Mija saison 2 : l’Asie au coeur de Paris

Studio Ochenta multinlingues

Alors que je déprimais sur mon fauteuil club, volets fermés en pensant à Georges Floyd, les violences policières et le racisme systémique, j’ai branché mon casque sur Mija saison 2. Le petit dernier de studio Ochenta dont la saison 1 relataient la vie d’une famille colombienne dans le Queens de NYC en 2019. C’est la voix douce de Mélanie Hong qui m’a conforté et m’a embarqué dans son histoire familiale. Vous savez, l’initiatrice de Melting pot ? C’est sa rencontre avec Lory Martinez, protagoniste de la S1 et fondatrice du studio multilingue Ochenta qu’est né le podcast. Premier du classement d’Apple Podcast, au départ, Mija avait pour intention de montrer le récit de sa famille colombienne à la première personne. Et donc d’offrir aussi des récits d’immigrés manquant aux Etats-Unis. Rencontre avec ces deux mijas sur zoom…

Elargir les représentations sur les immigrés

Tous les latinos ne sont pas que mexicains

Quand je lui demande comment ce projet est né dans sa tête, Lory Martinez explique qu’elle cherchait à faire un documentaire sur ses racines et sa familles. Et en creusant plus, elle explique avec son petit accent américain dans un parfait français, qu’il existe déjà moults discours et images sur les communautés mexicaines aux Etats-Unis, qu’on aborde souvent dans les médias les migrants traversant la frontière au péril de leur vie. Il était donc important pour elle de faire connaître d’autres parcours migratoires au grand public : ceux de latino-américains qui ne soient pas forcément mexicain ou dont l’immigration ne soit pas uniquement marquée par la souffrance. « Pour moi, c’était montrer une histoire que je connais, que je trouve absente de toute la rhétorique autour des immigrés. Il y a énormément d’immigrés latinos aux US qui ne sont pas que mexicains : on a des portoricains, des colombiens, des cubains, des péruviens … » Vous serez surpris de savoir que la population hispanique représente presque un quart de la population étatsunienne, première minorité ethnique devant les afroaméricains aux USA ! Et pourtant, il existe encore peu de récits intimistes à la première personne sur ces communautés – ou alors principalement mexicaines.

Pour découvrir la première saison c’est par ici !

Saison 2 : être une famille asiatique en France…

Pour la saison 2, Lory Martinez s’est associé à Mélanie Hong pour montrer cette fois un parcours migratoire, dont le pays d’accueil serait comme pour elle, la France. Mija 2 nous raconte donc le parcours migratoire d’une famille sinovietnamienne vers la France. La formule reste la même : 8 portraits de 10 minutes à travers les yeux de Mija, (« ma fille » en espagnol). D’un ton enfantin, elle raconte de manière admirative le courage de ses parents pour s’intégrer en France, comment ses parents se sont rencontrés et comment elle et son frère y sont nés.

Mélanie Hong de Bonjour Podcast

C’était aussi le souhait de combler le manque criant de narrations sur la France et ses anciennes colonies d’Asie, méconnu du grand public. Car si l’on commence à enfin reconnaître le passé colonial en Algérie et la Françafrique, l’Indochine reste encore une grande oubliée des colonies françaises… Ce n’est pas pour rien que Mija est installé dans le 13e arrondissement de Paris, un symbole fort de l’immigration asiatique en Ile- de-France avec Belleville. Ainsi, Mélanie ou Mija nous invite dans sa maison d’enfance où se côtoient traditions ancestrales et autels bouddhistes sur fond de variété française…

« J’ai grandi dans un quartier populaire, pas très joli c’est vrai, mais pour moi c’était le paradis ! En bas de l’immeuble, un épicier marocain chez qui j’allais acheter des bonbons après l’école, au bout de la rue une boulangerie française pour acheter des baguettes pour les tartines du dimanche et de l’autre coté de la rue, une station de métro synonyme d’aventure. »

Mija, saison 2 interprété par Mélanie Hong

Construire des récits et des ponts

Répondre aux besoins des minorités ethniques

Si le succès du podcast repose en partie sur son registre « comédie dramatique », il est un aussi un outil d’empowerment pour les minorités ethniques. Car il permet à ces même minorités d’avoir des récits dans lesquels ils peuvent s’identifier. Avec une majorité de comédien.ne.s, animateur.ice.s ou penseur.se.s caucasiens dans les médias, il est difficile pour un arabe, un asiatique ou un noir de se reconnaître parmi le panel ! Malgré le côté « feel good » de Mija, ce podcast ne cache pas pour autant la face sombre de l’intégration lié au regard des autres et de la société sur ses immigrés. Le récit de Mélanie Hong reflète celui de tant d’autres descendants d’immigrés de 2e, 3e génération qui a du mal à vivre ses différentes origines au pays de la liberté et de la fraternité.

Mélanie Hong enfant

Alors même que l’on s’enthousiasme avec l’héroïne d’une France ouverte sur les autres cultures, on redescend crescendo en apprenant que la protagoniste se faisait surnommer systématiquement « la chinetoque » à l’école. Sans nommer le racisme systémique, ni dénoncer le modèle d’intégration assimilationniste à la française, le récit expose en subtilité les problématiques que toute personne minorisée peut vivre en France. C’est en cela que repose l’intelligence du propos qui s’adresse à un large public, par son aspect pop qui soulève néanmoins des questions sociétales importantes : comment apprivoiser la culture de ses parents quand on nous apprend à la mettre de côté une fois franchi le pas de l’école ?

Je suis chinois, de France !

Nong, le père de Mija

Se réapproprier l’histoire par la fiction…

Une autre prouesse de ce podcast est d’adopter la fiction de manière réaliste et incarnée. Pour cela, Lory et Mélanie ont reconstitué un travail de recherche et d’interviews auprès des membres de leurs familles encore vivants. Ceci n’est pas une mince affaire pour des enfants d’immigrés. Car elles rencontrent bien souvent des difficultés à remonter l’arbre généalogique et l’espace temps… Avant d’écrire leur script donc, chacune des réalisatrices a interrogé parents, adelphes et cousins sur des éléments biographiques et identitaires. Ce qui a été indispensable pour créer la trame et les arcs narratifs et avoir une base solide autour de laquelle broder. Elles ont toutes les deux recomposés avec leur histoire et l’ont raconté à leur sauce, en s’affranchissant des codes documentaire.

Mais pourquoi choisir la romance, quand on a déjà une histoire passionnante en elle-même ? Dire-son a tout de même sa petite idée…

« J’adore embellir les choses pour raconter une belle histoire, mais je suis authentique »

Lory Martinez

Ce choix assumé permet non seulement de colmater les lacunes de la mémoire et les omissions de l’histoire familiale. Mais la fiction permet aussi bien plus que ça : la possibilité de raconter une réalité qui peut paraître souvent trop brute ou terre-à-terre. A la manière d’un conte, le storytelling agit dès la première seconde et Mija incarne à la fois la conteuse et l’héroïne de sa propre histoire qu’elle maîtrise parfaitement. Ainsi, elle peut se donner la liberté de jouer, d’enjoliver et d’inventer tout en gardant l’essence du message.

Sans faire de généralités

Vous l’imaginez, cela n’a pas été une mince affaire ! Lory et Mélanie ont travaillé ensemble à l’écriture de cette saison 2 pour trouver la justesse entre représentations réalistes de sa culture chinoise et vietnamienne, sans pour autant la stéréotyper. Le défi a été de ne pas faire de son histoire une généralité sur l’Asie… Quand Mélanie Hong me dévoile les coulisses du travail d’écriture, elle confirme qu’il a suscité de nombreux questionnements. Par exemple, fallait-il parler de sa mère qui allait à l’école à dos d’éléphant (si si c’est véridique) au risque d’entretenir les clichés et fantasmes exotisants autour de l’Asie ?

La parade du nouvel an chinois une fois par an dans le 13e arrondissement de Paris. Pour Lory c’est signe de multiculturalité en France, pour Mélanie c’est bien mais pas suffisant pour comprendre la culture asiatique connu seulement par ce biais.

Un hommage vibrant à la famille

Par conséquent, si vous n’êtes ni chinois.e, ni vietnamien.e, ni français.e, vous vous reconnaîtrez sûrement dans ce podcast. Car il montre les relations ténues et pourtant fortes entre les membres d’une famille éparpillés aux quatre coins du monde : ce lien invisible du sang qui unit malgré la distance, le manque de références communes et les barrières culturelles. La saison 1 a d’ailleurs bien marché en France, bien que le contexte ne soit pas en France. Ce n’est pas un hasard si le studio est multinlingue car il s’adresse à un large public en racontant des histoires universelles qui nous concernent tous, au-delà du communautaire et du multiculturel…

Lorsque je leur demande comment leur famille ont réagi en écoutant leurs portraits dans ce podcast, le sentiment premier est la fierté. La mère de Mélanie en écoutant son histoire était fière. Fière d’en être arrivé là, fière que leurs enfants transmettent l’héritage et qu’elles portent la voix de son peuple. Elle est certaine que de nombreuses personnes pourront se reconnaître dans ces portraits pleins de tendresse. Et ça, c’est tout simplement puissant

 » Tu as bien gardé mes origines. Merci ! Le podcast reflète bien notre parcours et notre famille. J’espère que ça donnera espoir à ceux qui écoutent! »

SMS pour Mélanie de la part de sa maman

Alors ? A quand une saison 3 pour me relever du fauteuil club ?

mija saison 1 et 2

Pour écouter le podcast : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/mija-podcast-french/id1480370692

Pour découvrir le studio Ochenta : https://ochentastudio.com/

Documentaire sonore : L’écho de mon cousin Djo

Cette illustration est signée Sophie Rogg

Ce documentaire commence par la lecture d’une relation épistolaire d’une cousine – Anna, avec son cousin Johan, détenu à la prison pour hommes de Rennes. Quand j’ai rencontré Anna pour la première fois, elle avait ce sourire malicieux et ces yeux noirs et profonds qui la caractérisent bien. Participante et lauréate de la bourse « Brouillon d’un rêve » 2019, elle arrive avec sa valise à roulette venue d’Ardèche parmi les derniers arrivants. Nous sympathisons du fait que nous sommes toutes les deux de Rhône-Alpes et surtout car nous avons un point commun : celui de la radio associative. Quand elle avait 8 ans, sa famille est restée 2 ans à Hawaï, d’où elle s’enregistrait déjà pour envoyer des nouvelles à sa famille et ses amis à travers l’émission « Bonjour la France ! » 🙂

« Brouillon d’un rêve« , un concours dédié aux auteurs.trices pour la création d’oeuvres audios, vidéos, littéraires… qui attribue chaque année à quelques candidats des bourses d’aide à la création donc, est la concrétisation de ce projet qu’elle avait couché sur le papier, diffusé sur « Expérience », d’Aurélie Charon sur France culture.

Quand j’ai écouté son documentaire de 58 minutes il y a quelques mois, je n’ai pas vu le temps passer. Non seulement l’histoire de son cousin Johan est impressionnante, car elle est bien plus que le point de vue d’un jeune homme sensible adopté et déraciné. En effet, ce cousin, cet alter ego au destin bien différent du sien, communique à travers sa cellule et lui parle de son pays natal auquel il a été arraché, au-delà de la perte de ses parents. Ce documentaire est la voix d’une quête d’identité et d’amour. Il soulève aussi la question du destin et du hasard, du libre arbitre selon les moyens que l’on a au départ…

Discussion avec Anna Gigan

Anna Gigan

Est-ce que tu peux nous parler de ta relation avec ton cousin Johan, colombien adopté par ton oncle et ta tante à 4 ans ?

J’ai rencontré mon cousin le premier jour où il a posé les pieds sur le sol français, nous étions allés chercher lui et ses parents, avec mon père, à l’aéroport Charles de Gaulle quand il revenait de Colombie. J’étais un peu plus grande que lui, mais je m’en souviens bien, parce que c’était un grand moment. Ses parents étaient très émus.Ils sont restés quelques jours chez nous, à Paris, puis ils sont partis à Nantes commencer leur nouvelle vie. On se voyait pas beaucoup mais il y avait un lien invisible, compte tenu de nos histoires communes. Mais dans la vraie vie, c’est d’ailleurs dommage, on ne se retrouvait que dans les fêtes familiales….

Tu es allée en voyage en Colombie et c’est ce qui a débuté votre correspondance. Peux-tu nous dire comment avais-tu envisagé ce voyage à la base et cet échange ?

En fait, ce qui est fou, c’est que ce voyage s’est organisé indépendamment de ma volonté et sans aucun lien avec Johan. Le hasard a fait que je me suis retrouvée là où il est né à Manizales. Pourtant c’est grand la Colombie… Des copains musiciens m’ont proposé de venir avec eux en « tournée » et tous nous héberger dans sa famille colombienne. Je me suis dit que j’allais aussi en profiter pour capter des sons, et faire des émissions de radio pour Vogue Le Navire (son émission radio sur (RDBFM). J’ai repris contact avec Johan à mon retour. J’ai demandé l’adresse de la prison à mon frère qui était en contact avec lui ( ils ont habité ensemble ). Je lui ai raconté mon voyage, un peu de son pays, mes impressions – et je lui ai posé une tonne de questions…

Quels sons lui as-tu envoyé ? Et pourquoi ce support plutôt que des photos ?


J’ai enregistré des sons d’un moment chez un coiffeur avec la radio derrière, je trouvais ça bon, et vraiment en immersion. J’ai pris aussi des ambiances, des sons de la rue qui grouille, de groupes de musique qui jouent partout, les impressions du pays de mes potes et de la famille colombienne de ma copine, des captations sur un marché, la vie quoi ! J’ai choisi ce support car j’aime le son, ça fait partie de ma vie. Je faisais déjà de la radio, des podcasts et installations sonores. 

Plaza de Mercato à Manizales en Colombie. Photo de Diana Rey Melo 

Depuis quand fais-tu de la radio?

Quand je suis arrivée en Ardèche, la première fois en 2014, je suis allée dans une radio Locale (Radio Des Boutières) pour assister à l’enregistrement d’une émission sur le blues que faisait un copain musicien. Le responsable de la radio me voyant très intéressée me dit « Dis moi, tu as l’air d’aimer la radio, on est en train de changer toute la grille des programmes, si ça te dit de penser à une émission, vas-y n’hésite pas ». Et du coup j’ai écrit sur le mouvement, pour illustrer mon mouvement de Paris vers l’Ardèche ;  grâce au truchement des autres.. Comment le déplacement d’un endroit à un autre nous transforme, nous inspire, nous questionne… Ca a été comme un labo pour moi : j’avais la liberté pendant une heure d’ondes de creuser ma thématique, d’expérimenter des choses… Ensuite en 2016, je suis partie vivre 2 ans à Bordeaux – et pour ne pas arrêter cette émission « Vogue Le Navire » je me suis équipée d’un Zoom et j’ai commencé les captations, les créations sonores, le montage, le mixage… J’ai aussi travaillé avec une chorégraphe et ses danseurs sur la création sonore d’un spectacle, réalisé des bandes sonores pour le printemps des poètes. J’ai appris sur le terrain quoi.. Et la troisième étape dans ce processus a été « Brouillon d’un rêve« . Penser, écrire un projet avant de le réaliser, c’est un travail beaucoup plus « intellectuel  » je dirais moins « sensuel » dans son approche peut-être. 


Etait-ce pour toi cathartique d’écrire ce projet vu que tu as aussi été adopté bébé ? Tu restes très discrète sur ton ressenti malgré l’émotion qui se dégage de cette création, dont ton cousin est le protagoniste.

Oui, en quelque sorte ! J’avoue que j’ai beaucoup pleuré pendant l’écriture… Surtout sur la musique de Barbara « Dis, quand reviendras -tu? » que mes parents écoutaient et que j’adore plus que tout. Je la mettais à fond, en boucle et je dansais, j’écrivais, ça me transportait vers Johan petit. Je l’imaginais tout seul sur un banc, en train d’attendre sa maman qui revenait jamais, c’était comme si tout d’un coup j’étais dans sa peau qui était aussi la mienne ; que je sentais ce vide, ce manque de je ne sais quoi… Enfin si je sais : de la base en fait ! Cette attente de quelque chose qui ne vient jamais et qui en même temps te pousse à être là où tu es. C’est fort, c’est même dur de repartir sur autre chose après… 

Savais-tu lors de l’écriture où elle te mènerait ? Quelles problématiques voulais-tu faire ressortir principalement au départ ?

Non, pas vraiment. au début, j’ai écrit, écrit, écrit, des choses qui me venaient. Puis après, j’ai fait le tri et le fait d’être dans ce cadre du concours, m’a aidé à structurer. C’était la première fois dans ce sens là de d’abord écrire avant de faire le son. Normalement j’écris au montage / mixage ; Alors c’était dur au début de trouver le fil ! J’ai demandé l’avis à des copines qui connaissent l’exercice, mais pour l’image. Elles m’ont poussées à être plus claire et à ce que je m’implique plus dans ce que je voulais dire. Les problématiques sont arrivées dans un second temps  :

 » comment écrire son histoire quand on en connaît pas le début, comment se trouver quand on est déraciné, comment se laisser aimer quand on est adopté… »

Anna Gigan, autrice de « L’écho de mon cousin Djo »
Photo prise par Anna Gigan de Manizales

Qu’est-ce que t’as appris cet échange et cette expérience sur toi?

Qu’on ne fait rien seul. Comme c’est important de se sentir soutenu, entendu, dans la vie. Je crois que Johan a ressenti la même chose et que ça été important pour lui de pouvoir exprimer tout son ressenti librement sans se sentir jugé. Quant à moi je ne suis pas sortie de l’auberge. Je ne me suis pas encore vraiment apprivoisée car cette histoire m’a renvoyée à la mienne et à mes failles. Je me suis rendue compte que ma relation à l’amour n’était pas simple : la question de l’abandon surgit encore souvent dans ma vie. J’ai du mal à me laisser aller, à me laisser aimer. Je trouve que dans les chansons de Gainsbourg c’est très bien illustré dans la javanaise par exemple  » la vie ne vaut être vécue sans amour, mais c’est vous qui l’avez voulu mon amour » ou « fuir le bonheur avant qu’île se sauve » lui aussi, on dirait qu’il a peur… Je crois que la blessure d’être abandonnée est quelque chose que l’on peut dépasser mais pas complètement. Il y a eu à un moment un départ définitif : c’est à dire que c’est comme si on savait que ça pouvait arriver, que la personne la plus importante disparaisse, et que cela nous laisse en survie peut-être ? On n’a pas envie de revivre ça, je crois ! A la fois ça rend très fort aussi mais le doute, la peur du couple sont des choses avec lesquelles je dois composer. Mais bon, j’avance.

Qu’en est-il de Johan actuellement et peux-tu me parler de ce making-off qui n’a pas dû être simple du fait que ton cousin est en prison ?

La très bonne nouvelle, c’est que Johan, risque de sortir avant l’été de prison ! Si tout va bien. Il fait régulièrement des sorties à l’extérieur. Il a été sélectionné pour participer à un trail de 61 km et il passe son permis !! Après 7 ans de prison, c’est assez vertigineux. Il se sent confiant, et réfléchit beaucoup au futur. Son rêve était de retourner vivre en Colombie… Je ne sais pas où il en est par rapport à ça. Il est étonnant dans sa façon d’aborder les choses, de les analyser, il est solide, déterminé, organisé. Je suis assez admirative et personnellement, je suis trop contente de la relation naissante, c »est plus que ce que j’imaginais !

Coté making-off, ça s’est bien passé parce que le personnel pénitentiaire a été bienveillant et conciliant. On a pu circuler sans problème dans la prison, après avoir fait toutes les demandes d’autorisation et passé tout le matériel au crible.. Côté réalisation, j’ai eu la chance d’être avec une équipe expérimentée de France Culture, alors ça été fluide. Quand au montage / mixage c’était la première fois aussi que je ne faisais pas seule. C’était une chouette expérience et ça motive pour le futur, voilà…faut penser à une suite maintenant !

Merci beaucoup !

De rien du tout ! Merci à toi !

En espérant que la voix de Johan à travers le micro d’Anna fera aussi écho en vous. Car c’est un récit double qui retentit malgré la carapace d’Anna, en chacun de nous. Il a le courage d’énoncer les émotions avec simplicité et humilité, quand il s’agit de se mettre à nu et d’évoquer ses sentiments. C’est aussi la générosité malgré la perte et la crainte de la disparition, qui déborde dans cet entretien confiné au centre de détention de Rennes. Une histoire de liens invisibles qui nous tiennent tous et qu’on a peur de rompre : cousins, pairs, amis, appartenance… A l’heure du confinement, « L’écho de mon cousin Djo » est une ode à l’espoir lorsqu’on se sent perdu et une belle leçon de vie sur l’introspection lié à l’enfermement.

Pour l’écouter c’est ici : https://www.franceculture.fr/emissions/lexperience/l-echo-de-mon-cousin-djo