Les 3 erreurs fréquentes à éviter quand on lance son podcast

podcast erreurs à éviter
dire-son studio 
@copyright sephora schmidt
Les erreurs à éviter d’un point de vue radiophoique par dire-son.fr

Si vous êtes là, bravo, c’est que vous avez déjà sorti quelques épisodes de votre podcast et je vous encourage dans cette à pourquoi pas vivre de votre passion ! Le podcast est peu coûteux et intimiste et c’est pour ça que vous vous êtes plongé dans l’aventure pour partager vos connaissances ou votre expérience. Si le podcast demande peu de moyens ça ne veut pas pour autant dire qu’il est plus facile à réaliser que de la vidéo, comme j’ai pu le lire ou l’entendre dans de nombreuses conversations… Au contraire, vu qu’il ne fait appel qu’à l’ouïe, il est essentiel d’améliorer l’audio mais aussi de booster vos interviews.J’ai décidé d’écrire un article aujourd’hui pour les nombreux podcasteur.se.s qui souhaiteraient améliorer leur(s) podcast(s) d’un point de vue radiophonique. J’ai remarqué après avoir bingelistené de nombreux épisodes qu’il y avait pour la plupart du temps, des problèmes au niveau de la qualité audio, du rythme dans le montage et enfin, quelques petites choses à réajuster dans les manières d’interviewer les invités.

1. Une prise de son souvent négligée

Venant de l’univers radio, il fallait absolument que je brise cette fausse croyancequ’il est facile de faire un podcast. En effet, nombreux sont celles et ceux qui imaginent que comme il n’y a pas d’images il y a moins d’informations à traiter et à maîtriser. Certes, mais justement, il faut tout miser sur le son pour ensuite pouvoir maîtriser le reste, c’est la base. La prise de son est un métier qui nécessite beaucoup de patience et d’être très méticuleux. Que se soit dans l’enregistrement ou dans la manière de monter, il est très important de soigner l’enregistrement de votre audio car il montre que vous respectez votre auditeurice et que vous n’êtes plus un.e amateur.ice. Pensez que les rushs sont votre matière première et que le montage sera le liant de votre narration, la manière dont vous voulez raconter une histoire.

J’ai pu entendre de nombreuses catastrophes en terme d’enregistrement (ou prise de son) qui pour ma part m’ont fait fuir au bout de quelques secondes. C’est dommage, car si vous avez du contenu intéressant, mais que la forme ne suit pas, vous pourrez peut-être perdre de potentiels fidèl.e.s. Vous aurez beau avoir bossé comme des acharnés sur vos sujets, si le jour J votre prise de son est pourri, vous aurez fait tout ça pour ça et vous vous rendrez compte au montage que votre fichier son est inexploitable… Donc ayez en tête toute cette dimension sonore à préparer en amont (où vais-je enregistrer, avec quel matériel, dans quelles conditions, y’aura-t-il de l’alimentation ?)

Donc à proscrire pour avoir un enregistrement le plus propre possible :les salles de 100m2 de type loft sans aucun meuble.Vous vous en doutez car la résonnance sera très désagréable et vous entendrez un écho sur les voix qui peuvent vraiment faire grincer des dents et donner l’impression que vous êtes dans un hangar… Après si votre sujet porte sur les chats abandonné dans les usines désaffectées de Picardie d’accord. Mais si vous interviewez un champion de e-sport geek parisien qui vit seul chez lui, le son d’atmosphère ne risque de pas être raccord avec le contenu et le propos de l’interviw… En fait, pourquoi je vous dis ça ? Parce que l’ambiance sonore, c’est-à-dire l’environnement qui entoure l’interview fait partie du message et il est bizarre de dissocier les deux. Ce serait l’équivalent au cinéma de mettre un bruit de clavier sur une scène au beau milieu de la jungle… C’est pour ça qu’il est souvent mieux d’enregistrer dans un studio si vous le pouvez, un environnement sonore neutre. Puis de rajouter ensuite les ambiances sonores aux dialogues par la suite si vous en avez. Mais encore une fois, cela dépend de ce que l’on veut raconter et du rendu esthétique voulu.

Enregistrement propre sans bruit parasite pour podcast
dire-son
@credit Malika Ung
Un enregistrement / prise de son neutre pour ne pas avoir de bruits parasite.
TIPS 1

Mais un conseil, si vous êtes dans un lieu que vous ne connaissez pas pour votre interview, fermez les yeux avant de faire vos tests micros et vérifiez s’il n’y a pas de bruits parasites de type ventilation ou un bruit de frigidaire, chaudière ou néon qui bourdonnent en arrière fond. Ce ne serait pas du luxe de changer de pièce ou de débrancher certains matériels électroniques dans la mesure où il est possible de le faire. Enregistrer dans un milieu trop bruyant peut être très gênant et perturber votre interview ou votre interviewé et donc le déconcentrer dans ce qu’il dit.

TIPS 2

S’il n’est pas possible d’avoir du silence complet sur votre lieu d’enregistrement (ce qui est très fréquent on ne va pas se mentir), enregistrez une séquence d’une minute à 2 minutes du bruit parasite sans parler pour pouvoir au montage le mettre en fond sonore à un niveau très bas en continu le bruit parasite afin qu’on l’oublie presque. Un faible bruit en continue plutôt qu’à intermittence qui surgit toutes les 5mns et moins perturbant pour l’audience.

TIPS 3

Aussi, je vous conseille si vous le pouvez au début de votre épisode/interview, de mentionner le cadre dans lequel vous enregistrez et faites votre interview, afin de ne pas surprendre l’auditeur en cours d’écoute. Par exemple si vous enregistrez dehors (période de confinement oblige) et qu’on entend des bruits de chantiers derrière alors que vous faites un sujet sur les espaces de coworking/cocooning, si vous mentionnez le contexte dans lequel vous enregistrez manque de moyen, (on fait avec les moyens du bords c’est normal) il n’yaura pas de mauvaise surprise pour l’auditeur qui est prévenu qu’il pourra y avoir quelques dissonances entre le bruit ambiant en arrière fond et votre propos. Ce qui améliore amplement l’écoute en amoindrissant la gêne…

2. Le rythme du montage : une grammaire sonore à améliorer

Maintenant que vous savez tout sur la prise de son, je vais continuer à vous embêter avec le montage sonore qui est dans la continuité de votre processus de réalisation. Une fois que vous avez vos rushs qui sont a priori assez propres car votre prise de son est optimum, 😉 vous pouvez passer au montage.

C’est ce que j’appelle la seconde phase d’écriture. Elle nécessite de construire des phrases, des séquences et donc d’avoir une grammaire. Comme l’a si bien dit un de mes enfants en atelier c’est comme dans toute phrase, « il faut une majuscule et un point ». Une émission quelque soit son format, c’est pareil : interview, fiction, documentaire… doit avoir un rythme, des temps de respirations, de pause et des éllipses pour que l’histoire ait du sens. Le minimum vital dans un podcast est bien connue : ce sont le générique d’intro et l’outro. Et entre les deux, j’ai souvent entendu des jingles ou des interludes sonores qui étaient mis un peu par ci par là au petit bonheur la chance…

TIPS 1

MIEUX VAUT NE RIEN METTRE plutôt que de placer des pauses ou des musiques n’importe où. Car si vous mettez de la musique en plein milieu d’une phrase qui n’est pas terminée, c’est très embêtant pour l’auditeur qui s’attend à avoir la fin de la phrase. Une musique ou un jingle servent de transition et non pas de cache misère pour masquer la longueur d’un dialogue soporifique. Si vous estimez que votre montage est trop long, raccourcissez quelques parties, mais ne mettez pas une pause juste pour mettre une pause.

TIPS 2

Si vous vous sentez d’utiliser des jingles ou de virgules sonores courtes (une à 15 secondes) soyez parcimonieux.se. Voyez la pause comme un moment de répit, de respiration (comme les virgules en grammaire) pour que l’auditeurice reprenne son souffle lorsque la tension était forte dans le récit. La musique sera comme un point en grammaire : une manière de redescendre en douceur et/ou d’intégrer ce qui vient d’être dit.

grammaire sonore le montage audio podcast dire-son
Savoir utiliser la grammaire sonore, le montage et le rythme rendent l’écoute et la narration plus fluide
TIPS 3

Sachez tout d’abord qu’entre différentes séquences, voix, musiques, il est PRIMORDIAL et c’est la base, de faire des fondues. C’est-à-dire d’enchaîner les morceaux de manière fluide et non pas de coller des morceaux mis bout à bout sans transition. Ce qui donnent une impression hachées à l’écoute et désagréable. Le fondu est votre outils de prédilection lorsque vous êtes monteuse ou monteur ou ce qu’on appelle les FADEIN. Il consiste à ce que le volume du début de votre piste augmente doucement jusqu’à son volume moyen et constant.Entendez-le comme une introduction. Le FADEOUT ou le fondu de sortie permet de baisser progressivement le volume aussi à la fin de votre séquence comme lorsqu’on termine une phrase, notre voix baisse. Il s’agit d’appliquer le fade quelques secondes sur votre séquence au début et à la fin, pour que le cerveau comprenne que l’on commence ou on termine un sujet. Pour se préparer à aborder d’autres sujets ou conclure. Selon votre logiciel de montage, il existe différentes méthode pour soit faire votre automation à la souris (baisser ou augmenter les décibels de votre pistes à la main) soit à l’aide d’un effet autoomatique (fondu).

Vous verrez, à force, vous arriverez à faire votre petite popote et à doser quand il faut ou quand il ne faut pas mettre de virgule. Votre narration ne pourra qu’être enrichie si vous maîtrisez ce vocabulaire et cette grammaire sonore. A présent nous allons aborder brièvement un des problèmes majeur de l’interview….

3. S’adresser seulement à l’invité.e

Maintenant que vous avez la technique, il ne manque plus que le fond. La passion et la volonté que vous avez de transmettre de l’information aux auditeurices est le coeur de votre motivation et je vous en félicite ! Néanmoins, il est nécessaire de savoir à qui vous vous adressez et comment vous devrez lui parler.

TIPS 1

L’interview n’est pas qu’une affaire d’interaction à deux, c’est un plan à trois qui comprend l’hôte, l’invité.e ET l’auditeurice. N’oubliez jamais cette dimension ! J’ai entendu bien souvent des podcasts d’interviews très intéressants, mais il manquait toujours quelque chose : l’intervieweur.se ne s’adressait qu’à leur invité.e.s en oubliant totalement de s’adresser à l’auditeurice. Dans certains podcasts marketing ou tech on peut se retrouvé confronté à ce problème. Moi qui voudrais améliorer mes compétences ou connaissances là-dedans, comment vais-je faire si les personnes que j’écoute n’emploient que du jargon que seuls les marketeux, développeurs ou les community managers comprendront ? Il n’y a rien de plus énervant que de se sentir exclu d’une discussion. Ce serait l’équivalent de parler frangliche à un saumon au beau milieu de la Lozère. Peut-être ne suis-je pas la cible de ces podcasts de « niche », mais c’est dommage ! Car j’aurais aimé en apprendre davantage sans avoir à mettre stop et googler toutes les 30 secondes les termes qui ne sont pas vulgarisés ou expliqués dans l’interview par l’hôte du podcast… De plus, on sent que l’hôte n’est pas dans le partage de l’information mais dans une logique de cumuler le savoir pour soi ou de performance. Et ça, c’est pas très podcast…

TIPS 2

Mettons que votre podcast est de niche et que seuls les initiés du cercle vous écoutent, pourquoi ne pas essayer de vous adresser à un public plus large et moins spécifique pour toucher plus d’auditeurices ? En faisant ce choix d’être trop pointu, vous vous priverez d’une grande partie de newbies et donnerez une image fermé de votre podcast. (déjà que le cercles des auditeurice de podcast est en soi une niche….). Vous l’avez deviné, après deux épisodes je me suis désabonnée de ce podcast qui pourtant aurait pu m’apporter des solutions intéressantes mais j’ai préféré en trouver un autre plus accessible. Ma technique à moi quand j’interviewe, c’est d’imaginer que je m’adresse aussi à ma grand-mèrequi m’écouterait de l’autre côté du poste et de rendre le discours intelligible et audible de tous. (car oui, ma mamie n’est pas fondue de tech, ni demarketing. Quoique ? )

technique animation interview à 3 dimension dire-son podcast

Réfléchissez donc bien à cela et dans le doute, soyez le plus généraliste possible car c’est par cette manière que vous arriverez à toucher du monde par votre message qui sera généreux. Le podcast est un univers de curieux qui ne cherchent qu’à apprendre. Or, il faut bien commencer par utiliser le même langage au départ avec vos auditeurices si vous voulez qu’ils entendent votre message et être sur la même longueur d’onde non ? (pas mal ma métaphore non?)

Moi qui suis un peu queer sur les bord, si je vous parle de « cis, ace à tendance pan non-binaire » je peux déjà imaginer le roulement d’yeux que vous allez me faire. Et si j’ai un.e grand.e réac’ en face de moi, il est possible que la personne zappe tout de suite à l’énonciation de ces termes qu’ils vont juger « barbares » juste parce qu’ils ne les ont pas compris et que personne n’a pris le temps de leur expliquer qu’est-ce qu’ils voulaient dire. En revanche, si vous avez en face de vous quelqu’un qui est réac mais ouvert (ça peut exister franchement) et qui vous écoute, en tant que podcasteur.se, vous devez redéfinir les termes pour lui/elle. S’il est à l’écoute de votre épisode, c’est parce qu’il est attiré par vos sujets mais peut-être pas encore familiarisé à cela. Comme il vous accorde de son temps et de son attention précieuse, il faudra que vous lui explicitiez tous ces acronymes et ces jargons pour l’inviter progressivement à s’immerger dans votre univers avec ses codes et son langage… C’est donnant donnant !

N’oubliez donc pas, l’animateur ou animatrice du podcast est un.e médiateur.ice qui a le DEVOIR de vulgariser ce que l’invité expert ou autre ne peut faire… Car de 1 ce n’est pas son job, et de 2 il a peut-être suffisamment le trac comme ça pour penser à VOS auditeurices. Attention, il ne s’agit pas de faire une parenthèse de 15 mns à chaque fois qu’un mot complexe sort. Il suffit juste de reformuler en deux phrases ou de demander à votre invité.e de le définir et dans quel cadre il/elle l’utilise pour ne pas perdre votre auditeurice en cours de route ! Chouchoutez-les autant que vos invité.es.

Et maintenant vous avez toutes les clefs en main pour améliorer votre contenu, il ne vous manque plus qu’à être vous-même ! 😉

Si vous souhaitez en savoir plus sur les techniques d’interview et d’animation ou comment poser sa voix, faire du montage rapidement, n’hésitez pas à m’écrire à la page contact. Je ne manquerai pas de vous répondre. Et surtout, n’oubliez pas que ce qui vient d’être dit ne sont que des conseils et qu’il ne faut pas tout suivre à la lettre. Moi-même j’ai parfois du mal à appliquer ces conseils faute de temps, de moyens ou d’attention. Alors, faites juste du mieux que vous pouvez.

A très vite j’espère et bonne pratique !

Malika

5 novembre 2020 : journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire

Pour dire-son, pas mal de choses se profilent à la première semaine de novembre. En effet, je sors de ma zone d’enregistrement habituelle pour aller à Bourgoin-Jallieu recueillir le témoignage de Timothé et je prend mon ticket de train direction région parisienne au lycée Galilée de Gennevillier dans le 92, pour faire écouter Bullied, le podcast sur le harcèlement scolaire qui fait bouger les marges.

Bullied avec Timothé Nadim : un épisode spécial lutte

Timothé petites lunettes rondes, cheveux mi-long et pull de noël m’accueille chez lui à Bourgoin Jallieu pour enregistrer Bullied. Ce n’est pas sans joie que je renontre souriant et généreux, l’invité de ce chapitre spécial. Timothé Nadim est un drôle d’oiseau et le génial créateur d’un futur réseau social qui aidera les élèves subissant du harcèlement à l’école à rencontrer d’autres personnes victimes de harcèlement scolaire pour les sortir de l’isolement. Il est primordial selon lui d’agir sur cela pour libérer la parole, pouvoir discuter avec des pairs mais aussi des professionnels qui pourront accompagner des jeunes en souffrance.

timothé nadim harcelement scolaire podcast
Timothé fait partie des 100 personnalités en 2020 que Brut a voulu mettre en avant pour changer le monde

Si ce fléau du harcèlement scolaire touche un élève sur dix, ce n’est pas pour rien que Timothé en a fait son combat. C’est presque la raison de vivre de cet homme de 23 ans qui veut absolument faire tout son possible pour que d’autres gamins n’endurent plus ce qu’il a vécu. Lui, comme de nombreux ados ou même enfants, a voulu mettre fin à ses jours du fait des violences quotidiennes qu’on lui infligeait au collège. Il parle de la solitude et des amitiés qu’il a vécu et nous partage à demi-mots son expérience difficile à avouer encore aujourd’hui.. Des parents étant très peu enclin à prendre au sérieux ce qu’il vivait à l’époque, il retrouve aujourd’hui une vie plus apaisée.

Retrouve l’épisode et toutes les applis mobiles, Spotify et deezer à partir du 6 novembre.

Dire-son sensibilise avec Laissez parler les gens

Il y a quelques temps j’ai rencontré l’association « Laissez parler les gens ». Un beau projet porté par Yann Elliam et Gaëlle Akhanny qui interviennent en milieu scolaire à travers la vidéo principalement, pour donner la parole aux lycéen.ne.s sur des sujets tels que la stigmatisation des banlieues, le racisme ordinaire, l’homophobie, le sexisme. Ils ont d’ailleurs remporté le concours « Non au harcèlement » du meilleur film Lycée de l’académie de Versailles et finalistes au niveau national en 2020 !!!

prix concours non au harcèlement scolaire

Ce fut un véritable coup de cœur réciproque et nous avons décidé de mener des actions ensemble par le futur. C’est ainsi que notre première collaboration s’est faite symbolique pendant la semaine de lutte contre le harcèlement scolaire le 5 novembre au lycée Galilée à Gennevilliers (92). Pour sensibiliser les élèves aux discriminations et aux violences qui en découlent, une soixantaine d’ambassadrices et ambassadeurs contre le harcèlement scolaire nous ont fait l’honneur de témoigner, écrire des mots de soutien aux victimes pour les encourager à parler, à ne pas se renfermer, d’autres se sont excusés au micro de Bullied pour leur comportements passés.

Ainsi, lors de cette journée très spéciale, on pouvait lire sur les portes, poteaux, murs et vitre de l’établissement des nombreux messages dédiés à la cause. A ne pas oublier le numéro vert 3020 qui est un numéro à appeler en cas de harcèlement scolaire pour pouvoir vider son sac et être écouté de manière anonyme.

De nombreuses jeunes femmes et jeunes hommes m’ont touché. Ils étaient très intéressés et avaient envie d’agir pour que les moqueries cessent à l’école et au collège, là où la différence est bien plus souvent pointée du doigt.

écoute bullied au lycée galilée à genevillier avec dire-son
Stand d’écoute du podcast Bullied au lycée Galilée

J’ai ressenti beaucoup de solidarité et de bienveillance au sein de ces lycéens curieux et généreux. Qui a dit que les nouvelles générations étaient individualistes ?

J’ai vraiment confiance à présent en ces jeunes qui veulent faire changer les mentalités pour plus de tolérance envers les personnes lgbt+, pour un environnement plus respectueux envers la faune et la flore. J’ai pu détecté une réelle prise de conscience du bullying du moins chez les suiveurs et suiveuses qui n’avaient pas vraiment compris l’ampleur de leur comportement nocif auprès des personnes dénigrées.

Cette journée et cette semaine ont été pleine de richesse sur le plan moral en ces temps de covid19. Merci beaucoup à Yann et Gaëlle mais aussi au personnel du lycée et notamment Tiphaine Durand qui a mobilisé tant de jeunes autour de cette cause.

Si tu souhaites faire connaître le podcast Bullied pour un monde un tout petit peu plus meilleur, abonne-toi à la chaîne youtube dire-son (eh oui on a un youtube maintenant) et mets 5 étoile sur Itunes/Apple podcast pour aider à remonter le référencement de Bullied et pourquoi pas nous partager ton avis ou ton expérience là-dessus? Merci pour ton attention en tout cas, c’est très précieux !

Le podcast est-il de droite ?

trump podcast droite
US President Donald Trump during a joint press conference with Japanese Prime Minister Shinzo Abe at Akasaka Palace in Tokyo
6 novembre 2017. AFP PHOTO / Jim WATSON

A quelques mois des élections présidentielles US et française, des batailles sans merci entre futur.e.s candidat.e.s qui se tirent dans les pattes, j’ai été inspirée pour faire ma petite liste avec des cases… Si vous aussi vous vous êtes déjà demandé si les brunchs, les doc martens ou la musique électro étaient des trucs de gauche ou de droite et que vous dévorez les podcasts, cet article est pour vous. Toujours à l’affût des tendances et des pratiques d’écoutes, j’ai cherché à savoir si le podcast avait la fibre sociale ou plutôt entrepreunariale… N’hésitez pas à laissez votre commentaire pour plus de débat et de rigolade car bien sûr, cette liste n’est pas vraiment exhaustive ni bien objective… Elle palpe juste les tendances actuelles.

« Pas facile, gagner l’argent français : bosser bosser »

Monétisation du podcast

Si l’on se fie aux provenances géographiques du podcast, il serait aisé de dire que notre cher et tendre podcast est ultra-libéral. Comment dire… Le pays d’ObamaTrump ayant une bonne dizaine d’années d’avance sur l’Europe en matière de podcast, on peut carrément qualifier leur (éco)système de « marché ». Un lieu où se monétisent les formats devenus des marchandises, où les espaces publicitaires sont les bienvenus pour vendre un déodorant, un soda ou une paire de sous-vêtement en pré-roll, mid-roll ou post-roll.

Nous étions trop occupés à analyser les images projetées sur le mur pour remarquer que le mur même avait été vendu.

Naomie Klein dans « No Logo »

Selon des études Nielsen, (fournit des études et des informations sur le marché des produits culturels et médias) le podcast faciliterait la mémorisation de marque appelé « Brand recall » 4,4 fois plus que tout autre format numérique. Et c’est un argument de vente qui a fait explosé le chiffre des annonceurs sur le podcast, engendrant un chiffre d’affaire global de 220 000 millions de dollars en 2016 (Source IAB PODCAST, PWC).

Ce qui n’est pas tombé dans l’oreillle d’un sourd pour les plateformes d’hébergeurs de podcasts tels qu’Ausha, ayant rajouté un service monétisation de podcast, Acast proposant des partenariats avec de nombreux annonceurs sur leur site, ou encore Podcastics donnant accès à un programme d’affiliation à 15% de commission pour les nouveaux abonnés/podcasteurs/consommateurs.

Entreprendre sa vie comme son travail : l’attitude pro-active

Quand on regarde de plus près les classements des meilleurs podcasts sur les plateformes tels qu’ -au hasard- Apple podcast, on voit souvent un engouement pour les talks de type « coaching », « entreprenariat », « parentalité ». Il y a un profond intérêt pour apprendre à rentabiliser sa productivité, gérer son agenda à la maison et au travail vu que ces deux sphères tendent à fusionner.. Les bouleversements que connaissent actuellement le monde du télé-travail avec les outils numériques et l’institution familiale complètement éclatée (bonjour les manifs pour tous 😉 ) laissent l’individu seul face à lui-même devant de multiples choix. Il doit apprendre à porter plusieurs casquettes et à conduire sa vie tel un business qui doit fonctionner : faire rentrer de l’argent dans le compte, produire de l’amour en étant un.e époux.se aimant.e, rester attrayant.e et indépendant.e tout en étant un parent attentionné, maintenir le contact avec les amis pour créer du lien avec le monde extérieur… La course à la perfection et au rendement s’est immiscé dans la vie intime et contribuent au fait que les podcasts d’épanouissement et de développement personnels attirent et vont de pair avec les podcasts d’entrepreneurs, dont les valeurs individuelles et de méritocratie sont fortes.

Ce qui marche en ce moment, ce sont les shows du type confidence sur « comment j’ai réussi ou j’ai échoué ». A écouter d’ailleurs les excellentes interviews de La leçon, un feel good lorsque la journaliste interroge des stars sur leur « moments de solitudes », lesquels partagent leur plus gros bides avec l’auditeurices. Eh oui, tout le monde a ses faiblesses et c’est humain ! Le storytelling des temps modernes ou l’art de raconter est aujourd’hui orienté vers la fable de l’entreprise parti de rien, dont les galères sont similaires aux vôtres et qui, à force de persévérance et d’abnégation, ont trouvé leur happy end. Par conséquent, il n’est pas étonnant que derrière la plupart des podcasts business se cachent des entreprises voulant vous vendre du coaching pro, du marketing ou de la formation… Le conte de fée du XIe siècle 2.0 ce n’est plus le prince charmant mais Steve Job ! War business, Growth Makers, le Gratin ou Generation Do It Yourself… Ces podcasts se déclinent aussi au féminin pour les mompreneures ou sous l’angle du créatif.ve, l’insight de l‘intrapreneur ou la touche digital nomad : les personas et les sous catégories sont multiples…

« The RV Entrepreneur Podcast »
A podcast about business, RV life & travel for nomadics entrepreneurs

« Mais le travail, ça n’est pas une valeur de droite ! » me direz-vous. Vous avez totalement raison : le fameux « travail, famille, patrie » aurait pu correspondre à la devise de l’URSS de Staline. Mais le travail vu par le néolibéralisme est un moyen d’épanouissement personnel contrairement à la conception du travail collectif, de l’effort commun dans le communisme pour ne pas être manichéen non… C’est en fait la révolution numérique qui a chamboulé cette vision du labeur ensemble, maintenant qu’internet nous permet de travailler seul tout en voyageant ou en restant dans son lit à travers un écran…

La tech et le digital marketing

Internet a tout révolutionné. Il est d’ailleurs l’ADN du podcast NATIF qui, comme son nom l’indique est né sur le web. « Le médium, c’est le message » comme le disait Mc Luhan. Quoi de plus normal donc de développer du contenu en rapport avec le web et la tech qui ne cessent d’évoluer au fil des jours voire même des heures ? Et les sujets sont infinis puisqu’il existe des milliers de sous-thématiques à exploiter et à approfondir dans le domaine, s’adressant autant à du grand public noob qu’aux hackers aux connaissances ultrapointues. Le studio 404 et le rdv tech ont été les pionniers du style dans le podcast, regroupant globalement des émissions à propos des technologies derniers cri, du gaming ou de la culture geek. Mais les NTIC évoluant à une vitesse grand V, les sujets de niches dans la niche se développent rapidement comme la cybersécurité, les data sciences, la cryptomonnaie, les objets connectés ou bien l’intelligence artificielle… Ainsi on voit apparaître de nouveaux passionnés sur anti-brouillard de Fabien Roque décryptant les nouvelles tendances ou des fervents défenseurs du logiciel libre avec l’engagé Libre à vous.

Et que dire avec le déploiement de la 5G généralisée ? On peut s’attendre à de plus en plus de concurrences commerciales et financières entre les grandes entreprises déjà dans le game et voir émerger de nouvelles startup innovantes. On peut s’attendre à une société de plus en plus contrôlées par la surveillance via l’utilisation des données personnelles et une uberisation galopante… Mais on peut aussi voir le bon côté des choses et se dire que la technologie a été inventé pour alléger l’humain de ses lourdes tâches. Internet est un moyen de partages de connaissances et d’autonomisation des citoyen.ne.s avec les mouvements proches de la civic tech. Et comme beaucoup le disent, ce sont les réseaux sociaux qui ont permis le printemps arabe après tout !

Le podcast « high tech » est toujours pris entre ces deux eaux où d’une part, les grandes marques guettent les influenceurs pour en faire des homme-sandwich et d’autre part, se multiplient les initiatives alternatives faisant contrepoids à des institutions sociales trop rigides et des structures monopolistiques. Le web et ses contenus digitaux offrent des espaces refuge de dialogues qui réunit des communautés d’intérêts ayant des visions différentes de celles déjà en place…

Un podcast à soi et un espace pour créer du commun

En fait, malgré toutes ces petites choses de droite, je me dis que le podcast est résolument le lieu du féminisme intersectionnel. Le podcast Kiffe ta race qui traite du racisme ordinaire et systémique en France n’a jamais eu autant de succès après le meurtre de Georges Floyd qui a secoué le monde post confinement. Car les auditeurices avaient besoin de comprendre quels étaient les mécanismes du racisme en saisissant le poids des préjugés porté sur les personnes racisées et celui de l’héritage coloniale qu’ils et elles avaient intégré… Les débats sur le privilège blanc (NDA lire l’article sur le podcast Extimité) ont fait éclore de petites pensées qui font leur chemin… On retrouve dans les podcasts un certain registre post-metoo et des mouvements comme blacktranslivesmatter qui traduisent des préoccupations à la croisée des luttes intersectionnelles pour le droit des personnes trans, des travailleur.se.s du sexe, des femmes, des personnes neuroatypiques, racisées, asexuelles… En effet, la convergence des luttes sociales n’a jamais été aussi forte. En témoigne le célèbre La Poudre de Lauren Bastide qui met en avant dans sa nouvelle saison, non seulement les femmes (et plus seulement cisgenres), mais aussi les penseuses et militantes antiracistes à présent.

« Un Podcast à soi » aborde les questions de genre, de féminismes, d’égalité entre les femmes et les hommes. Un podcast de Charlotte Bienaimé pour ARTE Radio.

En fin de compte, vous le savez bien, il est bien inutile de chercher si notre podcast est réac’ ou progressiste. Tout comme il est vain de dessiner les contours de la gauche et de la droite dans cette confusion des genres politiques actuellement… La télévision perçue comme conservatrice, ne s’adapte-t-elle pas finalement à ses téléspectateurs d’un certain âge ? Proche de 53 ans (je vous le rappelle ceci est une moyenne en 2018). La radio FM elle, accueille aussi bien du BFM Business que du France Culture et diffuse aussi bien des « Grosses têtes » que du « Arté Radio »… Pourrions-nous mesurer pour autant si ce vieux dinosaure est réac’ quand Skyrock continue d’attirer des milliers de jeunes entre 21h et 23h ? Alors l’important n’est pas tant le média, mais plutôt les acteur.rice.s qui s’en emparent. Et il y a de fortes chances pour que le podcast natif, comme il est parti, soit le média de l’inclusion, de la jeunesse et des revendications sociales au vu des auditeurices et podcasteur.se.s indé qui construisent cet immense écosystème en devenir…

A nous de voir !

Des radios associatives pour podcasteur.se.s indés…

community radio
Community radio ou radio associative

Vous ici?

Je ne m’attendais pas à vous voir si tôt ! Dire-son, connu pour sa technologie de pointe et son esprit start-uper vous accueille aujourd’hui grâce à votre lien – de près ou de loin – au podcast ! Peut-être êtes-vous un internaute accro aux réseaux qui s’est perdu par ici, ou bien une marque désireuse de lancer son podcast (si c’est le cas, allez tout de suite à la page « contact » pour me parler du podcast de vos rêves…), ou sans doute êtes-vous un auditeur ou podcasteur indépendant naviguant solo tel un loup de mer ?

Ma boule de crystal y voit clair dans votre petit jeu…

Vous êtes en fait une radio associative 68-tarde, qui souhaite comprendre « qu’est-ce que c’est que ce bordel et cette mode qui tourne autour des podcasts » qui vient bousiller tout votre travail depuis quelques années. Ce format qui amène de la pub, du fric et de manière général appauvrit la qualité sonore…

A parier que vous êtes sûrement un peu des deux bords, si j’ai bien fait ma mailing list… Parce qu’en réalité, le monde de la radio ne s’oppose pas totalement à celui du podcast. Ils sont même très proches et c’est pour cela que je vous écris ici. Je vous sens réticent face à ce paragraphe introductif un peu fantasque, mais ne vous inquiétez pas, je ne cherche pas tant à vous convaincre, mais plutôt à comprendre pourquoi ces deux univers sont peu relié et comment construire des passerelles entre eux.

Radio assos : des studios gratuits à gogo !

Pourquoi, alors qu’il existe en France plus de 650 radios associatives en France dont 260 au CNRA (confédération nationale des radios associatives) et des milliers de podcasteuses et podcasteurs, rares sont ceux qui fréquentent les studios de ces radios à but non lucratif ?

La radio associative est la meilleure école qui soit pour apprendre à animer et à faire du montage audio. Elle aiguise l’esprit et les oreilles et tout ça de manière gratuite. Le principe de ces radios étant de donner le micro à tous, voire à n’importe qui souhaitant s’exprimer sur un sujet de manière intéressante et passionnée en échange de contenus fournis par ses bénévoles et une petite adhésion symbolique pour payer les frais de fonctionnement. (entretien du matériel, des locaux, paye des salariés s’il y en a, SACEM…).

Les valeurs portées par ces radios sont la communication de proximité mais aussi une alternative aux informations dites classiques : faire appel à la participation des bénévoles, implication citoyenne en terme de d’information, d’éducation aux médias et traiter des sujets ou l’actualité sous un angle qui n’est pas souvent montré dans les grandes chaînes d’informations en donnant la parole à ceux qui sont peu médiatisés par exemple… Et si la politique ne vous dit pas non plus, sachez que vous pouvez aussi traiter de tous les sujets : cinéma, littérature, musique bien sûr, pourvu que la manière dont vous amenez vos sujets soient différente (soit dans la sélection des oeuvres ou dans votre animation tout simplement).

studio radio

N’ayez crainte des vieux hippies têtus issues des radios pirates que vous pourrez rencontrer dans ces radios, ils peuvent ressembler à des dinosaures en apparence, mais ils vous mettront bien plus à l’amende sur les questions techniques, les blind-test et tout le reste en réalité…

Animez en direct : une expérience collective enrichissante !!!

Le must de tout animateur.rice c’est de vulgariser, de s’adresser à un public qui l’écoute en direct dans un même espace temps ! Je ne le répéterai jamais assez : il n’y a rien de tel pour s’améliorer que d’animer une émission en direct. Car on connaît tous les coups de gomme et de censure au montage, qui a tendance à effacer les « euh », les « d’accord » et les silences avant de relancer l’invité. Ils sont pratiques mais ils enlèvent toute spontanéité et mettent une distance entre l’auditeur et le journaliste, mais aussi entre l’invité et le journaliste parfois… Ce procédé de montage nous ayant sauvé la vie plus d’une fois, pourrait presque nous faire passer pour une Oprah Winfrey alors qu’en vrai, nous avons le charisme d’une huître… Et c’est pour cette raison qu’il faut l’éviter le plus souvent possible pour ce qui concerne les interviews.

La radio associative vous offre l’opportunité d’être cette personne qui anime avec sa pâte et sa personnalité. Elle permet aussi de pratiquer et de faire des erreurs sans que se soit la fin du monde. En mettant à disposition un studio et un.e technicien.ne (si c’est le grand luxe) pour que vous soyez tranquille et que vous n’ayez qu’à vous focaliser sur votre animation et votre contenu, l’expérience d’animation est plus vivante et collective ! « Elle est pô belle la vie? » comme dirait l’autre ? Ah non pardon, j’oubliais, les radios A comme on dit dans le jargon, ne sont pas très friande des pages publicitaires car elles se finance par diverses sources de revenues telles que les formations, les subventions, les adhésions bénévoles…

Quant aux podcasteurs indépendants, ils agissent plutôt en solo : ils enregistrent souvent avec leur petit zoom (roh encore une marque) et montent ensuite sur des logiciels libres pendant des heures… Au détriment du partage et de retours qui pourraient faire gagner beaucoup de temps. Sachez que mieux vous préparerez votre émission en amont dans des conditions de direct, moins vous aurez de travail de montage à faire par la suite !

Alors de grâce, courrez vite chez votre radio locale associative la plus proche pour apprendre de ceux qui savent et qui ont de l’expérience. Gagnez du temps et offrez de la visibilité à ces radios qui souffrent des baisses de subventions en ces temps difficiles et qui par la même occasion, met à mal la liberté d’expression, la diversité et la découverte musicale. Ce sont ces petites radios qui résistent encore aux grands médias majeurs et offrent d’autres perspectives que ce que certaines radios commerciales et privées nous servent.

Et surtout, tendez l’oreille vers l’autre

On pourrait croire que dans un monde où tout est de plus en plus binaire, la radio fm analogique se distingue drastiquement du podcast natif sur internet. Et pourtant… Ils ne sont pas si différents que ça : lorsqu’on voit que les différents festivals ou événements en rapport à la création sonore invitaient podcasteurices et animateurices tout confondus pour les éditions 2019-20. N’oublions pas qu’il s’agit d’audio tout d’abord et le médium n’est pas une fin en soi mais un moyen : celui de partager des histoires touchantes et intimes qui soient universelles bien que singulières. La radio s’intéresse aux passionnées : geek ou beaufs, peu importe leur style. Et le podcast s’attache à informer en faisant prendre conscience de sujets sociétaux autrement : écologie, antifacisme, numérique, éthique… Ce sont deux choses que je retrouve dans ces formats qui sont au final complémentaires, voire même similaires…

salon radio et audio digital 2020
Le salon de la radio devient « salon de la radio et de l’audio digital », édition 2020

Alors de grâce, radios associatives, s’il vous plaît, n’ayez crainte de la déferlante podcasts natifs. Pourquoi n’allez-vous pas chercher ces potentiels animateurs bénévoles pour les rallier à votre team ? Non seulement cela pourrait, comme je l’ai dis plus haut, diversifier vos revenus mais en plus, vous amener plus d’écoutes ou de trafic sur votre site et faire parler de vous… Pourquoi ne pas louer si besoin de manière ponctuelle vos studios pour les non-adhérents ? La transition vers la radio numérique terrestre est imminente, le MP3 a conquis le terrain depuis des années avec les toutes puissantes plateformes de streaming jouant à la place de la radio. Pourquoi ne pas sauter les pieds joints dans cette énième transition avec les podcasteurice.s et entamer cette mutation numérique en éduquant, sensibilisant à la qualité audio, au travail artisanal et de fourmi, en transmettant à des gens qui ne demandent qu’à apprendre et vous connaître ? Si seulement ils étaient au courant de votre existence… Pourquoi ne pas accompagner ces nouveaux acteurs et ne pas s’adapter aux nouvelles pratiques d’écoutes que sont la radio sur internet, les applis podcasts à toute heure et les programmes à la carte ?

Un grand travail de communication doit se faire car ce n’est pas parce que nous sommes des radios au service des autres, que nous ne devons pas faire l’auto-promo de notre travail… Car si nous ne communiquons pas, qui nous écoutera encore?

Sur ces belles paroles, je retourne au montage de l’émission, euh non, du podcast. Enfin… vous avez compris quoi !!

😉

Mija saison 2 : l’Asie au coeur de Paris

Studio Ochenta multinlingues

Alors que je déprimais sur mon fauteuil club, volets fermés en pensant à Georges Floyd, les violences policières et le racisme systémique, j’ai branché mon casque sur Mija saison 2. Le petit dernier de studio Ochenta dont la saison 1 relataient la vie d’une famille colombienne dans le Queens de NYC en 2019. C’est la voix douce de Mélanie Hong qui m’a conforté et m’a embarqué dans son histoire familiale. Vous savez, l’initiatrice de Melting pot ? C’est sa rencontre avec Lory Martinez, protagoniste de la S1 et fondatrice du studio multilingue Ochenta qu’est né le podcast. Premier du classement d’Apple Podcast, au départ, Mija avait pour intention de montrer le récit de sa famille colombienne à la première personne. Et donc d’offrir aussi des récits d’immigrés manquant aux Etats-Unis. Rencontre avec ces deux mijas sur zoom…

Elargir les représentations sur les immigrés

Tous les latinos ne sont pas que mexicains

Quand je lui demande comment ce projet est né dans sa tête, Lory Martinez explique qu’elle cherchait à faire un documentaire sur ses racines et sa familles. Et en creusant plus, elle explique avec son petit accent américain dans un parfait français, qu’il existe déjà moults discours et images sur les communautés mexicaines aux Etats-Unis, qu’on aborde souvent dans les médias les migrants traversant la frontière au péril de leur vie. Il était donc important pour elle de faire connaître d’autres parcours migratoires au grand public : ceux de latino-américains qui ne soient pas forcément mexicain ou dont l’immigration ne soit pas uniquement marquée par la souffrance. « Pour moi, c’était montrer une histoire que je connais, que je trouve absente de toute la rhétorique autour des immigrés. Il y a énormément d’immigrés latinos aux US qui ne sont pas que mexicains : on a des portoricains, des colombiens, des cubains, des péruviens … » Vous serez surpris de savoir que la population hispanique représente presque un quart de la population étatsunienne, première minorité ethnique devant les afroaméricains aux USA ! Et pourtant, il existe encore peu de récits intimistes à la première personne sur ces communautés – ou alors principalement mexicaines.

Pour découvrir la première saison c’est par ici !

Saison 2 : être une famille asiatique en France…

Pour la saison 2, Lory Martinez s’est associé à Mélanie Hong pour montrer cette fois un parcours migratoire, dont le pays d’accueil serait comme pour elle, la France. Mija 2 nous raconte donc le parcours migratoire d’une famille sinovietnamienne vers la France. La formule reste la même : 8 portraits de 10 minutes à travers les yeux de Mija, (« ma fille » en espagnol). D’un ton enfantin, elle raconte de manière admirative le courage de ses parents pour s’intégrer en France, comment ses parents se sont rencontrés et comment elle et son frère y sont nés.

Mélanie Hong de Bonjour Podcast

C’était aussi le souhait de combler le manque criant de narrations sur la France et ses anciennes colonies d’Asie, méconnu du grand public. Car si l’on commence à enfin reconnaître le passé colonial en Algérie et la Françafrique, l’Indochine reste encore une grande oubliée des colonies françaises… Ce n’est pas pour rien que Mija est installé dans le 13e arrondissement de Paris, un symbole fort de l’immigration asiatique en Ile- de-France avec Belleville. Ainsi, Mélanie ou Mija nous invite dans sa maison d’enfance où se côtoient traditions ancestrales et autels bouddhistes sur fond de variété française…

« J’ai grandi dans un quartier populaire, pas très joli c’est vrai, mais pour moi c’était le paradis ! En bas de l’immeuble, un épicier marocain chez qui j’allais acheter des bonbons après l’école, au bout de la rue une boulangerie française pour acheter des baguettes pour les tartines du dimanche et de l’autre coté de la rue, une station de métro synonyme d’aventure. »

Mija, saison 2 interprété par Mélanie Hong

Construire des récits et des ponts

Répondre aux besoins des minorités ethniques

Si le succès du podcast repose en partie sur son registre « comédie dramatique », il est un aussi un outil d’empowerment pour les minorités ethniques. Car il permet à ces même minorités d’avoir des récits dans lesquels ils peuvent s’identifier. Avec une majorité de comédien.ne.s, animateur.ice.s ou penseur.se.s caucasiens dans les médias, il est difficile pour un arabe, un asiatique ou un noir de se reconnaître parmi le panel ! Malgré le côté « feel good » de Mija, ce podcast ne cache pas pour autant la face sombre de l’intégration lié au regard des autres et de la société sur ses immigrés. Le récit de Mélanie Hong reflète celui de tant d’autres descendants d’immigrés de 2e, 3e génération qui a du mal à vivre ses différentes origines au pays de la liberté et de la fraternité.

Mélanie Hong enfant

Alors même que l’on s’enthousiasme avec l’héroïne d’une France ouverte sur les autres cultures, on redescend crescendo en apprenant que la protagoniste se faisait surnommer systématiquement « la chinetoque » à l’école. Sans nommer le racisme systémique, ni dénoncer le modèle d’intégration assimilationniste à la française, le récit expose en subtilité les problématiques que toute personne minorisée peut vivre en France. C’est en cela que repose l’intelligence du propos qui s’adresse à un large public, par son aspect pop qui soulève néanmoins des questions sociétales importantes : comment apprivoiser la culture de ses parents quand on nous apprend à la mettre de côté une fois franchi le pas de l’école ?

Je suis chinois, de France !

Nong, le père de Mija

Se réapproprier l’histoire par la fiction…

Une autre prouesse de ce podcast est d’adopter la fiction de manière réaliste et incarnée. Pour cela, Lory et Mélanie ont reconstitué un travail de recherche et d’interviews auprès des membres de leurs familles encore vivants. Ceci n’est pas une mince affaire pour des enfants d’immigrés. Car elles rencontrent bien souvent des difficultés à remonter l’arbre généalogique et l’espace temps… Avant d’écrire leur script donc, chacune des réalisatrices a interrogé parents, adelphes et cousins sur des éléments biographiques et identitaires. Ce qui a été indispensable pour créer la trame et les arcs narratifs et avoir une base solide autour de laquelle broder. Elles ont toutes les deux recomposés avec leur histoire et l’ont raconté à leur sauce, en s’affranchissant des codes documentaire.

Mais pourquoi choisir la romance, quand on a déjà une histoire passionnante en elle-même ? Dire-son a tout de même sa petite idée…

« J’adore embellir les choses pour raconter une belle histoire, mais je suis authentique »

Lory Martinez

Ce choix assumé permet non seulement de colmater les lacunes de la mémoire et les omissions de l’histoire familiale. Mais la fiction permet aussi bien plus que ça : la possibilité de raconter une réalité qui peut paraître souvent trop brute ou terre-à-terre. A la manière d’un conte, le storytelling agit dès la première seconde et Mija incarne à la fois la conteuse et l’héroïne de sa propre histoire qu’elle maîtrise parfaitement. Ainsi, elle peut se donner la liberté de jouer, d’enjoliver et d’inventer tout en gardant l’essence du message.

Sans faire de généralités

Vous l’imaginez, cela n’a pas été une mince affaire ! Lory et Mélanie ont travaillé ensemble à l’écriture de cette saison 2 pour trouver la justesse entre représentations réalistes de sa culture chinoise et vietnamienne, sans pour autant la stéréotyper. Le défi a été de ne pas faire de son histoire une généralité sur l’Asie… Quand Mélanie Hong me dévoile les coulisses du travail d’écriture, elle confirme qu’il a suscité de nombreux questionnements. Par exemple, fallait-il parler de sa mère qui allait à l’école à dos d’éléphant (si si c’est véridique) au risque d’entretenir les clichés et fantasmes exotisants autour de l’Asie ?

La parade du nouvel an chinois une fois par an dans le 13e arrondissement de Paris. Pour Lory c’est signe de multiculturalité en France, pour Mélanie c’est bien mais pas suffisant pour comprendre la culture asiatique connu seulement par ce biais.

Un hommage vibrant à la famille

Par conséquent, si vous n’êtes ni chinois.e, ni vietnamien.e, ni français.e, vous vous reconnaîtrez sûrement dans ce podcast. Car il montre les relations ténues et pourtant fortes entre les membres d’une famille éparpillés aux quatre coins du monde : ce lien invisible du sang qui unit malgré la distance, le manque de références communes et les barrières culturelles. La saison 1 a d’ailleurs bien marché en France, bien que le contexte ne soit pas en France. Ce n’est pas un hasard si le studio est multinlingue car il s’adresse à un large public en racontant des histoires universelles qui nous concernent tous, au-delà du communautaire et du multiculturel…

Lorsque je leur demande comment leur famille ont réagi en écoutant leurs portraits dans ce podcast, le sentiment premier est la fierté. La mère de Mélanie en écoutant son histoire était fière. Fière d’en être arrivé là, fière que leurs enfants transmettent l’héritage et qu’elles portent la voix de son peuple. Elle est certaine que de nombreuses personnes pourront se reconnaître dans ces portraits pleins de tendresse. Et ça, c’est tout simplement puissant

 » Tu as bien gardé mes origines. Merci ! Le podcast reflète bien notre parcours et notre famille. J’espère que ça donnera espoir à ceux qui écoutent! »

SMS pour Mélanie de la part de sa maman

Alors ? A quand une saison 3 pour me relever du fauteuil club ?

mija saison 1 et 2

Pour écouter le podcast : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/mija-podcast-french/id1480370692

Pour découvrir le studio Ochenta : https://ochentastudio.com/

Extimité, le podcast : rendre visible l’invisible

podcast extimité

« Extimité » ce sont des conversations entre personnes minorisées qu’il faut écouter en cas de blues. A l’heure où les violences policières ou les discours xénophobes sont banalisés sur les plateaux tv et les réseaux sociaux, il n’est jamais facile d’être. Quand on est dans une minorité et qu’on nous le rappelle sans cesse par une remarque, un geste ou un regard de travers, les témoignages des invités font un bien fou ! Car ils font écho à notre propre histoire, qui nous rappellent que nous ne sommes pas seul.e.s à vivre ces choses-là : où on est resté sans voix pendant le repas familial quand l’oncle relou nous a rabaissé au sexe faible ou au titre de « pédale ». Ou encore cette fois où on s’est tu quand un ami nous a réduit à notre race de « bridé », de « négro » pour déconner en soirée, ou bien quand on a été infantilisé à cause de son handicap.

Avec plus de 20 000 écoutes par épisode, « Extimité » rend visible certains aspects de soi jusque-là considérés comme relevant de l’intimité par pudeur ou par honte ? Ce podcast bimensuel redonne la paroles aux invisibilisé.e.s dont les trajectoires considérées comme peu importante par le mainstream et la norme. Lancé par Douce Dibondo et Anthony Vincent, journalistes revendiquant une identité queer et racisée, « Extimité » lève le voile sur les différentes oppressions systémiques que vivent leurs invités. Leur récits racontent les conflits, la violence ordinaires auxquels ils ont été confrontés, liés aux rapports de domination découlant des valeurs néocolonialistes et patriarcales.

J’ai voulu poser quelques questions à ces deux journalistes qui militent au quotidien au sein de rédactions pour faire entendre d’autres points de vue.

Prendre conscience…

Bonjour Douce et Anthony. Le principe de l’émission est de mettre en avant les portraits de personnes minorisées et leur cheminement vers la déconstruction. Pouvez-vous expliquer qui sont vos invités et à qui s’adresse votre podcast ?

Douce : Pour moi, Extimité s’adresse d’abord aux personnes concernées qui ont besoin de se reconnaître et de ne plus se sentir seules face à ces situations de discriminations latentes ou plus directes avec lesquelles on compose au quotidien. Toutefois, s’il y a des personnes qui ne sont pas concernées directement mais qui apprennent de ces récits c’est très bien ! On aura évité des heures et des heures de pédagogie en apéro ou devant la machine à café. En tout cas, il est important que les “je” qui se racontent dans « Extimité » résonnent de manière universelle.

Anthony : Là encore, cela peut paraître paradoxal de penser que le cas particulier d’une femme transgenre, racisée, travailleuse du sexe puisse parler au plus grand nombre. Pourtant, c’est justement parce qu’elle cumule les oppressions que son expérience du monde s’en trouve élargie, et donc son analyse de la société affûtée et pertinente. Les médias mainstream veulent nous faire croire que des éditorialistes qui n’ont vécu que dans le 16e arrondissement de Paris ont un avis pertinent sur tous les sujets, les magazines féminins que les ¾ des femmes sont blondes, grandes et minces, et les séries TV que seule la vie des médecins et des avocats valent la peine d’être racontées. Parfois, on a le droit à 3 films misérabilistes par an sur la vie d’une personne handicapée, LGBT+, ou racisée, mais attention, faut choisir, afin de bien rentrer dans une case prête-à-penser. Pour Extimité, on ne fait pas d’efforts de casting de “qui cumule le plus d’oppressions”, on se demande juste : “Qui est-ce qu’on n’a pas encore entendu ? Qui est réduit au silence ?” Et ça fait un sacré paquet de monde qui veut parler, parle même déjà, et ne demande qu’à être écouté, en fait. Et vu combien notre audience se montre réceptive à ces récits de la vraie vie, cela prouve bien qu’on en avait tou.te.s besoin.

Pour les enfants d’immigrés, l’estime de soi n’est pas un concept de livre de développement personnel, mais bien un outil de survie essentiel.

Qu’est-ce ce que la déconstruction pour vous ?

Douce : Vaste question sur la déconstruction… Alors déjà le déconstructivisme est une notion que le philosophe algérien Jacques Derrida remet au goût du jour dans sa manière d’analyser puis de concevoir la littérature. Dans un texte qu’est-ce que dit le vide, le non sens, les omissions, les fautes, les ellipses etc. Voir et décortiquer entre les mots et les phrases. Et cette notion de déconstruction va avoir un écho plus fort aux Etats-Unis où il a toujours été reconnu et adulé par l’intelligentsia états-unienne. En rencontrant la notion sociologique de constructivisme (tout est une construction sociale), ça a eu une résonnance dans les sciences sociales avec les race et gender-studies, puis en toute logique dans le militantisme. De manière plus personnelle, déconstruire c’est se décentrer et regarder où l’on se situe sur le grand échiquier social. Quels désavantages, quels privilèges ? Puis de revenir à soi et regarder les mécanismes qui font marcher ce grand théâtre social : quels sont les codes, les enjeux de pouvoir, qui est assigné à être minoritaire, qui ne se désigne jamais comme majoritaire, quel poids historique nous conditionne, quels imaginaires et formes-pensées conduisent à des schémas répétitifs de la société ? Et ce à tous les niveaux… Bref la déconstruction c’est un travail permanent sur soi qui a un but collectif, déconstruire la société.

Anthony : Se déconstruire, c’est un processus de réflexion sans fin qui consiste à se demander d’où viennent nos préférences et nos croyances. Et c’est tout à fait humain d’en avoir, le but n’est pas forcément de les éliminer. Mais plutôt d’admettre qu’on a parfois certains conditionnements et biais qui font qu’on préfère certaines choses plutôt que d’autres. Et ce n’est pas parce qu’on se demande “pourquoi ?” qu’on tombe dans le jugement moral et catégorique. Au contraire, même.

Se raconter : une catharsis collective

Extimité Couppée de Kermadec
Illustration d’Audrey Couppée de Kermadec

Vous avez commencé le podcast en racontant vos propres histoires et intimité à l’épisode 0 et 1. Ce n’est pas un exercice courant pour des journalistes. En quoi était-ce important pour vous de vous mettre à nu en premier ?

Douce : Pour ma part, il était important de me placer de manière horizontale face aux auditeurices et aux futur.e.s invité.e.s. Il fallait donner l’exemple. Comme dans toutes relations, il s’agit de respecter un équilibre entre le don et le contre-don. Je ne me voyais pas prendre quelque chose de nos invité.e.s sans jamais me dévoiler et me situer. Car avant d’être une journaliste indépendante, je suis d’abord cette femme congolaise, noire, bi et queer qui se reconnaît dans les vécus à la marge de la majorité. Et pour ne plus se comparer à cette dernière, ma parole devait s’entendre pleinement en tant que “je”.

Anthony : En plus d’être contre-intuitif, raconter publiquement mon intimité me semblait aller à l’encontre de ce qu’on nous répète en étude de journalisme : “le je est haïssable.” Les journalistes se dévoilent peu, par souci de paraître le plus objectif possible. Or, je pense qu’on s’approche beaucoup plus de l’idéal qu’est l’objectivité journalistique quand on admet ses biais, ses failles, ses origines et ses désirs. Ces premiers épisodes reviennent donc à signer une sorte de pacte de lecture avec notre audience : admettre que tout point de vue est situé, y compris ceux de journalistes comme Douce et moi, et que nos subjectivités teinteraient forcément un peu les futurs épisodes. C’est une manière de se montrer radicalement honnêtes, en plus de se placer à égalité avec nos invité.e.s et l’audience.

En France la classe avant la race c’est le slogan de la gauche qui aurait pu se déconstruire et voir son racisme latent en pleine face. Il est plus facile de parler de quartiers et de personnes “défavorisées” sans parler de personnes favorisées.

A partir de quand avez-vous réalisé que vous n’étiez pas blanc.he.s et pourriez-vous identifier votre prise de conscience du racisme systémique et des mouvements décoloniaux ?

Douce : Clairement, je l’ai réalisé quand j’ai débarqué en France à 12 ans. En partant du Congo je savais que j’avais la peau noire, mais je ne me disais pas noire. En France j’ai été la blédarde, la bounty, la “fatou fachée” etc. Mais ce n’est que pendant mes études de sociologie, en deuxième année de licence, à 18 ans que j’ai commencé à déconstruire toutes les fausses croyances sociales que la France avait bien eu le temps de me faire avaler… Pour les mouvements décoloniaux l’un des évènement clés c’est la mort d’Adama Traoré qui a fait écho à la mort de Zyed et Bouna en 2005, année où je suis arrivée en France. Je me souviens que j’étais en banlieue en Essonne et je voyais les quartiers s’embraser, ma cousine partant avec ses amies en manif sauvage face aux flics. Tout ça m’est revenu en mémoire et le puzzle a commencé à se rassembler, naturellement.

Anthony : J’ai grandi dans une famille qui m’a fait comprendre très tôt que j’étais noir, mais elle m’a inculqué au passage des principes coloristes (N.D.A : favoriser les personnes qui ont la peau clair et dévaloriser celles qui ont la peau plus foncée dans la société) que j’ai intégrés et reproduits sans les interroger, jusqu’à ce que j’arrive à l’âge adulte. En grandissant en banlieue populaire, parce que je n’ai jamais été le plus foncé, j’ai bénéficié de certains privilèges qui m’ont laissé croire que j’étais épargné par le racisme. Mais au fil de mes études supérieures jusqu’à arriver dans le milieu professionnel, je croisais de moins en moins de personnes racisées. C’est en enchaînant les visites d’appartements infructueuses, les contrôles de police, et les dates avec des fétichistes que j’ai réalisé que j’étais perçu comme un homme noir avant tout, peu importe mon niveau d’éducation, de présentation, ou de mélanine. C’est donc vers 21-22 ans que j’ai ouvert les yeux progressivement sur le racisme que je subissais, mais aussi que je perpétuais sans m’en rendre compte. Et l’injustice autour de la mort d’Adama Traoré m’a convaincu de m’engager davantage contre tous ces préjugés.

Quels sont les étiquettes et stigmas qu’on vous colle et qui vous énervent ? Avez-vous réussi à les accepter, ou à vous en débarrasser ? Quelles sont celles que vous vous réappropriez aujourd’hui s’il y en a ?

Douce dibondo
Douce Dibondo, cofondatrice d’Extimité

Douce : J’ai tellement réussi à décortiquer les mécanismes et les stigmatisations qui me sont renvoyées en tant que femme noire et plus récemment en tant que meuf bi que je ne m’enerve pas. Avant la colère venait de cette impossibilité à expliquer mon malaise, à expliquer pourquoi je n’avais pas à subir les remarques mysoginoiristes et biphobes. Depuis ma déconstruction, les stigmas, je les balaie et je renvoie à l’envoyeur ses discriminations, sans pour autant perdre mon énergie à justifier mon humanité. Oui, je suis noire, africaine et fière, oui je suis queer et fière, oui je suis spirituelle et fière. J’embrasse tout de moi, donc je me réapproprie mon être. Je ne me débarrasse de rien, je transforme tout.

Anthony : Physiquement, je corresponds au stéréotype de la folle noire bitchy et fan de mode, adorée par les télé-réalités. J’ai longtemps lutté contre ça, la follophobie s’ajoutant à l’homophobie et au racisme que j’avais déjà bien intériorisés. Mais à mesure que j’en apprenais sur le féminisme, j’ai compris combien ce cliché tirait de la misogynie. Quand je lisais des choses sur le stéréotype de l’angry black woman en particulier, je pouvais en tirer énormément d’enseignements sur comment j’étais perçu en société. Alors aujourd’hui, je ne me défends plus de cette part de moi, je l’embrasse, et je suis même fier d’être flamboyant.

L’autre : le miroir de soi

Quelles expériences ou réflexions décrites a fait le plus écho en vous depuis le début du podcast?

Douce : Dans la saison 1 j’ai été touchée par le récit de Sun, une meuf queer ayant fui son pays en guerre (ce qu’en Occident nous avons romantisé en Printemps arabe). “C’est puissant de partir, c’est puissant de rester” dit Sun. Et forcément en tant qu’exilée ça a résonné fort en moi. Elle a cette résilience et cette abnégation de la douleur que les personnes exilées portent malgré elles. Dans la saison 2, j’ai adoré les récits de Thérèse, chanteuse bie, asiatique et c’est le vécu de Wolky, homme noir gay, médecin, qui appuie où ça fait du bien. Elle, pour sa vie si équilibrée de l’amour et de la conscience de soi, son humilité face à ses failles et sa soif de liberté accrue, malgré les carcans sociaux qui tentent de nous enfermer toujours plus. Lui, pour la conscience qu’il avait de son monde intérieur, la distance qu’il est parvenu à mettre face à sa hiérarchie professionnelle raciste, tout le travail émotionnel effectué sur lui, sa vision de l’amour et des relations… Ce sont des miroirs plus ou moins recollés de ma propre histoire. C’est égoïstement collectif : en tant que vécu marginal, je place les mis.e.s à l’écart au centre de mon monde, donc du monde. Et j’espère que nos auditeurices vivent aussi la même expérience à travers le podcast.

Anthony Vincent
Anthony Vincent, cofondateur d’Extimité

Anthony : Chaque invité.e nous a énormément appris sur la société et ses structures. En ce qui concerne les récits qui ont le plus fait écho en moi personnellement, celui de Paul-Arthur me vient en premier car nous nous ressemblons beaucoup socialement : hommes noirs, gays, cisgenres, journalistes modes à Paris. Celui de Paya aussi, notamment parce qu’elle a répondu à une question que je commençais à peine à effleurer sur la fatigue militante. On ne peut rendre service à sa cause sur le long terme s’y l’on s’y épuise, alors c’est important de se reposer, voire de prendre ses distances un temps. Le repos sert aussi la lutte. Il en fait même partie intégrante. Je pense aussi à Marie-Odile, quand elle raconte comment sa mère afrobrésilienne a tenté de la blanchir durant toute son enfance parce qu’elle a elle-même grandi dans une société pigmentocratique. Et comment l’art l’aide à se réconcilier avec ses origines aujourd’hui.

Raconter l’intimité est au coeur de votre podcast et des « gender and ethnic studies« qui mettent en avant les récits de vie. Quels penseur.se.s, artistes ou modèles vous inspirent le plus ?

Douce : Mes inspirations… Je puise beaucoup de force auprès de Rokhaya Diallo, Amandine Gay, Fania Noël et bien d’autres qui incarnent les luttes antiraciste et afroféministe contemporaines. Mon cerveau est nourri aussi par les penseuses comme Audre Lorde, Bell Hooks, Toni Morrison, Monique Wittig, Françoise Héritier, Elsa Dorlin… En terme artistique j’ai un coup de coeur pour Yseult et Lous and The Yakuza, mon regard est de plus en plus tourné vers l’Afrique et les talents créatifs qu’elle voit de plus en plus émerger en musique, en art, en culture tels que Ibaaku, Jojo Abot, L’artrepreneur, Lafalaise Dion, Kente Gentleman et bien d’autres que j’oublie !

Anthony : En plus des autrices afroféministes citées par Douce, m’ont inspiré Roxane Gay, Susan Sontag, Virginie Despentes, Mona Chollet, Paul B. Préciado et Frantz Fanon. Ado, je me réfugiais dans les pages d’Hervé Guibert, James Baldwin, et Didier Eribon, que j’ai vraiment lus comme des phares pour survivre. Aujourd’hui, je suis de près le travail du dramaturge Jeremy O. Harris, du poète Ocean Vuong, et de l’artiste FKA Twigs.

Etre à l’écoute et changer les rapports de force

Vous demandez à chaque épisode si vos invité.e.s se sont déjà sentis dominants, alors qu’ils parlent de leur expérience de personnes minorisées, pourquoi cette question ?

Douce : Encore cette idée de déplacer le curseur. Comment les personnes qui sont assignées à la marginalité, se perçoivent et vivent cette assignation. Et parfois selon les réponses, on se rend bien compte que c’est souvent dans la non-mixité, entouré.e.s de personnes qui les ressemblent que les invité.e.s se sentent majoritaires. Il y a une puissance à se réapproprier les mots, les espaces et les manières de nous penser, entre nous, avec nous. Ce n’est pas subi, c’est revendiqué !

Anthony : Cette question représente aussi une occasion de se demander si, dans l’entrecroisement des différentes oppressions en fonction des contextes, on n’a pas déjà été en position de dominant.e. Je crois que c’est en enregistrant mon propre épisode d’Extimité que j’ai pris conscience de combien j’avais pu intérioriser le racisme et l’homophobie afin de me rapprocher de la majorité et sa domination par le passé.

Extimité 2 vignette

On parle de plus en plus de racisme anti-blanc et d’appropriation culturelle dans les médias et ça suscite beaucoup de craintes auprès des classes dominantes blanches, même au sein de mouvements féministes. Pourquoi à l’heure du covid-19 il est facile de se dire privilégié socialement et d’avouer les inégalités sociales alors qu’il est impossible d’avouer son privilège blanc selon vous ?

Douce : Parce qu’en France la classe avant la race c’est le slogan de la gauche qui aurait pu se déconstruire et voir son racisme latent en pleine face. Il est plus facile de parler de quartiers et de personnes “défavorisées” sans parler de personnes favorisées. Mais qui sont ces personnes défavorisées, qui n’ont jamais de visage, jamais de nom en France ? Il est plus confortable d’envelopper les inégalités du voile économique sans jamais expliquer que le facteur économique est intrinsèquement lié au racisme de la société française et dans toutes ses institutions. En France on loue Pierre Bourdieu pour la notion de reproduction des inégalités mais on réfute aveuglément de la pousser. On n’adule pas un Pape Ndiaye qui met en lumière La condition noire et ce qu’elle implique en terme socio-économique. La France continue ainsi à reproduire les classes des favorisés et des “défavorisés”.

Anthony : Globalement en France, l’assimilation est pensée comme un modèle à atteindre, ce qui explique notamment les crispations dès qu’on parle de communautarisme, de non-mixité, ou qu’on désigne des couleurs de peau. Cela empêche aussi de penser de façon structurelle, et donc de considérer qu’être blanc soit un privilège. Quand elles sont désignées comme un groupe social, les personnes blanches peuvent être prompts à crier à l’essentialisation et au racisme, justement parce qu’elles n’ont pas l’habitude de se penser comme telle. Elles n’ont jamais eu à se réfléchir comme telle parce qu’elles ont toujours bénéficié de cette ignorance. C’est le comble du privilège blanc. Et c’est aussi ce qui explique la fragilité blanche allant avec quand on les désigne comme tel : c’est inconfortable à admettre. Alors elles se braquent et racontent qu’on les a traitées de cachet d’aspirine à la récré, qu’elles ont eu un job étudiant comme tout le monde, que leurs parents étaient pauvres ou qu’elles ont failli être SDF, incapables de vouloir comprendre qu’on leur parle de violences structurelles. Incapables de vouloir comprendre que le privilège blanc veut seulement dire que leur couleur de peau n’a jamais été un frein dans leur vie. Contrairement aux personnes racisées. La géographe Ruth Gilmore définit le racisme comme ce qui expose à la mort prématurément. Le COVID-19 et les violences policières démultipliées en cette période de confinement en sont des preuves supplémentaires.

Banksy Jean MIchel Basquiat controle au facies
Hommage à Jean-Michel Basquiat, artiste américain d’origine haïtienne et portoricaine par Banksy

L’extimité a un rapport avec l’estime de soi. Comment selon vous, valoriser cela en tant qu’enfants d’immigrés ?

Douce : C’est un chemin qu’on n’a pas le choix d’emprunter. L’estime de soi en tant que personnes racisée est une obligation de survie face à une société qui ne nous voit pas et donc ne nous reconnaît pas, car nous ne sommes pas à son image. Il faut donc se créer une image face au miroir. Je brise le besoin de reconnaissance oedipien et je me reconnais par mes propres lunettes. Celles qui forgent ma déconstruction et ma reconstruction sur tous les plans de conscience (physique, émotionnel, intellectuel et spirituel).

Anthony : Audre Lorde écrivait justement combien prendre soin de soi ne tient pas de l’indulgence vaine, mais bien de l’auto-préservation, et que c’est un acte politique pour les personnes minorisées. Pour les enfants d’immigrés, l’estime de soi n’est pas un concept de livre de développement personnel, mais bien un outil de survie essentiel. Ou plutôt une fondation sur laquelle se construire. Sans elle, vous aurez beau en faire 4 fois plus que les autres et collectionner les diplômes, le syndrome de l’imposteur sera toujours là pour vous empêcher de croire en vous-même.

audre lorde
Audre Lorde, militante américaine lesbienne et afroféministe

Quels podcasts écoutez-vous et pourriez-vous en recommander à ce sujet ?

Douce : « Furies », « What the F* podcast »,« Still processing » (anglophone), « Code Switch« , « Busy Being Black« , « La Fièvre », « Les enfants du bruit et de l’odeur », « Piment« … Qui parlent des identités plurielles qui me constituent, femme, noire et queer.

Anthony : “Food 4 Thot” qui est l’incarnation du podcast dont je n’osais même pas rêver, hilarant et érudit, tenu par 4 personnes queer et racisées qui parlent de culture, de société, de genres et de sexualités. “Un podcast à soi” sur les enjeux féministes. “La Poudre” des conversations avec des femmes inspirantes.

“Caring for myself is not self-indulgence, it is self-preservation, and that is an act of political warfare.”

— Audre Lorde dans « A Burst of Light ».

Extimité c’est donc un objet d’empowerment puissant et un tiers-lieu d’écoute et de partage qui encourage les invisibilisés à se raconter petit à petit – fièrement, en valorisant leur vécu – sans que leur témoignages soient déformés ou dévalorisés par l’Histoire ou les médias…

Le travail de Douce et Anthony a été récompensé par le Bondy Blog pour l’égalité des chances et contre les discriminations en 2019, car il recèle de grandes sagesses et une lucidité sur le monde, tel que vous ne l’aviez jamais vu.

Si vous souhaitez une saison 3 vous pouvez tipser à https://fr.tipeee.com/extimite pour les aider à produire ce podcast 100% indépendant. Parce que les journalistes et les artistes sont trop peu rémunérés pour leur juste valeur et surtout pour contribuer à cet effort de représentation et d’inclusion des minorités dans les films, les peintures, la littérature et les médias. Pour que chaque histoire ne relève plus de l’anecdote mais bien de l’histoire collective.

Retrouvez « Extimité » sur toutes les plateformes de streaming dont apple podcast.

Tuto pour podcaster : apprendre en écoutant

Lancé depuis 2018, La saison 2 des Coulisses du podcast sort déjà en 2020

Les auditeurs téléchargent environ 17 podcasts chaque mois en France. Pas étonnant si de nombreux bingelisteners veulent se transformer à leur tour en créateurs de contenus et passent derrière le micro. Alors, pourquoi pas toi jeune padawan ? C’est le timing parfait pour te consacrer à ta passion et la transmettre via une émission ! De plus en plus de documentation et de tuto existent pour t’aider à débuter.

Parmi eux, les Coulisses du podcast est une mine d’or, car elle te fera gagner du temps en évitant les écueils de tout débutant qui se respecte… Anastasia De Santis ex-consultante digitale et Mélanie Hong anciennement avocate, sont les animatrices de ce podcast. Elles ont toutes les deux plaqué leur job confortable pour mener la vie de podcasteuse.

Hôtesses respectivement de « De Vraies vie » et « Melting pot« , elles ont lancé en parallèle « Les Coulisses » – dont la saison 2 vient de sortir – pour permettre à d’autres d’avancer à partir de zéro. C’est l‘envie de partager qui les a poussé à faire ce projet, qui initialement était le blog de Mélanie relatant ses avancées dans le monde du podcast. Et c’est grâce aux échanges informels et retours d’expérience qu’elles ont eu avec Anastasia que le blog est devenu podcast audio… Pourquoi ne pas faire bénéficier à d’autres le fruit de leur démarches ? Idées, doutes, conseils pour ceux qui voudraient débuter sous forme interactive. Pourquoi pas y ajouter en plus, les conseils d’autres podcasteurs/euses de renoms comme Matthieu Stefani (Génération DIY) ou Pénélope Boeuf (la toile sur écoute) ?

J’ai voulu les interroger sur les tendances podcasts, leurs inspirations et les tutos en général…

Lorsque nous avons décidé de le créer, nous sommes parties du principe qu’on voudrait faire un podcast que nous aurions aimé écouter. On voulait que ça soit simple, accessible à tout le monde, que ça reste convivial tout en apprenant quelque chose… Le format tuto nous a paru le plus adapté…

Anastasia De Santis

INTERVIEW

Dans l’univers du podcast très hétérogène, on a souvent le syndrome de l’imposteur et surtout quand on est une femme. Pourriez-vous donner deux trois tips sur vos expériences personelles de podcasteuses pour surmonter ce sentiment si vous l’avez déjà ressenti ?

Anastasia : Évidemment qu’on l’a ressenti ! C’est plus ou moins présent selon les personnes et les sujets. On en parle d’ailleurs dans notre premier épisode des Coulisses. On entend souvent que les podcasteurs ou podcasteuses connus sont journalistes… même si c’est moins vrai aujourd’hui, ça reste plutôt juste. Donc en partant de là, on peut se demander, pourquoi moi qui n’y connait rien en technique ou en journalisme, j’oserais me lancer ? Eh bien, justement, la réponse pour dépasser sa peur, OSER SE LANCER. Parce qu’il n’y a rien à perdre à part un peu de temps, et qu’au contraire, il y a toujours à gagner : des rencontres merveilleuses, des opportunités qui s’ouvrent, des retours d’auditeurs… 

Mélanie : C’est vrai que le syndrome de l’imposteur : « qui suis-je, moi, pour faire ça » est très présent, dès lors que c’est souvent un média qu’on lance en autodidacte, car il est facile d’accès : un smartphone, une application d’enregistrement et ça peut être lancé ! Il y a non seulement la technique (matériel, montage), mais aussi les compétences orales, relationnelles (si on fait des interviews) ou l’expertise (si on choisit un sujet dont on n’est pas « expert »). Pour moi, la meilleure façon de surmonter le syndrome de l’imposteur, quel que soit le projet, est de se dire qu’à partir du moment où le sujet nous intéresse, on a le droit d’en parler. Que ce n’est pas parce qu’on en parle qu’on se prétend expert ou meilleur que qui que ce soit. On peut être débutant et aborder un sujet, ça peut tout aussi être intéressant d’avoir le point de vue de personnes qui débutent, comme nous lorsqu’on a commencé Coulisses !

Anastasia de Santis et Mélanie Hong crédit @Anastasia de Santis

Il y a une tendance aux tutos dans le podcast qui aident à entreprendre, à faire du sport et à mieux vivre en général. Est-ce que vous en écoutez ? Si oui lesquels ?

Anastasia : Le problème quand tu créé des podcasts, c’est que tu as de moins en moins le temps d’en écouter (surtout que tu passes de salariée à entrepreneure, avec moins de temps de transport par exemple). Pour ma part, j’écoute des podcasts de développement personnel orientés entrepreunariat comme “Jpeux pas j’ai business” ou “Être soi” de Kinoko ou bien “Courageuses”, un podcast sur l’hypersensibilité mais je suis une fan de “2H de perdues” aussi… j’aime les podcasts pour décompresser ! 

Mélanie : J’écoute énormément de podcasts et effectivement, beaucoup pour « apprendre » mais pas forcément sous format « tuto ». Ce sont plutôt des podcasts d’interviews pour découvrir ou approfondir des sujets qui m’intéressent pour lesquels je n’ai pas forcément le temps (ou le courage) de lire (« Vlan! », « Wake up conversations« , « Supplément d’âme« ) ou pour apprendre grâce aux expériences ou témoignages de vie (« La Leçon« , « Regard« , « Balance ta peur« ). Le seul « tuto » que j’écoute est « Femme ambitieuse » de Jenny Chammas, qui donne des conseils aux femmes qui souhaitent conjuguer vie personnelle et vie professionnelle en étant « ambitieuse ». 🙂  Le podcast, c’est chronophage mais c’est une vraie passion !

A votre avis, pourquoi le podcast est un bon médium pour accompagner les gens à construire, s’améliorer et apprendre ?

Anastasia : Le podcast c’est intime… tu es dans les oreilles de ceux qui t’écoutent et tout est basé sur la voix… et puis c’est un médium libre, il y a beaucoup moins de barrières à l’entrée que pour faire une chronique à la radio, à la télé ou même une vidéo YouTube.

Mélanie : Je crois qu’il permet de faire du développement personnel sans avoir à y consacrer un moment supplémentaire dans son emploi du temps. Aujourd’hui, on a souvent peu de temps pour l’apprentissage : les journées sont courtes, le temps passe vite ; Alors les priorités c’est travail, famille, amis, loisirs, tâches ménagères. Et pour lire ou apprendre à travers un livre ou une vidéo, il faut se poser et consacrer un temps spécifique. Or, le podcast peut être écouté en faisant autre chose. En écoutant un podcast d’apprentissage, ça « rentabilise » un temps qui était déjà dédié à une tâche qu’on aurait faite dans tous les cas (ménage, transport, sport).

Le podcast permet aux personnes moins visibles et représentées dans d’autres médias de prendre la parole (femmes, personnes racisées et autres minorités) et d’aborder des sujets parfois tabou.

Sur Youtube, les tutos favoris des français sont la beauté, le bricolage et la musique. Avez-vous remarqué une tendance similaire dans l’audio ?

Les domaines les plus « tendances » sont différentes de celles de Youtube de par la différence de format. Par exemple, les thèmes de la mode et de la beauté sont rares, ce qui peut facilement s’expliquer par l’absence d’image. Si on exclut les émissions de radio en replay et qu’on s’intéresse aux podcasts dits natifs, les domaines les plus représentés sont, à notre connaissance : l’entrepreneuriat, le développement personnel, le féminisme. Le podcast permet aux personnes moins visibles et représentées dans d’autres médias de prendre la parole (femmes, personnes racisées et autres minorités) et d’aborder des sujets parfois tabou.

Le coaching, les tutos et les talks sont des outils intéressants pour orienter, conseiller les auditeurs sur un sujet

Le podcast, rançon du succès, devient de plus en plus compétitif. Quels sont vos principaux conseils pour développer ses écoutes sur un podcast ?

La première chose à faire pour faire connaitre son podcast, c’est d’en parler le plus possible ! Ça peut paraitre simple, mais le bouche-à-oreille fonctionne assez bien et c’est surtout un des meilleurs moyens de découvrabilité des podcasts. Dans le même temps, demander à ceux et celles qui vous écoutent de vous recommander… ils.elles sont les meilleurs ambassadeur.rice.s ! Ensuite, c’est la communication : sur les réseaux sociaux premièrement, et aussi auprès des journalistes pour gagner en visibilité mais surtout en crédibilité. Dernièrement, un des moyens de développer ses écoutes est la « cross promotion« , soit faire la promotion dans un podcast dont le sujet est similaire, car les auditeurs seront plus à même de s’y intéresser. (plus de détails dans les épisodes dédiés à la promotion de son podcast épisodes 7 et 8 )

Avez-vous des recommandations de podcasts en ce moment ?

AnastasiaVénus s’épilait-elle la chatte ? Un podcast qui déconstruit l’histoire de l’art occidentale d’un point de vue féministe et inclusif… On se rend compte que le patriarcat n’a épargné aucun secteur… Sans blanc de rien. C’est un podcast belge qui parle de la déconstruction de ses propres biais et préjugés en tant que femme blanche ! 

Mélanie : Mija, de Studio Ochenta créé par Lory Martinez : un podcast de fiction qui raconte l’histoire sur plusieurs générations d’une famille qui a immigré de Colombie à New York à travers 8 épisodes de 10 minutes, chacun dédié à un personnage de la famille. C’est touchant, ça me parle en tant que fille d’immigrée mais je pense que ça peut toucher beaucoup de monde car on s’attache aux personnages et à leur histoire. La matrescence, de Clémentine Sarlat : un podcast sur la maternité, et en particulier sur le concept de Matrescence (l’adolescence de la maternité). Travail soigné, de Stereolab créé par Hervé Hauboldt : un podcast qui met en valeur une personne et son métier, qu’elle soit ébéniste, ingénieure ou architecte. La réalisation est très soignée, et on apprend beaucoup de choses de ces personnes passionnées de leur métier.

Quelles émissions tuto aimeriez-vous voir apparaître qui n’existent pas encore ?

Anastasia : Moi ce que j’adorerais voir, c’est un podcast pour les femmes de + 50 ans : les aider à s’assumer, oser, prendre confiance en leur capacité… Le podcast est plus diversifié que d’autres média mais je trouve qu’on ne voit pas assez de femmes de cette tranche d’âge ! Mais pas forcément sous format tuto.

Mélanie : En format tuto, pourquoi pas un podcast qui enseignerait comment écrire un livre ? Le storytelling, la narration, le style. L’écriture m’intéresse. Il pourrait y avoir des formats trucs et astuces et un format interviews d’auteurs, un peu comme nos formats dans la saison 2 de Coulisses haha. Ou alors, comme je suis une jeune maman, un podcast sur la maternité / l’éducation mais en format « tutos » avec des épisodes courts sur des sujets très précis (la diversification alimentaire, l’éveil pour chaque âge, le langage des signes pour les bébés, etc). Mais peut-être que ça existe déjà, je ne sais pas je n’ai pas vraiment fouillé ! 

Merci beaucoup !

Avec plus de 2000 écoutes par épisode, on peut dire que Les coulisses du podcast est un tutoriel qui a trouvé son public de niche ! Avec une audience très engagée et fidèle, les retours sont plus que positifs puisqu’elle ont réussis à faire pousser des graines de podcasteurs qui ont pu concrétisés leur idée de podcast qui ronflait. D’ailleurs, moults auditeurs ont choisi de se faire accompagner au-delà du virtuel en s’inscrivant à leurs ateliers dans la vie réelle. Attirés par leur sensibilité et leur intérêt pour les questions de minorités, elles ont aussi réussi à décomplexer grâce à une démarche de populariser le podcast : ouvert à tous et pour tous, où il y a de la place pour tout le monde. Si ça te démange toi aussi, Anastasia (www.podstories.fr) et Mélanie (www.bonjourpodcast.com) proposent des accompagnements personnalisés à distance ou à Paris. Elles sont toujours ravies de rencontrer des porteur.se.s de projets inspirants et fières de participer à la concrétisation de podcasts et d’expression…

Documentaire sonore : L’écho de mon cousin Djo

Cette illustration est signée Sophie Rogg

Ce documentaire commence par la lecture d’une relation épistolaire d’une cousine – Anna, avec son cousin Johan, détenu à la prison pour hommes de Rennes. Quand j’ai rencontré Anna pour la première fois, elle avait ce sourire malicieux et ces yeux noirs et profonds qui la caractérisent bien. Participante et lauréate de la bourse « Brouillon d’un rêve » 2019, elle arrive avec sa valise à roulette venue d’Ardèche parmi les derniers arrivants. Nous sympathisons du fait que nous sommes toutes les deux de Rhône-Alpes et surtout car nous avons un point commun : celui de la radio associative. Quand elle avait 8 ans, sa famille est restée 2 ans à Hawaï, d’où elle s’enregistrait déjà pour envoyer des nouvelles à sa famille et ses amis à travers l’émission « Bonjour la France ! » 🙂

« Brouillon d’un rêve« , un concours dédié aux auteurs.trices pour la création d’oeuvres audios, vidéos, littéraires… qui attribue chaque année à quelques candidats des bourses d’aide à la création donc, est la concrétisation de ce projet qu’elle avait couché sur le papier, diffusé sur « Expérience », d’Aurélie Charon sur France culture.

Quand j’ai écouté son documentaire de 58 minutes il y a quelques mois, je n’ai pas vu le temps passer. Non seulement l’histoire de son cousin Johan est impressionnante, car elle est bien plus que le point de vue d’un jeune homme sensible adopté et déraciné. En effet, ce cousin, cet alter ego au destin bien différent du sien, communique à travers sa cellule et lui parle de son pays natal auquel il a été arraché, au-delà de la perte de ses parents. Ce documentaire est la voix d’une quête d’identité et d’amour. Il soulève aussi la question du destin et du hasard, du libre arbitre selon les moyens que l’on a au départ…

Discussion avec Anna Gigan

Anna Gigan

Est-ce que tu peux nous parler de ta relation avec ton cousin Johan, colombien adopté par ton oncle et ta tante à 4 ans ?

J’ai rencontré mon cousin le premier jour où il a posé les pieds sur le sol français, nous étions allés chercher lui et ses parents, avec mon père, à l’aéroport Charles de Gaulle quand il revenait de Colombie. J’étais un peu plus grande que lui, mais je m’en souviens bien, parce que c’était un grand moment. Ses parents étaient très émus.Ils sont restés quelques jours chez nous, à Paris, puis ils sont partis à Nantes commencer leur nouvelle vie. On se voyait pas beaucoup mais il y avait un lien invisible, compte tenu de nos histoires communes. Mais dans la vraie vie, c’est d’ailleurs dommage, on ne se retrouvait que dans les fêtes familiales….

Tu es allée en voyage en Colombie et c’est ce qui a débuté votre correspondance. Peux-tu nous dire comment avais-tu envisagé ce voyage à la base et cet échange ?

En fait, ce qui est fou, c’est que ce voyage s’est organisé indépendamment de ma volonté et sans aucun lien avec Johan. Le hasard a fait que je me suis retrouvée là où il est né à Manizales. Pourtant c’est grand la Colombie… Des copains musiciens m’ont proposé de venir avec eux en « tournée » et tous nous héberger dans sa famille colombienne. Je me suis dit que j’allais aussi en profiter pour capter des sons, et faire des émissions de radio pour Vogue Le Navire (son émission radio sur (RDBFM). J’ai repris contact avec Johan à mon retour. J’ai demandé l’adresse de la prison à mon frère qui était en contact avec lui ( ils ont habité ensemble ). Je lui ai raconté mon voyage, un peu de son pays, mes impressions – et je lui ai posé une tonne de questions…

Quels sons lui as-tu envoyé ? Et pourquoi ce support plutôt que des photos ?


J’ai enregistré des sons d’un moment chez un coiffeur avec la radio derrière, je trouvais ça bon, et vraiment en immersion. J’ai pris aussi des ambiances, des sons de la rue qui grouille, de groupes de musique qui jouent partout, les impressions du pays de mes potes et de la famille colombienne de ma copine, des captations sur un marché, la vie quoi ! J’ai choisi ce support car j’aime le son, ça fait partie de ma vie. Je faisais déjà de la radio, des podcasts et installations sonores. 

Plaza de Mercato à Manizales en Colombie. Photo de Diana Rey Melo 

Depuis quand fais-tu de la radio?

Quand je suis arrivée en Ardèche, la première fois en 2014, je suis allée dans une radio Locale (Radio Des Boutières) pour assister à l’enregistrement d’une émission sur le blues que faisait un copain musicien. Le responsable de la radio me voyant très intéressée me dit « Dis moi, tu as l’air d’aimer la radio, on est en train de changer toute la grille des programmes, si ça te dit de penser à une émission, vas-y n’hésite pas ». Et du coup j’ai écrit sur le mouvement, pour illustrer mon mouvement de Paris vers l’Ardèche ;  grâce au truchement des autres.. Comment le déplacement d’un endroit à un autre nous transforme, nous inspire, nous questionne… Ca a été comme un labo pour moi : j’avais la liberté pendant une heure d’ondes de creuser ma thématique, d’expérimenter des choses… Ensuite en 2016, je suis partie vivre 2 ans à Bordeaux – et pour ne pas arrêter cette émission « Vogue Le Navire » je me suis équipée d’un Zoom et j’ai commencé les captations, les créations sonores, le montage, le mixage… J’ai aussi travaillé avec une chorégraphe et ses danseurs sur la création sonore d’un spectacle, réalisé des bandes sonores pour le printemps des poètes. J’ai appris sur le terrain quoi.. Et la troisième étape dans ce processus a été « Brouillon d’un rêve« . Penser, écrire un projet avant de le réaliser, c’est un travail beaucoup plus « intellectuel  » je dirais moins « sensuel » dans son approche peut-être. 


Etait-ce pour toi cathartique d’écrire ce projet vu que tu as aussi été adopté bébé ? Tu restes très discrète sur ton ressenti malgré l’émotion qui se dégage de cette création, dont ton cousin est le protagoniste.

Oui, en quelque sorte ! J’avoue que j’ai beaucoup pleuré pendant l’écriture… Surtout sur la musique de Barbara « Dis, quand reviendras -tu? » que mes parents écoutaient et que j’adore plus que tout. Je la mettais à fond, en boucle et je dansais, j’écrivais, ça me transportait vers Johan petit. Je l’imaginais tout seul sur un banc, en train d’attendre sa maman qui revenait jamais, c’était comme si tout d’un coup j’étais dans sa peau qui était aussi la mienne ; que je sentais ce vide, ce manque de je ne sais quoi… Enfin si je sais : de la base en fait ! Cette attente de quelque chose qui ne vient jamais et qui en même temps te pousse à être là où tu es. C’est fort, c’est même dur de repartir sur autre chose après… 

Savais-tu lors de l’écriture où elle te mènerait ? Quelles problématiques voulais-tu faire ressortir principalement au départ ?

Non, pas vraiment. au début, j’ai écrit, écrit, écrit, des choses qui me venaient. Puis après, j’ai fait le tri et le fait d’être dans ce cadre du concours, m’a aidé à structurer. C’était la première fois dans ce sens là de d’abord écrire avant de faire le son. Normalement j’écris au montage / mixage ; Alors c’était dur au début de trouver le fil ! J’ai demandé l’avis à des copines qui connaissent l’exercice, mais pour l’image. Elles m’ont poussées à être plus claire et à ce que je m’implique plus dans ce que je voulais dire. Les problématiques sont arrivées dans un second temps  :

 » comment écrire son histoire quand on en connaît pas le début, comment se trouver quand on est déraciné, comment se laisser aimer quand on est adopté… »

Anna Gigan, autrice de « L’écho de mon cousin Djo »
Photo prise par Anna Gigan de Manizales

Qu’est-ce que t’as appris cet échange et cette expérience sur toi?

Qu’on ne fait rien seul. Comme c’est important de se sentir soutenu, entendu, dans la vie. Je crois que Johan a ressenti la même chose et que ça été important pour lui de pouvoir exprimer tout son ressenti librement sans se sentir jugé. Quant à moi je ne suis pas sortie de l’auberge. Je ne me suis pas encore vraiment apprivoisée car cette histoire m’a renvoyée à la mienne et à mes failles. Je me suis rendue compte que ma relation à l’amour n’était pas simple : la question de l’abandon surgit encore souvent dans ma vie. J’ai du mal à me laisser aller, à me laisser aimer. Je trouve que dans les chansons de Gainsbourg c’est très bien illustré dans la javanaise par exemple  » la vie ne vaut être vécue sans amour, mais c’est vous qui l’avez voulu mon amour » ou « fuir le bonheur avant qu’île se sauve » lui aussi, on dirait qu’il a peur… Je crois que la blessure d’être abandonnée est quelque chose que l’on peut dépasser mais pas complètement. Il y a eu à un moment un départ définitif : c’est à dire que c’est comme si on savait que ça pouvait arriver, que la personne la plus importante disparaisse, et que cela nous laisse en survie peut-être ? On n’a pas envie de revivre ça, je crois ! A la fois ça rend très fort aussi mais le doute, la peur du couple sont des choses avec lesquelles je dois composer. Mais bon, j’avance.

Qu’en est-il de Johan actuellement et peux-tu me parler de ce making-off qui n’a pas dû être simple du fait que ton cousin est en prison ?

La très bonne nouvelle, c’est que Johan, risque de sortir avant l’été de prison ! Si tout va bien. Il fait régulièrement des sorties à l’extérieur. Il a été sélectionné pour participer à un trail de 61 km et il passe son permis !! Après 7 ans de prison, c’est assez vertigineux. Il se sent confiant, et réfléchit beaucoup au futur. Son rêve était de retourner vivre en Colombie… Je ne sais pas où il en est par rapport à ça. Il est étonnant dans sa façon d’aborder les choses, de les analyser, il est solide, déterminé, organisé. Je suis assez admirative et personnellement, je suis trop contente de la relation naissante, c »est plus que ce que j’imaginais !

Coté making-off, ça s’est bien passé parce que le personnel pénitentiaire a été bienveillant et conciliant. On a pu circuler sans problème dans la prison, après avoir fait toutes les demandes d’autorisation et passé tout le matériel au crible.. Côté réalisation, j’ai eu la chance d’être avec une équipe expérimentée de France Culture, alors ça été fluide. Quand au montage / mixage c’était la première fois aussi que je ne faisais pas seule. C’était une chouette expérience et ça motive pour le futur, voilà…faut penser à une suite maintenant !

Merci beaucoup !

De rien du tout ! Merci à toi !

En espérant que la voix de Johan à travers le micro d’Anna fera aussi écho en vous. Car c’est un récit double qui retentit malgré la carapace d’Anna, en chacun de nous. Il a le courage d’énoncer les émotions avec simplicité et humilité, quand il s’agit de se mettre à nu et d’évoquer ses sentiments. C’est aussi la générosité malgré la perte et la crainte de la disparition, qui déborde dans cet entretien confiné au centre de détention de Rennes. Une histoire de liens invisibles qui nous tiennent tous et qu’on a peur de rompre : cousins, pairs, amis, appartenance… A l’heure du confinement, « L’écho de mon cousin Djo » est une ode à l’espoir lorsqu’on se sent perdu et une belle leçon de vie sur l’introspection lié à l’enfermement.

Pour l’écouter c’est ici : https://www.franceculture.fr/emissions/lexperience/l-echo-de-mon-cousin-djo

« Rhizome », de l’écriture Radio à l’art vivant…

Depuis la rentrée 2019, l’émission Rhizome débarque sur la grille Radio Campus Grenoble, connu pour ses décalages contrôlés. Cette nouvelle création hybride sonore est en fait le fruit d’une collaboration entre Dire-son et l’association Mikado et Cie, tous deux sensibles aux questions de l‘interculturalité et qui souhaitent mettre en avant l’expression des minorités in-visibles.

En effet, si l’association grenobloise est connue pour son action dans le théâtre forum, elle est aussi connue pour ses ateliers socioculturels qu’elle anime auprès de populations marginalisées : chômeurs longues durées, jeunes déscolarisés, personnes handicapées, détenues, primo-arrivants… Et ce, avec plusieurs supports d’expressions : vidéo, contes, photographie et maintenant audio ! Pas étonnant que les deux entités se soient réunis pour cette création qui donnera lieu à un spectacle vivant à l’horizon 2022.

De gauche à droite : Malika Ung (dire-son), Arnaud Auria et Saidou Pacotogos (Mikado et Cie)

La première année se concentre sur le projet radio Rhizome

L’émission mensuelle dure 30 minutes : deux protagonistes et deux musiques en rapport avec le fil conducteur. Ainsi, tous les samedis de 11h30 à midi sur le site de Radio Campus Grenoble ou sur le 90.8 FM pour les grenoblois, vous retrouverez des regards croisées de personnes peu entendues dans les médias et l’espace publics. Des minorités ethniques immigrés de premières générations aux expatriés, en passant par les demandeurs d’asile, le spectre de la population dite immigrée est grand. Ce sont eux les protagonistes de cette émission qui aborderont des sujets tels que l’intégration, le multiculturalisme, le sentiment d’appartenance à un lieu, une valeur… L’objectif étant d’interroger les idées fausses sur l’immigration et la figure de l’étranger. C’est en employant des formes et formats sonores très libres à la croisée entre portrait et création sonore, expérimentation ou essais que les jeunes artistes Malika Ung (auteure, podcasteuse), Saidou Pacotogos (conteur, comédien) et Arnaud Auria (vidéaste, dramaturge) veulent s’adresser au public de la façon la plus large possible.

« Les caractères principaux d’un rhizome: à la différence des arbres et de leurs racines, le rhizome connecte un point quelconque avec un autre point quelconque, et chacun de ses traits ne renvoie pas nécessairement à des traits de même nature, il met en jeu des régimes de signes très différents et même des états de non-signes. Le rhizome ne se laisse ramener ni à l’un ni au multiple.»

Gille Deleuze et Félix Guattari dans « Capitalisme et schizophrénie 2, Mille plateaux »
Dans l’émission Rhizome vous écouterez des regards croisés sur le métissage, l’acculturation et les identités plurielles.

Un projet culturel soutenu sur trois ans par Grenoble-Alpes Métropole

A la fin de cette première année, la matière récoltée dans les émissions aidera à l’écriture d’une pièce multimédia et protéiforme où s’entremêleront témoignages, performances en direct et projections destinées au grand public. Une oeuvre fictive inspirée du réel à l’image des parcours des auteurs.trice.s : sinueux, faits de multiples rencontres et territoires : à l’international comme au niveau local.

C’est la transition démographique (vieillissement, mondialisation, gentrification) et les questions d’identité nationale qui sont le coeur des questionnements de ces artistes. Et c’est cela qui a séduit les juré de Grenoble-Alpes Métropole qui leur ont attribué une aide à la création pour l’appel d’offre culturelle « transition et création » sur le territoire de la Métro.

En attendant la pièce finale, vous pouvez d’ores et déjà écouter une partie de ce processus en cours de création sur le site de radio campus Grenoble. L’émission Rhizome attaque son 4e chapitre au mois de janvier 2020 et tente de comprendre les contours du métissage et de la pensée métisse.

La petite révolution sexuelle dans le microcosme audio

Quand la libre antenne explosait l’audimat avec Max sur Fun Radio et Difool sur Skyrock, c’était bien pour leurs conneries, humour et canular en tout genre. Mais les sujets autour de la sexualité jouaient aussi en grande partie. Ils ont contribué à ce que des milliers d’ados soient branchés sur la FM dans les années 90-2000’s. Certes on y parlait crûment, souvent de manière sexistes ou bien vulgaires mais pas moins informative. On pouvait écouter des auditeurs appelant le standard téléphonique pour demander des conseils en direct d’un tel ou d’une telle pour faire une bonne fellation à son copain, surmonter sa jalousie maladive, apprendre à pécho quand on était timide… En répondant à des auditeurs sur leurs questionnements dans leur couple, leur célibat ou leur sexualité de manière général, la team d’animateurs s’amusaient à discuter sans tabou pour trouver des solutions ou bien même rassurer certains sur leurs nombreux doutes en matière d’amour et de sexualité. Trivial, convivial, les animateurs donnaient le ton même s’ils n’étaient pas diplômés en sexologie ou en conseillers conjugaux, ils avaient surtout le rôle d’amis et d’écoute auprès des jeunes adultes et les aidaient à trouver des solutions à leurs problèmes de coeur et de cul.

Aujourd’hui, le podcast natif prend le pas sur ces programmes fm, celui de Brigitte Lahaie bien sûr, figure de l’érotisme et du porno puis de la radio qui a réussi à être en direct tous les après-midi sur RMC puis Sud radio. Les formats diffèrent et ne sont pas sous forme de libres antennes mais plutôt de discussions intimes, de dossiers d’enquête. Les programmes se multiplient et tous les jours on voit sur nos applis mobiles de nouveaux titres de podcast sur le sexe. Slate à l’automne dernier sort « Lieux du sexe » suivi de très près par Spotify et son « Sex club« , Vibrant.e.s chez Causette, le sexe n’a plus rien d’exceptionnel. En effet, on sent une tendance actuelle à partager à outrance ses expériences sexuelles, ses aventures, ses amours, badinages, plans culs de manière banalisées. On peut se demander si la sphère audio ne s’est pas prise à son propre piège et ne tendrait pas déjà à uniformiser : l’hypersexualisation envahissant les écrans et le digital, elle n’a pas épargné le podcast qui tend lui aussi à devenir racoleur. En effet, on commence à épuiser certains sujets comme les premières fois, l’homosexualité et surtout utiliser les mêmes manières de raconter qui deviennent lassantes et redondantes. En fait, depuis « Les chemins de désir » de Claire Richard et « Qui m’a filé la chlamydia » d’Anouk Perry, on n’a pas encore trouvé de styles et de formats originaux depuis qui sortent du format interview/talk…

C’est comme si le sexe était devenu « LE PUTE A CLIQUE » que tous les studios de prod ou les plateformes de streaming audio devaient avoir. Il est facile à produire, peut se décliner à l’infini comme le burger sur une carte de resto #pornfood.

Sélection de podcasts

J’ai donc voulu faire une sélection de mes coups de coeur podcasts traitant de sexualités. Mais attention, pas n’importe lesquels : dans ce brouhaha auditif, voilà une petite playlist de podcasts qui mettent en lumière des pratiques en parallèle de l’hétéronormativité en matière de sexualité.s dans les podcasts. Car s’il y a bien un besoin en terme de sexualité, c’est celui de désacraliser le phallocentrisme et la monogamie romantique. Un manque se fait ressentir aussi auprès des personnes agenres, asexuelles, intersexes, aromantiques… qui iels aussi ont le droit d’être représenté.e.s non pas en tant que marge, mais en tant que modèles alternatifs aux modèles dominants et mainstream

J’ai donc sélectionné des podcasts qui remettent en cause ces schémas de la famille nucléaire et de la femme objet, de la sexualité homme/femme classique. Une réaction suscitée aussi par la soi-disant ouverture de la société en matière sexuelle, quand finalement on censure un sein nu ou des poils aux jambes sur les réseaux sociaux. (coucou facebook).

Amours plurielles

C’est un projet qui ne parle pas que de polyamour. En fait, si « polyamour » rime souvent à tort avec « libertinage » ou « polygamie », c’est précisément ce que Lauren Mary l’hôte de l’émission veut déconstruire à travers cette série. Elle interroge des profils diversifiés de personnes réinterrogeant la monogamie en vivant leur intimité : l‘identité de genre, les orientations sexuelles et l’hétéronormativité surtout.

Les invités expriment leurs expériences et leur manière de vivre leurs amours se conjuguant au féminin, masculin, cisgenre ou trans, en club ou en soirée privée, parent ou sans enfants…

Selon l’anthropologue culturel et féministe Gayle Rubin, l’hétéronormativité dans la société courante crée une « hiérarchie sexuelle » qui classe les pratiques sexuelles de « bon sexe » à « mauvais sexe ». La hiérarchie place le sexe monogame entre hétérosexuels comme « bon » et place n’importe quels autres actes sexuels et individus qui ne rentrent pas dans ces critères de plus en plus bas jusqu’à atteindre le « mauvais sexe ». Et l’on peut en dire de même sur le bon genre et le mauvais genre.

Je souhaite rendre visible une diversité de parcours, une pluralité d’expériences, avec un éventail large en termes d’identités de genre, d’orientations sexuelles, d’âges, d’ethnicités, de classes sociales, etc.

Lauren Mary

Ce qui est passionnant dans ce podcast, c’est non seulement que l’animatrice est elle-même polyamoureuse et donc curieuse et enjouée d’échanger à ce propos. Et surtout qu’elle s’intéresse avec conviction à la pluralité des polyamoureux.se.s en interviewant une multitudes d’invité.e.s queer, racisés, autistes, agenres…

Mon corps, le plaisir et moi

mon corps le plaisir et moi création sonore

Documentaire écrit et conçu à quatre mains et quatre oreilles pour lever les secrets qui se cachent derrière la masturbation féminine. Même si elle date de 2013, cette création d’Eve Grimbert et Eloïse Plantrou est malheureusement encore très actuelle. Car si les hommes discutent sans pudeur de leurs expériences de branlette en public, il est encore très difficile de partager librement nos expérience de caresses clitoridiennes, vaginales sans en avoir honte. On ouvre le sujet dans ce documentaire sur la clef du plaisir chez plusieurs femmes en décortiquant l’étymologie du mot « clitoris ».

Alors qu’au 21e siècle on commence à questionner l’orgasme vaginal VS orgasme clitoridien et l’existence du poing G, cette oeuvre nous raconte les premiers émois en solitaire de différentes personnes à des âges différents et la découverte de leur sexualité en solo, tabou ou pas. Des micro trottoirs interrogent en parallèle les hommes sur la in-compréhension du corps des femmes. Devenus sujet de plaisir et non plus objet de désir, c’est tout le propos de ce documentaire subtil et intime, fin dans l’humour et dans la progression.

Nous comptons sur la richesse de ces expériences contées pour alimenter le débat sur la masturbation féminine, sujet que toutes les femmes pourraient toucher du doigt ! La radio n’est-elle pas un porte-voix privilégié pour ce genre d’intimités ?

Heloïse Plantrou, Eve Grimbert

Au coeur du planning familial

au coeur du planning familial

C’est une série de 6 épisodes sous forme de reportages journalistiques diffusés du 30 janvier au 8 mars 2020, journée symbolique du droit des femmes.

Le planning familial est devenue une institution en France en matière de sexualités libres et safe. Né en Isère à Grenoble il y a 60 ans, il est étonnant que ce podcast prennent lieu à Marseille mais certes…

Dans cette investigation menée par Isabelle Durioz, on nous emmène dans ce haut lieu de résistance féministe et d’éduc pop, qui lutte pour le droit des femmes pour s’approprier leur corps comme elles le souhaitent sans jugement ni autorité. Le mouvement nationale a fait et continue un travail remarquable avec bénévoles et salarié.e.s qui accompagnent et écoutent les femmes quelques soient leur problématiques autour des contraceptions et des sexualités des femmes cis et transgenres, dans leurs démarches amoureuses, familiales, sexuelles et de manière globale au niveau de la santé féminine.

Ce podcast montre avec brio les enjeux de l’intime qui devient politique puisqu’il montre l’envers de cette structure qui milite au quotidien pour informer, sensibiliser. Dans une situation où les millenials se protègent de moins en moins, les pro-vie refont surface et où la désinformation et le retour des extrémismes religieux reviennent à la charge, ce podcast est d’utilité publique et invite les femmes, quels que soient leur milieux sociaux, leurs origines ethniques, leur âge, leur orientation sexuelles ou genres, à connaître aussi bien leurs droits juridiques que droits physiques et corporels.

En espérant que ces podcasts ne seront pas que des émissions pour prêcher des convaincu.e.s mais surtout des portes ouvertes pour toutes et tous les curieux.se.s qui souhaitent entendre d’autres voix et d’autres types d’expériences que celles communément admises et validées. L‘audio étant révélateur de l’intime et du parler vrai, il est important que la radio et les podcasts continuent de divulguer ce qu’on ne voit pas