Les objectifs peuvent varier d’une campagne à l’autre. Le maître mot reste néanmoins la qualité. Nous voulons aussi insister sur le faire que nous connaissons très bien nos utilisateurs et sommes au fait de leurs attentes et préoccupations. Nous essayons donc de renouveler régulièrement nos prises de paroles d’un point de vue créatif et aussi en s’associant à des évènements ou médias forts, sur lesquels nous sommes moins attendus pour surprendre nos cibles. Comme par exemple avec notre partenariat avec Seb La Frite dans un clip de rap qui a fait près de 5 millions de vues, ou avec le podcast BULLIED !!

Bullied podcast dire-son
Le podcast Bullied saison 1

Nous sommes très investis dans les problématiques liées à l’éducation et les jeunes et nous sommes convaincus que les marques ont un rôle à jouer dans ces changements. Que ce soit dans le sport comme la culture, il est important de s’impliquer dans l’environnement des jeunes et donc de s’engager aussi sur les problèmes et difficultés qu’ils peuvent rencontrer : au travail comme à l’école, le harcèlement est un vrai fléau. Les récentes opérations sur les réseaux comme « Balance ton porc » ont permis de mettre le doigt sur ces problèmes. Nous sommes persuadés que des opérations comme celles menées par dire-son, sont et seront bénéfiques pour informer, sensibiliser et lutter contre ces formes de harcèlements qui peuvent véritablement détruire un être humain. C’est donc tout naturellement que nous avons accepté de sponsoriser.

Pourquoi vous êtes-vous positionné de la sorte et comment allez-vous intégrer ce partenariat à votre communication digitale ?

Quelles sont vos attentes par rapport à ce support ?

Qu’il soit viral et qu’il connaisse une bonne audience pour sensibiliser un maximum de personnes autour de ce sujet. Même si les témoignages sont parfois durs, c’est comme regarder un documentaire sur la guerre ou écouter le témoignage d’une victime. C’est parfois émouvant ou poignant, mais nécessaire pour faire bouger les choses. Qu’il nous apporte aussi de la visibilité car c’est aussi une opération de communication, nous ne nous en cachons pas. Mais encore une fois, comme pour l’UNICEF ou l’exposition Toutankhamon, ce qui nous rend encore plus fiers, c’est de participer à ces projets culturels et sociétaux.

Merci Régis.

Vous pouvez retrouver le 7 novembre en intégralité les interviews de Bullied saison 1 sur Spotify, Deezer et toutes les applis mobiles de podcasts tels que Podcast Addict, Tootak…