ça boom ?

Documentaire sonore : L’écho de mon cousin Djo

Cette illustration est signée Sophie Rogg

Ce documentaire commence par la lecture d’une relation épistolaire d’une cousine – Anna, avec son cousin Johan, détenu à la prison pour hommes de Rennes. Quand j’ai rencontré Anna pour la première fois, elle avait ce sourire malicieux et ces yeux noirs et profonds qui la caractérisent bien. Participante et lauréate de la bourse « Brouillon d’un rêve » 2019, elle arrive avec sa valise à roulette venue d’Ardèche parmi les derniers arrivants. Nous sympathisons du fait que nous sommes toutes les deux de Rhône-Alpes et surtout car nous avons un point commun : celui de la radio associative. Quand elle avait 8 ans, sa famille est restée 2 ans à Hawaï, d’où elle s’enregistrait déjà pour envoyer des nouvelles à sa famille et ses amis à travers l’émission « Bonjour la France ! » 🙂

« Brouillon d’un rêve« , un concours dédié aux auteurs.trices pour la création d’oeuvres audios, vidéos, littéraires… qui attribue chaque année à quelques candidats des bourses d’aide à la création donc, est la concrétisation de ce projet qu’elle avait couché sur le papier, diffusé sur « Expérience », d’Aurélie Charon sur France culture.

Quand j’ai écouté son documentaire de 58 minutes il y a quelques mois, je n’ai pas vu le temps passer. Non seulement l’histoire de son cousin Johan est impressionnante, car elle est bien plus que le point de vue d’un jeune homme sensible adopté et déraciné. En effet, ce cousin, cet alter ego au destin bien différent du sien, communique à travers sa cellule et lui parle de son pays natal auquel il a été arraché, au-delà de la perte de ses parents. Ce documentaire est la voix d’une quête d’identité et d’amour. Il soulève aussi la question du destin et du hasard, du libre arbitre selon les moyens que l’on a au départ…

Discussion avec Anna Gigan

Anna Gigan

Est-ce que tu peux nous parler de ta relation avec ton cousin Johan, colombien adopté par ton oncle et ta tante à 4 ans ?

J’ai rencontré mon cousin le premier jour où il a posé les pieds sur le sol français, nous étions allés chercher lui et ses parents, avec mon père, à l’aéroport Charles de Gaulle quand il revenait de Colombie. J’étais un peu plus grande que lui, mais je m’en souviens bien, parce que c’était un grand moment. Ses parents étaient très émus.Ils sont restés quelques jours chez nous, à Paris, puis ils sont partis à Nantes commencer leur nouvelle vie. On se voyait pas beaucoup mais il y avait un lien invisible, compte tenu de nos histoires communes. Mais dans la vraie vie, c’est d’ailleurs dommage, on ne se retrouvait que dans les fêtes familiales….

Tu es allée en voyage en Colombie et c’est ce qui a débuté votre correspondance. Peux-tu nous dire comment avais-tu envisagé ce voyage à la base et cet échange ?

En fait, ce qui est fou, c’est que ce voyage s’est organisé indépendamment de ma volonté et sans aucun lien avec Johan. Le hasard a fait que je me suis retrouvée là où il est né à Manizales. Pourtant c’est grand la Colombie… Des copains musiciens m’ont proposé de venir avec eux en « tournée » et tous nous héberger dans sa famille colombienne. Je me suis dit que j’allais aussi en profiter pour capter des sons, et faire des émissions de radio pour Vogue Le Navire (son émission radio sur (RDBFM). J’ai repris contact avec Johan à mon retour. J’ai demandé l’adresse de la prison à mon frère qui était en contact avec lui ( ils ont habité ensemble ). Je lui ai raconté mon voyage, un peu de son pays, mes impressions – et je lui ai posé une tonne de questions…

Quels sons lui as-tu envoyé ? Et pourquoi ce support plutôt que des photos ?


J’ai enregistré des sons d’un moment chez un coiffeur avec la radio derrière, je trouvais ça bon, et vraiment en immersion. J’ai pris aussi des ambiances, des sons de la rue qui grouille, de groupes de musique qui jouent partout, les impressions du pays de mes potes et de la famille colombienne de ma copine, des captations sur un marché, la vie quoi ! J’ai choisi ce support car j’aime le son, ça fait partie de ma vie. Je faisais déjà de la radio, des podcasts et installations sonores. 

Plaza de Mercato à Manizales en Colombie. Photo de Diana Rey Melo 

Depuis quand fais-tu de la radio?

Quand je suis arrivée en Ardèche, la première fois en 2014, je suis allée dans une radio Locale (Radio Des Boutières) pour assister à l’enregistrement d’une émission sur le blues que faisait un copain musicien. Le responsable de la radio me voyant très intéressée me dit « Dis moi, tu as l’air d’aimer la radio, on est en train de changer toute la grille des programmes, si ça te dit de penser à une émission, vas-y n’hésite pas ». Et du coup j’ai écrit sur le mouvement, pour illustrer mon mouvement de Paris vers l’Ardèche ;  grâce au truchement des autres.. Comment le déplacement d’un endroit à un autre nous transforme, nous inspire, nous questionne… Ca a été comme un labo pour moi : j’avais la liberté pendant une heure d’ondes de creuser ma thématique, d’expérimenter des choses… Ensuite en 2016, je suis partie vivre 2 ans à Bordeaux – et pour ne pas arrêter cette émission « Vogue Le Navire » je me suis équipée d’un Zoom et j’ai commencé les captations, les créations sonores, le montage, le mixage… J’ai aussi travaillé avec une chorégraphe et ses danseurs sur la création sonore d’un spectacle, réalisé des bandes sonores pour le printemps des poètes. J’ai appris sur le terrain quoi.. Et la troisième étape dans ce processus a été « Brouillon d’un rêve« . Penser, écrire un projet avant de le réaliser, c’est un travail beaucoup plus « intellectuel  » je dirais moins « sensuel » dans son approche peut-être. 


Etait-ce pour toi cathartique d’écrire ce projet vu que tu as aussi été adopté bébé ? Tu restes très discrète sur ton ressenti malgré l’émotion qui se dégage de cette création, dont ton cousin est le protagoniste.

Oui, en quelque sorte ! J’avoue que j’ai beaucoup pleuré pendant l’écriture… Surtout sur la musique de Barbara « Dis, quand reviendras -tu? » que mes parents écoutaient et que j’adore plus que tout. Je la mettais à fond, en boucle et je dansais, j’écrivais, ça me transportait vers Johan petit. Je l’imaginais tout seul sur un banc, en train d’attendre sa maman qui revenait jamais, c’était comme si tout d’un coup j’étais dans sa peau qui était aussi la mienne ; que je sentais ce vide, ce manque de je ne sais quoi… Enfin si je sais : de la base en fait ! Cette attente de quelque chose qui ne vient jamais et qui en même temps te pousse à être là où tu es. C’est fort, c’est même dur de repartir sur autre chose après… 

Savais-tu lors de l’écriture où elle te mènerait ? Quelles problématiques voulais-tu faire ressortir principalement au départ ?

Non, pas vraiment. au début, j’ai écrit, écrit, écrit, des choses qui me venaient. Puis après, j’ai fait le tri et le fait d’être dans ce cadre du concours, m’a aidé à structurer. C’était la première fois dans ce sens là de d’abord écrire avant de faire le son. Normalement j’écris au montage / mixage ; Alors c’était dur au début de trouver le fil ! J’ai demandé l’avis à des copines qui connaissent l’exercice, mais pour l’image. Elles m’ont poussées à être plus claire et à ce que je m’implique plus dans ce que je voulais dire. Les problématiques sont arrivées dans un second temps  :

 » comment écrire son histoire quand on en connaît pas le début, comment se trouver quand on est déraciné, comment se laisser aimer quand on est adopté… »

Anna Gigan, autrice de « L’écho de mon cousin Djo »
Photo prise par Anna Gigan de Manizales

Qu’est-ce que t’as appris cet échange et cette expérience sur toi?

Qu’on ne fait rien seul. Comme c’est important de se sentir soutenu, entendu, dans la vie. Je crois que Johan a ressenti la même chose et que ça été important pour lui de pouvoir exprimer tout son ressenti librement sans se sentir jugé. Quant à moi je ne suis pas sortie de l’auberge. Je ne me suis pas encore vraiment apprivoisée car cette histoire m’a renvoyée à la mienne et à mes failles. Je me suis rendue compte que ma relation à l’amour n’était pas simple : la question de l’abandon surgit encore souvent dans ma vie. J’ai du mal à me laisser aller, à me laisser aimer. Je trouve que dans les chansons de Gainsbourg c’est très bien illustré dans la javanaise par exemple  » la vie ne vaut être vécue sans amour, mais c’est vous qui l’avez voulu mon amour » ou « fuir le bonheur avant qu’île se sauve » lui aussi, on dirait qu’il a peur… Je crois que la blessure d’être abandonnée est quelque chose que l’on peut dépasser mais pas complètement. Il y a eu à un moment un départ définitif : c’est à dire que c’est comme si on savait que ça pouvait arriver, que la personne la plus importante disparaisse, et que cela nous laisse en survie peut-être ? On n’a pas envie de revivre ça, je crois ! A la fois ça rend très fort aussi mais le doute, la peur du couple sont des choses avec lesquelles je dois composer. Mais bon, j’avance.

Qu’en est-il de Johan actuellement et peux-tu me parler de ce making-off qui n’a pas dû être simple du fait que ton cousin est en prison ?

La très bonne nouvelle, c’est que Johan, risque de sortir avant l’été de prison ! Si tout va bien. Il fait régulièrement des sorties à l’extérieur. Il a été sélectionné pour participer à un trail de 61 km et il passe son permis !! Après 7 ans de prison, c’est assez vertigineux. Il se sent confiant, et réfléchit beaucoup au futur. Son rêve était de retourner vivre en Colombie… Je ne sais pas où il en est par rapport à ça. Il est étonnant dans sa façon d’aborder les choses, de les analyser, il est solide, déterminé, organisé. Je suis assez admirative et personnellement, je suis trop contente de la relation naissante, c »est plus que ce que j’imaginais !

Coté making-off, ça s’est bien passé parce que le personnel pénitentiaire a été bienveillant et conciliant. On a pu circuler sans problème dans la prison, après avoir fait toutes les demandes d’autorisation et passé tout le matériel au crible.. Côté réalisation, j’ai eu la chance d’être avec une équipe expérimentée de France Culture, alors ça été fluide. Quand au montage / mixage c’était la première fois aussi que je ne faisais pas seule. C’était une chouette expérience et ça motive pour le futur, voilà…faut penser à une suite maintenant !

Merci beaucoup !

De rien du tout ! Merci à toi !

En espérant que la voix de Johan à travers le micro d’Anna fera aussi écho en vous. Car c’est un récit double qui retentit malgré la carapace d’Anna, en chacun de nous. Il a le courage d’énoncer les émotions avec simplicité et humilité, quand il s’agit de se mettre à nu et d’évoquer ses sentiments. C’est aussi la générosité malgré la perte et la crainte de la disparition, qui déborde dans cet entretien confiné au centre de détention de Rennes. Une histoire de liens invisibles qui nous tiennent tous et qu’on a peur de rompre : cousins, pairs, amis, appartenance… A l’heure du confinement, « L’écho de mon cousin Djo » est une ode à l’espoir lorsqu’on se sent perdu et une belle leçon de vie sur l’introspection lié à l’enfermement.

Pour l’écouter c’est ici : https://www.franceculture.fr/emissions/lexperience/l-echo-de-mon-cousin-djo

« Rhizome », de l’écriture Radio à l’art vivant…

Depuis la rentrée 2019, l’émission Rhizome débarque sur la grille Radio Campus Grenoble, connu pour ses décalages contrôlés. Cette nouvelle création hybride sonore est en fait le fruit d’une collaboration entre Dire-son et l’association Mikado et Cie, tous deux sensibles aux questions de l‘interculturalité et qui souhaitent mettre en avant l’expression des minorités in-visibles.

En effet, si l’association grenobloise est connue pour son action dans le théâtre forum, elle est aussi connue pour ses ateliers socioculturels qu’elle anime auprès de populations marginalisées : chômeurs longues durées, jeunes déscolarisés, personnes handicapées, détenues, primo-arrivants… Et ce, avec plusieurs supports d’expressions : vidéo, contes, photographie et maintenant audio ! Pas étonnant que les deux entités se soient réunis pour cette création qui donnera lieu à un spectacle vivant à l’horizon 2022.

De gauche à droite : Malika Ung (dire-son), Arnaud Auria et Saidou Pacotogos (Mikado et Cie)

La première année se concentre sur le projet radio Rhizome

L’émission mensuelle dure 30 minutes : deux protagonistes et deux musiques en rapport avec le fil conducteur. Ainsi, tous les samedis de 11h30 à midi sur le site de Radio Campus Grenoble ou sur le 90.8 FM pour les grenoblois, vous retrouverez des regards croisées de personnes peu entendues dans les médias et l’espace publics. Des minorités ethniques immigrés de premières générations aux expatriés, en passant par les demandeurs d’asile, le spectre de la population dite immigrée est grand. Ce sont eux les protagonistes de cette émission qui aborderont des sujets tels que l’intégration, le multiculturalisme, le sentiment d’appartenance à un lieu, une valeur… L’objectif étant d’interroger les idées fausses sur l’immigration et la figure de l’étranger. C’est en employant des formes et formats sonores très libres à la croisée entre portrait et création sonore, expérimentation ou essais que les jeunes artistes Malika Ung (auteure, podcasteuse), Saidou Pacotogos (conteur, comédien) et Arnaud Auria (vidéaste, dramaturge) veulent s’adresser au public de la façon la plus large possible.

« Les caractères principaux d’un rhizome: à la différence des arbres et de leurs racines, le rhizome connecte un point quelconque avec un autre point quelconque, et chacun de ses traits ne renvoie pas nécessairement à des traits de même nature, il met en jeu des régimes de signes très différents et même des états de non-signes. Le rhizome ne se laisse ramener ni à l’un ni au multiple.»

Gille Deleuze et Félix Guattari dans « Capitalisme et schizophrénie 2, Mille plateaux »
Dans l’émission Rhizome vous écouterez des regards croisés sur le métissage, l’acculturation et les identités plurielles.

Un projet culturel soutenu sur trois ans par Grenoble-Alpes Métropole

A la fin de cette première année, la matière récoltée dans les émissions aidera à l’écriture d’une pièce multimédia et protéiforme où s’entremêleront témoignages, performances en direct et projections destinées au grand public. Une oeuvre fictive inspirée du réel à l’image des parcours des auteurs.trice.s : sinueux, faits de multiples rencontres et territoires : à l’international comme au niveau local.

C’est la transition démographique (vieillissement, mondialisation, gentrification) et les questions d’identité nationale qui sont le coeur des questionnements de ces artistes. Et c’est cela qui a séduit les juré de Grenoble-Alpes Métropole qui leur ont attribué une aide à la création pour l’appel d’offre culturelle « transition et création » sur le territoire de la Métro.

En attendant la pièce finale, vous pouvez d’ores et déjà écouter une partie de ce processus en cours de création sur le site de radio campus Grenoble. L’émission Rhizome attaque son 4e chapitre au mois de janvier 2020 et tente de comprendre les contours du métissage et de la pensée métisse.

La petite révolution sexuelle dans le microcosme audio

Quand la libre antenne explosait l’audimat avec Max sur Fun Radio et Difool sur Skyrock, c’était bien pour leurs conneries, humour et canular en tout genre. Mais les sujets autour de la sexualité jouaient aussi en grande partie. Ils ont contribué à ce que des milliers d’ados soient branchés sur la FM dans les années 90-2000’s. Certes on y parlait crûment, souvent de manière sexistes ou bien vulgaires mais pas moins informative. On pouvait écouter des auditeurs appelant le standard téléphonique pour demander des conseils en direct d’un tel ou d’une telle pour faire une bonne fellation à son copain, surmonter sa jalousie maladive, apprendre à pécho quand on était timide… En répondant à des auditeurs sur leurs questionnements dans leur couple, leur célibat ou leur sexualité de manière général, la team d’animateurs s’amusaient à discuter sans tabou pour trouver des solutions ou bien même rassurer certains sur leurs nombreux doutes en matière d’amour et de sexualité. Trivial, convivial, les animateurs donnaient le ton même s’ils n’étaient pas diplômés en sexologie ou en conseillers conjugaux, ils avaient surtout le rôle d’amis et d’écoute auprès des jeunes adultes et les aidaient à trouver des solutions à leurs problèmes de coeur et de cul.

Aujourd’hui, le podcast natif prend le pas sur ces programmes fm, celui de Brigitte Lahaie bien sûr, figure de l’érotisme et du porno puis de la radio qui a réussi à être en direct tous les après-midi sur RMC puis Sud radio. Les formats diffèrent et ne sont pas sous forme de libres antennes mais plutôt de discussions intimes, de dossiers d’enquête. Les programmes se multiplient et tous les jours on voit sur nos applis mobiles de nouveaux titres de podcast sur le sexe. Slate à l’automne dernier sort « Lieux du sexe » suivi de très près par Spotify et son « Sex club« , Vibrant.e.s chez Causette, le sexe n’a plus rien d’exceptionnel. En effet, on sent une tendance actuelle à partager à outrance ses expériences sexuelles, ses aventures, ses amours, badinages, plans culs de manière banalisées. On peut se demander si la sphère audio ne s’est pas prise à son propre piège et ne tendrait pas déjà à uniformiser : l’hypersexualisation envahissant les écrans et le digital, elle n’a pas épargné le podcast qui tend lui aussi à devenir racoleur. En effet, on commence à épuiser certains sujets comme les premières fois, l’homosexualité et surtout utiliser les mêmes manières de raconter qui deviennent lassantes et redondantes. En fait, depuis « Les chemins de désir » de Claire Richard et « Qui m’a filé la chlamydia » d’Anouk Perry, on n’a pas encore trouvé de styles et de formats originaux depuis qui sortent du format interview/talk…

C’est comme si le sexe était devenu « LE PUTE A CLIQUE » que tous les studios de prod ou les plateformes de streaming audio devaient avoir. Il est facile à produire, peut se décliner à l’infini comme le burger sur une carte de resto #pornfood.

Sélection de podcasts

J’ai donc voulu faire une sélection de mes coups de coeur podcasts traitant de sexualités. Mais attention, pas n’importe lesquels : dans ce brouhaha auditif, voilà une petite playlist de podcasts qui mettent en lumière des pratiques en parallèle de l’hétéronormativité en matière de sexualité.s dans les podcasts. Car s’il y a bien un besoin en terme de sexualité, c’est celui de désacraliser le phallocentrisme et la monogamie romantique. Un manque se fait ressentir aussi auprès des personnes agenres, asexuelles, intersexes, aromantiques… qui iels aussi ont le droit d’être représenté.e.s non pas en tant que marge, mais en tant que modèles alternatifs aux modèles dominants et mainstream

J’ai donc sélectionné des podcasts qui remettent en cause ces schémas de la famille nucléaire et de la femme objet, de la sexualité homme/femme classique. Une réaction suscitée aussi par la soi-disant ouverture de la société en matière sexuelle, quand finalement on censure un sein nu ou des poils aux jambes sur les réseaux sociaux. (coucou facebook).

Amours plurielles

C’est un projet qui ne parle pas que de polyamour. En fait, si « polyamour » rime souvent à tort avec « libertinage » ou « polygamie », c’est précisément ce que Lauren Mary l’hôte de l’émission veut déconstruire à travers cette série. Elle interroge des profils diversifiés de personnes réinterrogeant la monogamie en vivant leur intimité : l‘identité de genre, les orientations sexuelles et l’hétéronormativité surtout.

Les invités expriment leurs expériences et leur manière de vivre leurs amours se conjuguant au féminin, masculin, cisgenre ou trans, en club ou en soirée privée, parent ou sans enfants…

Selon l’anthropologue culturel et féministe Gayle Rubin, l’hétéronormativité dans la société courante crée une « hiérarchie sexuelle » qui classe les pratiques sexuelles de « bon sexe » à « mauvais sexe ». La hiérarchie place le sexe monogame entre hétérosexuels comme « bon » et place n’importe quels autres actes sexuels et individus qui ne rentrent pas dans ces critères de plus en plus bas jusqu’à atteindre le « mauvais sexe ». Et l’on peut en dire de même sur le bon genre et le mauvais genre.

Je souhaite rendre visible une diversité de parcours, une pluralité d’expériences, avec un éventail large en termes d’identités de genre, d’orientations sexuelles, d’âges, d’ethnicités, de classes sociales, etc.

Lauren Mary

Ce qui est passionnant dans ce podcast, c’est non seulement que l’animatrice est elle-même polyamoureuse et donc curieuse et enjouée d’échanger à ce propos. Et surtout qu’elle s’intéresse avec conviction à la pluralité des polyamoureux.se.s en interviewant une multitudes d’invité.e.s queer, racisés, autistes, agenres…

Mon corps, le plaisir et moi

mon corps le plaisir et moi création sonore

Documentaire écrit et conçu à quatre mains et quatre oreilles pour lever les secrets qui se cachent derrière la masturbation féminine. Même si elle date de 2013, cette création d’Eve Grimbert et Eloïse Plantrou est malheureusement encore très actuelle. Car si les hommes discutent sans pudeur de leurs expériences de branlette en public, il est encore très difficile de partager librement nos expérience de caresses clitoridiennes, vaginales sans en avoir honte. On ouvre le sujet dans ce documentaire sur la clef du plaisir chez plusieurs femmes en décortiquant l’étymologie du mot « clitoris ».

Alors qu’au 21e siècle on commence à questionner l’orgasme vaginal VS orgasme clitoridien et l’existence du poing G, cette oeuvre nous raconte les premiers émois en solitaire de différentes personnes à des âges différents et la découverte de leur sexualité en solo, tabou ou pas. Des micro trottoirs interrogent en parallèle les hommes sur la in-compréhension du corps des femmes. Devenus sujet de plaisir et non plus objet de désir, c’est tout le propos de ce documentaire subtil et intime, fin dans l’humour et dans la progression.

Nous comptons sur la richesse de ces expériences contées pour alimenter le débat sur la masturbation féminine, sujet que toutes les femmes pourraient toucher du doigt ! La radio n’est-elle pas un porte-voix privilégié pour ce genre d’intimités ?

Heloïse Plantrou, Eve Grimbert

Au coeur du planning familial

au coeur du planning familial

C’est une série de 6 épisodes sous forme de reportages journalistiques diffusés du 30 janvier au 8 mars 2020, journée symbolique du droit des femmes.

Le planning familial est devenue une institution en France en matière de sexualités libres et safe. Né en Isère à Grenoble il y a 60 ans, il est étonnant que ce podcast prennent lieu à Marseille mais certes…

Dans cette investigation menée par Isabelle Durioz, on nous emmène dans ce haut lieu de résistance féministe et d’éduc pop, qui lutte pour le droit des femmes pour s’approprier leur corps comme elles le souhaitent sans jugement ni autorité. Le mouvement nationale a fait et continue un travail remarquable avec bénévoles et salarié.e.s qui accompagnent et écoutent les femmes quelques soient leur problématiques autour des contraceptions et des sexualités des femmes cis et transgenres, dans leurs démarches amoureuses, familiales, sexuelles et de manière globale au niveau de la santé féminine.

Ce podcast montre avec brio les enjeux de l’intime qui devient politique puisqu’il montre l’envers de cette structure qui milite au quotidien pour informer, sensibiliser. Dans une situation où les millenials se protègent de moins en moins, les pro-vie refont surface et où la désinformation et le retour des extrémismes religieux reviennent à la charge, ce podcast est d’utilité publique et invite les femmes, quels que soient leur milieux sociaux, leurs origines ethniques, leur âge, leur orientation sexuelles ou genres, à connaître aussi bien leurs droits juridiques que droits physiques et corporels.

En espérant que ces podcasts ne seront pas que des émissions pour prêcher des convaincu.e.s mais surtout des portes ouvertes pour toutes et tous les curieux.se.s qui souhaitent entendre d’autres voix et d’autres types d’expériences que celles communément admises et validées. L‘audio étant révélateur de l’intime et du parler vrai, il est important que la radio et les podcasts continuent de divulguer ce qu’on ne voit pas

LE PODCAST 2020 : Quand le handicap n’est plus un frein…

podcast cours redwane cours
Un podcast produit par Nouvelles Ecoutes sorti en novembre 2019

Pendant que les fêtes de fin d’années se digèrent lentement et que l’on commence à faire des entorses aux bonnes résolutions, Dire-son vous recommande un podcast produit par Nouvelles Ecoutes qui vous reboostera et vous fera oublier le coup d’mou de la mi-janvier à coup sûr ! (eh oui on s’approche de la prédiction des New Order et du fameux blue monday…)

Dès le générique « Cours, Redwane, cours !« , on est happé par une bonne grosse trap qui donne la gnak en deux temps trois mouvements : propulsé par le challenge édifiant que Redwane le protagoniste de ce plog (un vlog en podcast?) va relever. Il ne s’agit pas d’un énième podcast de coaching mental ni de tuto pour améliorer son endurance comme « Dans la tête d’un coureur« , (excellent podcast par ailleurs) mais plutôt de suivre la mission presque impossible de ce jeune homme pour faire le marathon de Paris 2021, c’est-à-dire 42 km en 6h.

Si Redwane n’est pas un athlète né et que rien ne le destinait à courir, qu’il aurait aussi voulu grimper l’Everest comme Nadir Dendoune n’étant pas un alpiniste né, son métier de journaliste nous permettra de partager avec lui les épreuves à surmonter grâce à ce podcast qui vous tiendra en haleine… Réussira ou réussira pas ?

Ne vous inquiétez pas, on ne vous assénera pas de conseils minceur ou sportif à gogo, simplement, on sera aux côtés de Redwane et on l’accompagnera dans son quotidien pour aller au-delà de la démotivation, entendre ses progrès… Et on fait le pari qu’il y arrivera ! On rit, on affronte les difficultés, les galères des tentations pizza à l’épisode 4, les remarques de sa famille qui le charie sur ce projet plus qu’ambitieux (puisque même un coureur lambda aurait des difficultés à y arriver). Nous sommes allé lui poser quelques questions dans les starting blocks pour tâter la température… Vous êtes prêt ?

Entretien avec Redwane Telha

Tu es le protagoniste de « Cours, Redwane, Cours ! » sorti le 28 novembre dernier. Peux-tu te présenter un peu ?
Je m’appelle Redwane Telha, j’ai 27 ans, je suis marié, je suis rédacteur en chef de l’Instant M, l’émission médias de France Inter et animateur de Pouce, une émission sur Clique TV consacrée aux numériques et aux réseaux sociaux. Mon métier me passionne, les sujets que je traite me fascinent depuis toujours. Mon autre grande passion, c’est le basket américain. Fan absolu de la NBA !

C’est un gros défi car tu n’es pas du tout coureur ni sportif à la base. Comment t’es venu ce projet?
J’avais envie de me mettre en danger, de me dépasser. C’est justement parce que je ne suis pas coureur à la base que j’ai eu envie de me lancer dans ce projet. Je voulais accomplir quelque chose qui pourrait impressionner les gens autour de moi. J’avais envie de dépasser la question du handicap et réussir un exploit que même les athlètes valides ont du mal à atteindre. Le marathon s’est imposé comme une évidence. J’ai tout de suite eu envie de faire ce projet sportif un projet médiatique. Dès que Nouvelles Écoutes m’a donné son accord, j’ai foncé sans trop me poser de questions.

Pourquoi maintenant?
Tout simplement parce que j’étais en manque de défi et que je tournais en rond depuis quelques temps. Toute ma vie, j’ai dû me surpasser pour atteindre mes objectifs. Quand j’étais petit, marcher sans trébucher me semblait impossible. Ado, on me disait que les métiers du journalisme seraient inaccessibles pour moi. Après avoir atteint la plupart de mes objectifs professionnels, j’ai eu besoin de me mettre à nouveau en danger. Je savais que ça passerait par le sport. Et lorsqu’on en a parlé avec Nouvelles Écoutes, on a senti qu’il fallait se lancer très vite. Je me laisse 500 jours pour atteindre mon objectif. Ça nous laisse un peu de temps.

J’avais envie de dépasser la question du handicap et réussir un exploit que même les athlètes valides ont du mal à atteindre.


Tu as choisi de partager ton challenge via le podcast audio, est-ce que tu peux nous dire pourquoi ce média et pas un autre? (blog, youtube, réseaux sociaux…)
Pour deux raisons : d’abord parce que le podcast est le média de l’intime. Il permet plus facilement de se raconter, on a presque l’impression de chuchoter son histoire à l’oreille de l’auditeur. Ensuite, contrairement à YouTube et aux caméras, le micro n’est pas envahissant. Et lorsqu’on s’entraîne plusieurs fois par semaine, c’est précieux. Un micro, c’est léger. Je ne pourrais pas courir avec mon reflex aha. 

Redwane Telha
Rédacteur en chef de l’Instant M sur France Inter

Comment s’est fait ta rencontre avec Nouvelles Ecoutes et pourquoi ton aventure les a intéressés à ton avis?
J’ai rencontré Julien Neuville (co-fondateur de Nouvelles Écoutes) après avoir échangé sur les réseaux sociaux. On s’est vu plusieurs fois et j’ai eu envie de lui proposer ce projet. Je crois qu’il a accroché parce que ce podcast raconte la différence et le handicap à la première personne, sans être anxiogène ou larmoyant. Mais il faudrait lui demander directement 🙂

Mais je ne veux surtout pas que mon message sonne comme une injonction à la performance. Chacun vit son handicap ou son surpoids comme il l’entend.

Tu as une hémiplagie que tu expliques à ta nièce au premier épisode et tu pèses plus de 100 kg (en tout cas pour le moment). Peux-tu nous dire si ton quotidien est affecté par cela et comment il change ou pas ta perception du monde?
Concrètement, ça ne change pas grand chose. J’ai l’impression de vivre normalement. Le fait de grandir avec un handicap m’a sans doute un peu (trop ?) renforcé. Rien ne peut m’atteindre.

Est-ce important pour toi de montrer que les personnes porteuses de handicap ou en surpoids peuvent réussir comme les autres ? 
Il était important pour moi de montrer que les personnes porteuses de tout type de handicap (je pense même au handicap social !) ou en surpoids peuvent faire ce qu’elles veulent. Si elles veulent se dépasser, qu’elles le fassent ! Mais je ne veux surtout pas que mon message sonne comme une injonction à la performance. Chacun vit son handicap ou son surpoids comme il l’entend.

As-tu déjà subi du validisme ou de la grossophobie ?
Oui, surtout quand j’étais gamin. Je n’ai jamais été victime de grossophobie parce que mon obésité a tendance à s’effacer derrière mon handicap. On me voit plus comme un boiteux que comme un gros. Mais j’ai moi-même fait preuve de validisme et de grossophobie vis à vis de moi-même. Je n’ai jamais supporté cette différence et j’ai parfois été violent vis à vis de mon corps. Ce projet, c’est une réconciliation entre mon corps et mon esprit.

Quel est ton message principal à travers le podcast « Cours, Redwane, cours ! »
Tout est dans le titre ! Comme dans Forrest Gump, je cours pour être en paix avec moi-même. Je cours pour me surpasser. Et j’espère bien embarquer dans ma course tout un tas de gens qui se retrouveront dans mon parcours et ma détermination.

Forest Gump Cours redwane cours
Forrest Gump « Run Forrest, Run ! » a inspiré le titre du podcast

Tu as dis après le 2e épisode seulement que tu avais eu beaucoup de messages d’encouragement de la part des auditeurs que tu remercies. Quel soutien as-tu parmi tes proches ou des inconnus ? Est-ce que ça t’aide pour relever ce challenge?
Les messages m’aident à ne rien lâcher. Très fier de ce soutien. Les jours où j’ai un peu la flemme, c’est précieux.

On te souhaite beaucoup de motivation et bravo pour ton courage en tout cas! Que peut-on te souhaiter pour 2020 et les quelques 400taines de jours qu’il te restent avant le jour J ?
Merci beaucoup. Souhaitez moi de ne pas me blesser et d’aller au bout ! On ne lâche rien.

On l’a compris, Redwane est déter et ça inspire ! Ca donne envie d’enfiler ses baskets et de faire pareil que lui : courir pour se prouver qu’on est capable aux yeux des autres mais surtout pour soi-même. Et si on n’a pas envie de mettre les baskets tanpis, on sera là pour suivre et porter son exploit. Si les discriminations qu’il a pu vivre au cours de son parcours n’ont pas eu raison de lui et que l’autodénigrement a pu croiser sa route, il n’est pas prêt de se laisser abattre. Et c’est un message de dépassement de soi et surtout de tolérance et de respect qu’on entend là. Le caractère fonceur de Redwane nous porte bel et bien on le confirme, nous supporters/auditeurs, qui l’écouterons transformer ce défi délirant en espoir collectif. Et on y croit !

Vous pouvez écouter le podcast « Cours Redwane Cours ! » sur le site de Nouvelles Ecoutes, sur Spotify, Deezer, Applepodcast ou Soundcloud. Un épisode toutes les deux semaines : http://www.nouvellesecoutes.fr/podcasts/cours-redwane-cours/

Quand le podcast drague les (parents d) ados…

Entre saison 2 sur Spotify

Si Greta Tunberg fait la une du Times magasine, c’est grâce au souffle d’espoir qu’elle inspire à toute une génération Z, Y, millénials et aussi une floppée de soixante-huitards nostalgiques rêvant d’une société meilleure que celles qu’ils ont laissée. Ces jeunes qui osent parler de leurs craintes et qui sèchent les cours pour donner des leçons à leur aînées sont à la page et n’ont pas peur de critiquer les boomers. « A vingt ans… on est invincibleuh » comme disait Alyzé. En effet, c’est un âge où tout est possible, quelque soit l’époque. Une période incroyable où l’on a le droit de faire des erreurs, où la fougue et l’audace compensent le manque d’expérience et de sagesse. Cette nouvelle génération née un peu avant ou après l’an 2000 a la fougue et la rage des révoltes. C’est à eux, vingtenaires, qu’il incombe de nous faire rêver et de porter les revendications de leurs aînés, à eux de combler nos lacunes nous, vieux dinosaures de fin du XXe.

Mais en fait, l’adolescence n’a-t-elle pas toujours fait l’objet de fantasmes et de nostalgie ? De Gus Van Sant à Larry Clark en passant par Skins, 70’s Show, aujourd’hui Euphoria ou bien le classique American Pie, la littérature et le genre cinématographique foisonnent sur cet âge où l’on se construit…

Et si le podcast prenait lui aussi le pli? Nous balayons ici avec vous les podcasts qui mettent les pieds dans l’adolescence, cette population inventée au XIXe siècle qui caractérise cet âge de transition entre enfance et vie adulte…

Chambre d’ado sur France Inter

Et la chambre du fond à gauche près de la salle de bain, ben… c’est la mienne.

Thierry Marx

Comme dans une « chambre à soi », on cherche souvent le refuge dans cette pièce qui nous est propre : lieu de rêveries et de jeu où l’on peut être soi ou quelqu’un d’autre. Si vous ne connaissez pas encore, vous pourrez visiter « chambre d’ado » en compagnie de Christine Gonzalez et de ses invités. Elle alimente ses interviews d’éléments biographiques, de reportages, musiques et d’événements phares qui ont marqué ses invités : Annie Ernaux, Vikash Doraçao, Bérangère Krieff ou bien Thierry Marx ou bien Sheïla racontent le romantisme de cette époque qui les a forgé. Une émission très bien renseignée et intimiste sur chacun des invités : un croisement entre histoires personnelles et grands récits collectifs qui ont construit et forgé ces artistes, sportifs, cuisiniers. Un va et vient entre passé, présent et futur.

« Teen spirit » le podcast de Cheek Magazine

La journaliste et autrice Titiou Lecoq  au centre de l’épisode 5 de Teen Spirit

Que se soit dans les 90’s ou les débuts 2000s, l’adolescence a le charme d’un baiser torride sous une pluie torrentielle ou d’une vieille culotte sale traînant dans le fond d’un panier… C’est tout de même un moment clef dans l’existence d’un individu, qui le marque TOUTE SA VIE. Capter cet instant est tout l’objectif de « Teen Spirit », le petit nouveau de Cheek magazine, produit par Nova spot. Comme dans une chambre à soi, le format prend la forme d’interview mais de manière plus triviale. Ainsi, on ressort les gros dossiers de femmes célèbres comme Pomme, Alison Wheeler ou bien Izïa et on apprend leur rapport à la féminité et au fait d’être femme : les bribes et objets gardés au coin d’une boîte à souvenir, d’un agendas Didl, les premières pelles et premières fois, les tapisseries dans la chambre d’ado… Elles se livrent sur fond de confidence au micro des journalistes de Cheek : Myriam Levain, Julia Levain et Faustine Kopiejwski. Potins, plaisirs coupables et nostalgie garantie !

Dans le 10e épisode, Taous Merakchi nous livre ses années d’épouvante lié à son harcèlement scolaire… Comme quoi, être célèbre en étant adulte ne vous dispense pas d’une VDM étant jeune…

« Bullied » produit par Dire-son redéfinit la norme et les marges

Bullied saison 1

Etre teenager, c’est aussi apprendre les codes : ce qui se fait et ne se fait pas, la sociabilisation à travers l’intégration des normes tacites du collectif. Dans Bullied, des trentenaires parlent de leurs années collèges, période d’enfer pour nombreux d’entre eux. On interroge dans ce podcast la place des exclus, des rapports de domination mais aussi de la posture des suiveurs dans la mécanique du harcèlement. Une saison 2 se prépare pour focaliser sur le phénomène de cyberharcèlement, principalement vécu par les jeunes femmes puisque 80% des victimes sont du genre féminin…

Dans ces podcast où l’on « rewinde », ce qui est grisant, c’est de revisiter ces moments qui ont construits notre existence. Ils sont comme des clefs explorant le passé où les invités interviewés nous accompagnent vers ces contrées trop souvent oubliées : ils nous rappellent ces moments de nos vies où tendresse et violence se cotoîent au quotidien, où vulnérabilité cohabite avec puissance en l’espace de 30secondes. On passe du rire aux larmes en écoutant les témoignages de ces héro-ïnes ordinaires qui racontent leur vie entre souffrances profondes et joies intenses : les montagnes russes de cette âge fou en somme.

Quand on sait que dans le monde il y a actuellement 1 adolescent sur 6 individus (âgé de 10 à 19 ans) pour l’année 2018, il est grand temps de s’intéresser à cette frange de la population et de lui donner la place qu’elle mérite. Si l’on arrêtait de mépriser la jeunesse, les ados et les pré-ados auraient sûrement plus d’outils pour affronter les mutations numériques, la transition écologique et démographique… Le podcast, même s’il s’intéresse de plus en plus à l’adolescence et au jeune public, se doit maintenant de créer des espaces d’échange pour les ados et doit non seulement s’adresser aux ados mais surtout être adopté par les ados!

A quand un podcast pour les jeunes fait par des jeunes ? Allé hop, les plus de 25 ans, on déguerpit!

Jeune Juliette, grossophobie & harcèlement en teenage land

Sortie le 11 décembre 2019

Anne Emond réalisatrice québecoise s’adresse aux nostalgiques de la période de l’adolescence : inscouciance, premiers émois et gros coups durs ! Ce moment où l’on se cherche, où l’on construit sa confiance en soi et on essaie de s’affirmer, de plaire, d’être aimé.

Nous avons voulu parler de ce film car il est à l’image du podcast « Bullied », un retour en arrière vers cet âge tendre où la vie ne fait pourtant pas tout le temps des cadeaux. Avant la période de noël, allez voir « Jeune Juliette » un film à voir en famille et/ou entre amis, qui décrit de manière tellement juste les relations humaines.

Le personnage de Juliette que son père qualifie d' »enrobée » lorsqu’elle lui demande quand est-ce qu’elle a commencé à devenir grosse, est la protagoniste interprétée par la jeune et fantastique Alexane Jamieson. Cette héroïne est parfaite dans le sens où elle incarne avec brio l’anti-héro : d’abord elle est grosse et ne correspond donc pas aux standards de beauté et s’ennuie de sa vie plus qu’ordinaire… Elle fantasme sur le cliché du mec faussement rebel et rêve de s’installer à NYC aux côtés de sa mère. Ensuite, elle fait des erreurs, beaucoup de boulettes tout comme elle fait parfois preuve de bravoure, pour ce qui est de défendre les plus démunis ou faire ce qui lui semble juste. Son petit monde se résume à son père et son frère qui sont très cool, sa meilleure amie avec qui elle partage une relation cryptolesbienne et un petit garçon autiste asperger qu’elle baby-sitte. Ce beau petit monde qui l’entoure ne correspondant pas aux normes d’un monde où il faut être beau et populaire, elle les chérit et en a honte à la fois : son refuge est sa prison. « Losers » comme elle, elle rêve de s’échapper de son bled et de fuir sa condition de grosse intello pour retrouver un peu d’air à la « big apple ».

Le harcèlement : un phénomène insidieux multiformes

Dans cette comédie pleine d’humour et d’humanité, les personnages ne sont pas manichéens comme dans la plupart des teens movies : populaires / sportifs/ méchants gratuitement versus pauvres / intellos / harcelés. Rien n’est montré de manière gratuite et tout est nuancé, subtile. On y montre des rapports de force dominants/dominés comme dans le processus de harcèlement où le groupe broie l’individu. Mais on y montre aussi que parfois, ces rapports s’inversent. Même si la grossophobie reste un fléau sociétal, on évoque aussi l’homophobie ordinaire dans une société québecoise plutôt progressiste envers les personnes lgbt+. On évoque aussi bien les différentes réactions face aux petites violences au quotidien qu’on peut ignorer ou esquiver grâce à la réparti, comme les humiliations qui marquent à vie et provoquent l’envie de s’isoler, de partir loin…

La force de ce film qui peut parfois faire penser à « Precious » dans l’humour malgré la tragédie, ou encore la série « The end of the fucking world« qui célèbrent les « weirdos » est un hymne à la différence. Ces oeuvres qui décrivent de manière juste des relations complexes et fortes qui reposent en fait, sur des gestes et des actes d’amour : souvent les plus simples et les plus beaux…

Dire-son ne peut que vous recommander chaudement cette comédie qui parle donc de harcèlement, mais aussi de quête d’identité, d’amour de soi et des autres. « Jeune Juliette, comme notre podcast « Bullied« , ne verse ni dans le mélodrame ni ne réduit les personnes harcelées à leur condition de victimes. C’est un feel-good movie qui encourage à l’empowerment et au droit d’exister en dépit des autres. Une belle leçon de vie et d’espoir dans ce monde de bruts… !

En salle actuellement au Club de Grenoble, voici la bande annonce : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19586505&cfilm=276141.html

Rencontre avec les initiatrices de THE WOMANIST PODCAST

Il y a quelques mois, nous avons découvert en défrichant quelques podcasts en rapport avec l’afroféminisme et le colorisme, ce podcast qui est une mine d’or d’informations nous apportant aussi une bonne dose de bonne humeur.

C’est d’abord le côté radiophonique sous forme de discussions entre meufs racisées qui a retenu notre attention. Mais c’est surtout le sérieux des sujets traités de manière intersectionnelle sur un ton décontractée qui nous a convaincu : une perspective féminine et ethnique, sans se revendiquer militantes pour autant.

En fait, dans the Womanist, la pluralité des avis est très grande, car chacune des animatrices donne son opinion de façon décomplexée sans censure ni jugement, que se soit pour débattre de harcèlement de rue comme de culture pop !

Chacune parle de sa propre expérience sans en faire des généralités ou sans élaborer des théories pompeuses. On traite politique dans les épisodes sur le colorisme, l’appropriation culturelle ou le racisme anti-blanc… En démantelant aussi bien les clichés sexistes et racistes de l’angry black woman qu’en discutant de sujets plus « lifestyle » comme l’amour mixte, les sexualités, les réseaux sociaux, cette bande de femmes noires françaises immigrées aux US, nous partagent un pan de leurs réflexions à la lueur de leurs expériences personnelles en tant que femme de couleur noire, francophone et tant d’autres facettes de leur identité plurielle… Dans le dernier épisode par exemple, on se penchera sur le phénomène de gentrification et de blackgeoisie ! C’est pour cette raison que dire-son a voulu les interroger pour comprendre les coulisses de cette émission qui contribue à lever le tabou autour du mot « communautarisme » et parfois même « féminisme ».

Interview

Bonjour  Louisa et Laethycia. Comment vous est venu l’envie de faire ce podcast ? Au départ vous étiez 3 et maintenant vous voilà 7 !

The Womanist Podcast est né d’un besoin de s’exprimer sur les sujets qui nous touchent, nous femmes noires, de créer un espace “safe” où l’on pourrait apprendre, échanger et donner nos avis. 

Toutes les animatrices vive à New York, ville multiculturelle. Vous vous adressez principalement aux femmes noires à l’identité multiculturelle. Pourriez-vous préciser ?

On parle ou on dit souvent “la femme noire” en oubliant toute sa diversité, qu’il s’agisse de nos origines, de nos cultures, notre identité sexuelle, notre appartenance à une ou des sous-cultures, notre environnement etc. À travers le podcast, on s’adresse à la diaspora, aux femmes noires où qu’elles soient, dans toute leur diversité et leur complexité. Malgré le fait que nos expériences en tant que femmes noires aient de nombreux éléments en commun, nous sommes toutes différentes.

On a choisi de s’exprimer en français parce que c’est notre langue maternelle et parce qu’on s’adresse principalement aux femmes noires francophones, notamment parce qu’on trouve que les discours des racisés sur les problématiques sociales et raciales qui touchent ces femmes est encore trop bridé dans les pays où l’on parle français.

La France est en retard en ce qui concerne les mouvements décoloniaux et antiracistes ?

Honnêtement, c’est difficile à évaluer de façon objective puisque nous n’y sommes pas mais il nous semble qu’effectivement il y a un gros retard en France ou plutôt une grande résistance de la société française. Cela dit, il y a aussi un gros travail qui est fait par de nombreux groupes, associations, collectifs, etc. et d’autres initiatives plus individuelles. Force et courage à eux.

« On trouve que les discours des racisés sur les problématiques sociales et raciales qui touchent les femmes noires est encore trop bridé dans les pays où l’on parle français. »

Vous définiriez-vous comme militantes et/ou afroféministes ?

Le fait de produire un (bientôt plusieurs) podcast qui s’adresse aux femmes noires et d’avoir les opinions que nous avons, on considère que c’est un acte militant ou engagé. Mais se définir comme militantes et/ou afroféministes, pas vraiment parce qu’on n’aime pas les labels et parce qu’on a un grand respect pour les gens qui le sont et qui travaillent dur sur le terrain.

Pourquoi avoir choisi le format podcast et comment définissez-vous les thématiques de chaque épisode ? 

Le format podcast est apparu comme une évidence. Dans une société où tout le monde est obnubilé par l’image et où la capacité d’attention a beaucoup diminué, le podcast est un peu à contre courant même si paradoxalement il est très populaire. Pour nous, il permet de garder un peu d’authenticité et de spontanéité (même si les enregistrements sont préparés et un minimum édités). C’est aussi une façon de dire – ce qu’on dit, c’est important. 

Les thématiques sont choisies en fonction de nos inspirations ou de sujets qui font l’actualité. On reçoit également beaucoup de suggestions de nos auditeurs.

Quels podcasts écoutez-vous et recommanderiez-vous en terme d’excellence ?

Nous n’écoutons pas vraiment de podcasts en français pour éviter d’être influencées. Par contre, pour ce qui est des podcasts en anglais, on aime beaucoup ce que font The Heart, Therapy For Black Girls, Oprah’s Super Soul Conversations et Ear Hustle.

Même si elles restent modestes quant à leurs intentions féministes et inclusives, nous sommes convaincue que l’engagement transparaît dans ce podcast qui s’adresse à des femmes issues de minorités ethniques car il peut trouver un écho à leurs questionnements au quotidien. Et ça c’est fort !

Merci à toute la team de The womanist d’avoir répondu à nos questions ! En leur souhaitant une bonne continuation et beaucoup d’auditrices… ❤

Vous pouvez écouter tous leurs podcasts sur leur page internet ici : https://www.thewomanistpodcast.com/episodes

Le son binaural : effet bling bling ou révolution sonore ?

podcast son binaural casque or
Reproduction du casque d’un des membres de Daft Punk

Récemment de nombreux studios de podcasts se démarquent de la plèbe des podcasteurs indé avec notamment la monétisation par les annonceurs, mais aussi avec une toute nouvelle technologie de pointe : le son binaural. Dernièrement, le studio Bababam a sorti le podcast de fiction « Noises » qui vend les mérites d’une narration décuplée d’intérêt grâce au son binaural. Ce ne sont pas les premiers à se lancer dans cette technologie du tur-fu, puisque de nombreux studios se l’arrachent comme la 3d au cinéma multiplex.

Mais la 3D sonore, est-ce vraiment une valeur ajoutée pour la narration audio ? Ne pouvons-nous pas nous contenter de la bonne vieille stéréo qui suffit largement à raconter une histoire ? Est-ce une technologie pour des podcasts de certains genres en particulier et superproductions ? D’abord, voyons voir de plus près ce qu’est le son binaural si vous le voulez bien.

Le binaural vulgarisé

Parce qu’un son vaut mille mots, cliquez d’abord sur ce lien : virtual barber shop !! Une des plus célèbres démonstrations d’expérience sonore en binaural qui a drainé plus de 30 millions de vues,nous transporte chez le barbier comme si nous y étions rien qu’en fermant les yeux.

Le son binaural reproduit l’écoute naturelle de manière à situer le son dans l’espace et arrive contrairement à la stéréo, à repérer les sons et leur timbre ainsi que leur champs de profondeur quand ils passent à côté de vous : en dessous quand le métro vibre sous vos pieds, ou au-dessus de vous quand les avions frôlent le ciel. Le son binaural comme le son est enveloppant, mais il permet à l’auditeur de se mettre dans la peau du narrateur comme s’il vivait l’histoire à sa place : mêmes perceptions auditives que le héro avec ses oreilles. Cette technologie procure une sensation de réalisme « in situ » qui peut donner des frissons à la manière de l’ASMR qui titille certaines parties du cerveau, (Autonomous Sensory Meridian Response) car elle apporte une dimension vibratoire et sensorielle supplémentaire à l’ouïe. N’oublions pas que le son est une onde sonore qui se propage de votre oreille à votre cerveau en spatialisant l’information qui bouge, retentit. Et c’est pourquoi le son binaural est incroyable : il reproduit à la perfection les mouvements de ce bruit. D’où le terme « immersion », que l’on entend souvent pour définir le son binaural, qui chatoient l’ouïe en filtrant les sons selon leurs provenances.

Son binaural, couleur des sons et David Hockney
« More felled trees on Woldgate » de David Hockney, 2008

L’enregistrement peut se faire soit en mettant des micros implantés dans les tympans et l’ouïe des protagonistes. (d’où la sensation d’être dans les oreilles de…) Soit en reproduisant le processus d’écoute physique par de savants calculs mathématiques que nous n’expliquerons pas ici car nos connaissances en physique et en accoustique sont limitées…

En bref, le son binaural est pour l’univers audio ce que la réalité augmentée est au jeu vidéo. Le mode d’écoute se fera à l’aide d’un casque audio, tandis que l’autre se fera avec un casque de réalité virtuelle. Une expérience utilisateur au top comme disent les UI/UX designers, puisque la sensation de réalisme est réussie!

Quand les plus grands s’y mettent

Bien sûr, Arté Radio et Radio France furent les précurseurs du format podcast natif en France. Arté a notamment produit des pastilles sonores ludiques pour plonger immédiatement l’auditeur.ice dans des univers hors du commun avec « Dans la tête » : ce podcast natif de moins de 3 minutes en binaural permet de se mettre dans la tête d’un dentiste, d’une skieuse, d’une personnes aveugle ou d’un batteur… lancé en 2015 c’est tout simplement une expérience kiffante.

Le service public et plus spécialement France culture s’est mis aussi avec des fictions et des séries comme « Hasta dente » ou « l’appel des abysses » et plus récemment « Dreamstation« . Ayant de plus gros moyens que n’importe quel studio, malgré toutefois leur restrictions budgétaires importantes pour les années à venir, il était certain de les attendre au tournant… Quant aux studios 100 % natifs, Louie Media tente le binaural pour de l’interviews cette fois, dans son podcast « Manger » (anciennement plan culinaire) pour décupler les papilles en cuisine avec le son des casseroles venant frôler vos écoutilles et déclencher la synesthésie…

hasat dente podcast
Feuilleton de podcast natif sur France Culture

Vous l’avez compris, le son binaural est à la mode et tous les studios de Pariwood se l’arrachent pour offrir à ses auditeurs une expérience sonore extraordinaire. Mais cet effet est-il vraiment spécial et garant du succès?

Un succès relatif : le scénario avant tout !

Pourtant si les podcasts de fiction en son binaural sont épatants, ils ne comptent pas parmi les meilleurs chiffres en terme d’audimat. Car non seulement au bout de 5 minutes on s’en lasse vite ou on l’oublie. (comme au cinéma quand au bout de 15 minutes on tente d’enlever les lunettes 3D parce que l’effet s’estompe avec l’habitude) Mais en plus chez certains, cela peut entraîner une sensation de gêne ou d’intrusion à l’écoute. Car le son au casque peut être dissonant par rapport aux sons qui se produisent dans la réalité que vit l’auditeur dans son quotidien : imaginez un mur s’écrouler surgissant dans vos oreilles pendant que vous êtes dans les transports en commun ou en train de cuisiner… Et si l’on se veut l’avocat du diable, il se peut même que ces effets sonores de passe passe puissent dévier l’auditeur de l’histoire car son cerveau sera parasité par les sons environnement plutôt que de se focaliser sur les dialogues… Il faut donc des conditions physiques d’écoute calme à l’écart de la foule, dans un endroit plutôt confiné pour profiter pleinement de l’expérience et être attentif à 100%. Ce qui n’est pas encore donné à l’heure de la baladodiffuson…

Mais revenons à nos chiffres et à nos moutons. Prenons l’exemple de success story de podcasts aux Etats-Unis, les number one du podcast dans le monde. Les séries qui ont battus des records d’audience sont « Serial » et la série « The message » qui, à votre grande surprise, n’utilisent pas la technologie binaurale.

Le premier est un reportage mené par la journaliste Sarah Koening qui réouvre l’enquête du meurtre d’une adolescente par son petit ami de l’époque en 1999. Ce fait divers s’est réellement déroulée à Baltimore et a été mis en lumière par la journaliste du fait du manque de preuves tangibles dans cette affaire, qui pourrait bien être une erreur judiciaire condamnant un innocent derrière les barreaux. La qualité sonore est bien loin d’être le critère déterminant du podcast et c’est bel est bien la manière d’amener l’enquête qui a fait le succès de la série. L’ambiance propulse l’auditeur dans un véritable thriller aux côtés de la journaliste qui partage ses notes, fouille, téléphone auprès d’avocats, s’entretient avec plusieurs témoins, remue ciel et terre pour connaître la vérité auprès de la police, de la justice, de l’accusée. Elle égrène avec l’auditeur tout le long de l’enquête ce qui rend le récit progressif et d’autant plus haletant puisqu’on la suit presque en temps réel dans cette enquête. Où des millions de personnes avec plus de 100 millions de téléchargements se sont enjaillées pour Serial qui a d’ailleurs réussit à remettre au grand jour cette affaire non-élucidée.

Sérial podcast d'investigation
Le podcast « Serial » a réouvert le dossier et un nouveau procès pour Adnan Syed, accusé du meurtre de Hae Min Lee

« The Message » quant à lui, est une série de science-fiction avec plus de 4 millions d’écoutes qui lui non-plus, n’a pas fait l’usage de son binaural. Pourtant, le format science-fiction s’y portait bien ! On peut dire que le succès de ce podcast repose principalement sur le talent du scénariste Mac Roger et de la réalisatrice Rachel Wolter qui transporte et plonge l’auditeur dans un docu-fiction amené par la protagoniste fictive et journaliste. Elle sera la passeuse entre le public et une équipe de scientifique essayant de décrypter un message alien d’il y a 70 ans… Le soin est apporté à l’histoire de chacun des personnages plus vrais que nature, ayant chacun son histoire, sa personnalité, ses objectifs. Mais c’est aussi grâce à la réalisation qui amène graduellement l’auditeur dans une ambiance angoissante et le dispositif d’une mise en abyme du podcast dans le podcast, du message dans le message…

Vous l’avez bien compris, un podcast en son binaural sans scénario, c’est comme le dernier Endgame des Avengers… Les effets spéciaux à gogo ne sont pas les garants d’une bonne histoire qui vous porte aux tripes. D’ailleurs, le petit dernier de France Culture Projet Orloff sorti en septembre dernier et à la réalisation sonore classique commence à très bien décoller…

Si en France l’industrie du podcast est à ses débuts, la production de « fiction » est encore à ses balbutiements du fait de son coût de production élevé. La plateforme Sybel se voulant le Netflix des séries audios, a levé 5 millions d’euros cette année 2019. Dont 2 millions seront dédiés à une trentaine de créations originales. Parmi celles-ci, la plateforme favorisera-t-elle les effets spéciaux apportés par le binaural dans ses séries ou accordera-t-elle plus d’importance à la narration et au storytelling porté par une pool de scénaristes ? Nous espérons qu’elle optera pour le second choix. Nous réacs? Nooooooon !

Dans tous les cas, nous attendons avec impatience LE podcast français qui saura allier avec brio la technologie binaurale au service d’un récit intelligent, divertissant et avant-gardiste. Peut-être existe-t-il déjà à vos yeux ? N’hésitez pas à nous partager votre avis et à nous corriger en terme de technique binaurale ! Car à défaut d’être aveugles, on est surtout à l’écoute chez dire-son ! 😉

Bilan du Paris Podcast Festival : 2e édition

Paris podcast festival
2e edition à la Gaieté Lyrique du Paris Podcast Festival 2019

Du podcast amateur au podcasts pro : une histoire de famille

Lors de cette édition 2019, nous avons été surpris et ravis de voir un public aussi présent à la Gaieté Lyrique. Des accrédités auditeurs avec des tours de cou violet de la couleur d’Ausha, des non-accrédités journalistes ou réal, auteur.es qui ont malgré tout pu rentrer aux événements. Dans les trois principales salles de conférences pour accueillir masterclass, émissions enregistrées et conférences sur les tendances et pratiques d’écoute du podcast, Dire-son était bieeeeen !!! Dans les fauteuils confort de cette salle parisienne, au détour de conversation captées ça et là, on a vu fourmiller l’enthousiasme et le créativité du beau monde entre les différents espaces. On a pu réseauter par ci par là en flirtant de près ou de loin avec nos studios de podcast ou nos animateurs favoris. On a surtout été très excités d’apercevoir la voix mythique de Constance d’Audible, annonceur principal de Louie Media mais aussi l’excellent Victoire Tuaillon et sa masterclass pour les Couilles sur la table.

Cette rencontre fut un succès dans le sens où elle a réussit à réunir comme dans l’univers des conventions en jeu vidéo, une communauté de passionnés, professionnels, fans et amateurs. Ce qui a fait de cet événement quelque chose d’accessible et d’intime, à l’image du podcast son.

L’attrait du podcast pour tous, et même les marques

Nous avons aussi apprécié la journée du vendredi, riche en contenus au sujet des pratiques d’écoute du podcast natif des français, comment soutenir la création, les nouveaux publics… Tant d’informations qui sont des mines d’or pour les nouveaux studios de productions de podcasts comme nous, pour orienter leur ligne éditoriale aux besoins des auditeurs.

Le podcast se fraye une place tout doucement dans la frénésie des informations chaudes, loin de la performance chiffrée et des métrics et pourtant, c’est un format qui drague les marques. L’écoute suspendue, l’instant à soi qu’offre le podcast est une pause qui nous emmène loin de la cadence des grandes villes. C’est une parenthèse dans le quotidien qui apporte un souffle au quotidien dans l’immersion totale de la voix, mais c’est aussi un temps d’attention inestimable. Les annonceurs l’ont bien compris, le nerf de la guerre est le temps de cerveau disponible et c’est pourquoi les marques veulent être les premiers dans leur domaine à avoir un podcast. Seulement, pas à n’importe quel prix : elles veulent créer une expérience authentique, innovante, créative et une attache avec leurs usagers. C’est pourquoi elles s’alignent aux enjeux de ne pas gaver de snack content les consommateurs, mais plutôt de les nourrir d’histoires et de conversations profondes avec des artistes, des intellectuels, des amis à travers le podcast.

Lors du débat « Quelle stratégie podcast pour les marques » avec Havas Paris, Guerlain, Audible et EDF, nous avions aussi Guillaume Derachinois du côté des studios de production de podcast avec Moustic the audio agency qui nous a lancé ce chiffre : un bon podcast est un podcast qui fait entre 1000 et 10 000 écoutes après le 1e mois de lancement d’après les sources d’une plateforme de streaming qu’il a consulté. Ca n’est pas tant en comparaison des millions de vues que peuvent générer des vidéos youtube d’influenceurs. Mais cela a plus de sens en terme de proximité avec ses clients et en terme de pertinence entre les valeurs d’une marque et ce qu’elle défend en commun avec ses usagers. Havas, une des plus grandes agences de communication et de publicité au monde l’a bien compris, en lançant le label « Meaningful content » . Car selon eux, les trois-quarts des consommateurs achètent des marques qui partagent leurs valeurs.

podcast et marque paris podcast festival
Débat : quelle stratégie podcast pour les marques

Si vous êtes sceptique et que vous ne voulez pas vous laisser corrompre par le grand capital, dites-vous simplement que sur internet, il y a de la publicité de partout et que la création à un coût de production qu’il faut payer pour rémunérer ses auteurs. Les marques ont ces moyens là. (contrairement aux auditeurs qui doivent continuer à avoir un accès gratuit aux podcasts) Que vous le vouliez ou non, c’est inévitable. Même avec le meilleur Adblock qui soit, vous aurez toujours de la pub qui vous matraquera. Si la publicité ciblée reste pénible pour vous et vous donne la sensation d’être dans Big Brothers, posez vous la question : n’est-ce pas finalement mieux de naviguer sur internet avec ce ciblage plutôt que de recevoir des publicités de steak Charal quand on est végétarien ? Nous préférons chez Dire-son, adopter le modèle économique de la publicité avec du brand-content pertinent. Comme avec le podcast Bullied sur le harcèlement scolaire, nous avons choisi Clairefontaine, leader français des fournitures scolaires pour nous soutenir.

De plus, si l’on considère les marques comme des entités à part entière, n’est-il pas important qu’elles aussi s’adaptent à des valeurs éthiques, durables, progressiste ? A défaut de ne pas pouvoir abolir la société de consommation et tous ses canaux de diffusion, ne vaut-il pas mieux essayer d’influencer les marques et les utiliser comme sonotone pour transmettre des sujets vraiment importants? En fait, ce n’est pas les marques qui dictent la mode. C’est à elles de suivre les tendances et l’ère du temps. A nous, consommateurs, influenceurs, artistes et journalistes d’orienter leur manière de produire et de communiquer par nos comportements d’achat et nos choix de consommation.

Le Paris podcast festival a donc permis grâce à ces ateliers et débats, de dessiner de nouveaux axes de réflexions et d’actions. Mais il a surtout provoqué des synergies et des liens entre différents acteurs de l’écosystème podcasts : diffuseurs, annonceurs, studio de production, influenceurs qui ouvrent le champs des possibles pour ce format.

Des registres à explorer

paris podcast festival oreille zone érogène

Enfin, ce week-end a été fort en émotions puisqu’il a suscité de nombreuses idées en titillant notre créativité et nos envies d’écrire et enregistrer. Nous avons pu constater qu’il existait des créneaux à prendre au niveau de la comédie, des récits jeunesses, de l’érotisme et de la fiction. En effet, si l’humour est aujourd’hui le registre number one chez les américains, la France est encore très frileuse à se lancer dans ce registre qui est pourtant porteur d’avenir. Les récits pour les enfants et les livres audios ayant le vent en poupe en opposition à la société des écrans, il est tout à fait normal d’attendre au tournant de plus en plus d’histoires et d’oralités qui s’adressent aux bambins. Tout est encore à créer et cela est grisant !! Quant à la sexualité, le sujet qui suscite le plus de passions et de tabou, elle fait l’objet de tutos et de témoignages réels. Mais l’ouverture au porno ou à l’érotisme en audio est un vrai eldorado et tout reste à ré-inventer. Lors de la conférence « Porno audio et porno bio », nous avons eu l’intervention de CTRL X, Voxxx ou encore le son du désir, des podcasts de fiction érotique qui nous ont rapporté l’engouement du public pour l’audio érotique. A leur grande surprise, ils ont réalisé que la gente masculine était au rdv aussi bien que la gente féminine (généralement plus nombreuses en ce qui concerne la littérature érotique par rapport aux hommes) et que leur audience était très friande de ce nouveau format qui provoquait des émois et des haut les coeurs. Une place à prendre! Peut-être bien pour Dire-son qui se fera le plaisir de vous émoustiller…

En bref, ce moment incontournable nous a donné des ailes et nous avons adoré cette émulation entre créateurs et passionnés. Espérons que cet espace de rencontres et d’échanges qu’a permis la seconde édition du Paris podcast festival continuera de garder cet esprit populaire et diversifié dans le futur. En tout cas, bravo à l’association les écouteurs qui ont organisé ce moment ainsi que tous les bénévoles qui ont fait un travail remarquable. Merci à eux pour avoir titillé notre curiosité et rendu cette expérience collective tout en promouvant le podcast sans hiérarchiser les registres, les formats et les modèles.

Vivement la 3e édition !!!

Et surtout, réécoutez les enregistrements des événement que vous avez loupé ici !

Podcast : quand la marque Clairefontaine s’engage dans la lutte contre le harcèlement scolaire

Ma vie de courgette de Céline Sciamma
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« Ma vie de courgette » de Céline Sciamma

Tandis que se livre une véritable course aux podcasts pour les géants comme Guerlain, EDF ou Orange pour être LE pionnier dans le domaine du marketing digital, d’autres marques aux budgets moindres s’alignent aussi sur la tendance de l’information « slow ». C’est le cas de la marque leader de fournitures scolaires et bureau Clairefontaine. A quelques jours de la journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire, Régis Kumar nous explique l’enjeu de cette marque à sponsoriser « Bullied », le podcast sur le harcèlement scolaire.

Bonjour Régis. Nous connaissons la marque Clairefontaine pour la qualité de son papier épais et « fancy » depuis 1858. Contrairement aux idées reçues sur l’industrie du papier en général, vous vous démarquez au niveau de l’engagement pour l’écologie mais aussi l’éducation. Pourriez-vous nous en parler ?

En effet, notre ADN principale est liée à la qualité et engagée écologiquement et socialement. Clairefontaine n’utilise par exemple, que des fibres issues de déchets de scieries provenant de forêts gérées durablement. Ce qui garantit la bonne gestion de nos forêts. Les questions relatives à l’écologie sont présentes depuis de nombreuses années, bien avant qu’il ne soit « tendance » de communiquer sur le sujet. Nous avons d’ailleurs remporté un « trophée de l’eau » en 1988 ! Nous sommes certifiés par des labels écologiques reconnus internationalement depuis longtemps et possédons notre propre station de traitement des eaux. 

Concernant l’éducation, c’est une conviction naturelle au sein de la société qui nous pousse à proposer des outils de qualité pour l’apprentissage des plus petits, mais aussi de faire tout notre possible pour aider les plus grandes associations, comme l’UNICEF, mais aussi les plus modestes dans leurs missions d’accompagnement et d’aide aux enfants dans le monde.

Vous ciblez les écoliers, étudiants et aujourd’hui artistes ou créatifs de tous bordsComment vous adaptez-vous au plus près des habitudes de vos usagers depuis plus de 160 ans et comment communiquez-vous ?

Clairefontaine est traditionnellement présent lors de la rentrée des classes, c’est un moment incontournable pour nos prises de paroles à la télé ou en affichage. Nous avons un site qui permet d’être proche de nos clients avec qui nous avons de nombreux retours sur nos articles. Et depuis quelques années, nous communiquons également en continu sur les réseaux sociaux : Facebook, Instagram, Twitter, Pinterest. Nous avons aussi été présent sur Snapchat lors de son lancement, je ne pense pas que beaucoup de marques de fournitures scolaires y aient été vues… Nous faisons également des opé avec des influenceurs ou youtubeurs populaire auprès des ados via des placements produits et mécénats, ou lors d’événements spéciaux culturels ou sportifs.

Comment vous démarquez-vous de vos concurrents en terme d’innovation ?

Clairefontaine soutient le studio de podcast dire-son

Pour la partie produits nous proposons une gamme très riche et variée : formats, matières, couleurs, accessoires en nous adaptant aux besoins et aux tendances actuelles complémentaires à notre offre traditionnelle. Ainsi, nous élargissons nos produits en beaux-arts (papiers, carnets, feuilles, blocs, pochettes,…) et en loisirs créatifs (origami, papiers de soie, crépon, scrapbooking, décopatch). Nous avons également dans notre univers des marques de jeux éducatifs et éveil créatif. Parallèlement nous continuons nos efforts en terme d’innovation produits pour l’offre classique papeterie pour toujours rester leader sur le marché. Sur la partie communication, nous trouvons justement de nouveaux vecteurs en investissant des événements culturels comme l’Exposition Toutankhamon à Paris.

Les objectifs peuvent varier d’une campagne à l’autre. Le maître mot reste néanmoins la qualité. Nous voulons aussi insister sur le faire que nous connaissons très bien nos utilisateurs et sommes au fait de leurs attentes et préoccupations. Nous essayons donc de renouveler régulièrement nos prises de paroles d’un point de vue créatif et aussi en s’associant à des évènements ou médias forts, sur lesquels nous sommes moins attendus pour surprendre nos cibles. Comme par exemple avec notre partenariat avec Seb La Frite dans un clip de rap qui a fait près de 5 millions de vues, ou avec le podcast BULLIED !!

Bullied podcast dire-son
Le podcast Bullied saison 1

Nous sommes très investis dans les problématiques liées à l’éducation et les jeunes et nous sommes convaincus que les marques ont un rôle à jouer dans ces changements. Que ce soit dans le sport comme la culture, il est important de s’impliquer dans l’environnement des jeunes et donc de s’engager aussi sur les problèmes et difficultés qu’ils peuvent rencontrer : au travail comme à l’école, le harcèlement est un vrai fléau. Les récentes opérations sur les réseaux comme « Balance ton porc » ont permis de mettre le doigt sur ces problèmes. Nous sommes persuadés que des opérations comme celles menées par dire-son, sont et seront bénéfiques pour informer, sensibiliser et lutter contre ces formes de harcèlements qui peuvent véritablement détruire un être humain. C’est donc tout naturellement que nous avons accepté de sponsoriser.

Pourquoi vous êtes-vous positionné de la sorte et comment allez-vous intégrer ce partenariat à votre communication digitale ?

Quelles sont vos attentes par rapport à ce support ?

Qu’il soit viral et qu’il connaisse une bonne audience pour sensibiliser un maximum de personnes autour de ce sujet. Même si les témoignages sont parfois durs, c’est comme regarder un documentaire sur la guerre ou écouter le témoignage d’une victime. C’est parfois émouvant ou poignant, mais nécessaire pour faire bouger les choses. Qu’il nous apporte aussi de la visibilité car c’est aussi une opération de communication, nous ne nous en cachons pas. Mais encore une fois, comme pour l’UNICEF ou l’exposition Toutankhamon, ce qui nous rend encore plus fiers, c’est de participer à ces projets culturels et sociétaux.

Merci Régis.

Vous pouvez retrouver le 7 novembre en intégralité les interviews de Bullied saison 1 sur Spotify, Deezer et toutes les applis mobiles de podcasts tels que Podcast Addict, Tootak…