ça boom ?

Extimité, le podcast : rendre visible l’invisible

podcast extimité

« Extimité » ce sont des conversations entre personnes minorisées qu’il faut écouter en cas de blues. A l’heure où les violences policières ou les discours xénophobes sont banalisés sur les plateaux tv et les réseaux sociaux, il n’est jamais facile d’être. Quand on est dans une minorité et qu’on nous le rappelle sans cesse par une remarque, un geste ou un regard de travers, les témoignages des invités font un bien fou ! Car ils font écho à notre propre histoire, qui nous rappellent que nous ne sommes pas seul.e.s à vivre ces choses-là : où on est resté sans voix pendant le repas familial quand l’oncle relou nous a rabaissé au sexe faible ou au titre de « pédale ». Ou encore cette fois où on s’est tu quand un ami nous a réduit à notre race de « bridé », de « négro » pour déconner en soirée, ou bien quand on a été infantilisé à cause de son handicap.

Avec plus de 20 000 écoutes par épisode, « Extimité » rend visible certains aspects de soi jusque-là considérés comme relevant de l’intimité par pudeur ou par honte ? Ce podcast bimensuel redonne la paroles aux invisibilisé.e.s dont les trajectoires considérées comme peu importante par le mainstream et la norme. Lancé par Douce Dibondo et Anthony Vincent, journalistes revendiquant une identité queer et racisée, « Extimité » lève le voile sur les différentes oppressions systémiques que vivent leurs invités. Leur récits racontent les conflits, la violence ordinaires auxquels ils ont été confrontés, liés aux rapports de domination découlant des valeurs néocolonialistes et patriarcales.

J’ai voulu poser quelques questions à ces deux journalistes qui militent au quotidien au sein de rédactions pour faire entendre d’autres points de vue.

Prendre conscience…

Bonjour Douce et Anthony. Le principe de l’émission est de mettre en avant les portraits de personnes minorisées et leur cheminement vers la déconstruction. Pouvez-vous expliquer qui sont vos invités et à qui s’adresse votre podcast ?

Douce : Pour moi, Extimité s’adresse d’abord aux personnes concernées qui ont besoin de se reconnaître et de ne plus se sentir seules face à ces situations de discriminations latentes ou plus directes avec lesquelles on compose au quotidien. Toutefois, s’il y a des personnes qui ne sont pas concernées directement mais qui apprennent de ces récits c’est très bien ! On aura évité des heures et des heures de pédagogie en apéro ou devant la machine à café. En tout cas, il est important que les “je” qui se racontent dans « Extimité » résonnent de manière universelle.

Anthony : Là encore, cela peut paraître paradoxal de penser que le cas particulier d’une femme transgenre, racisée, travailleuse du sexe puisse parler au plus grand nombre. Pourtant, c’est justement parce qu’elle cumule les oppressions que son expérience du monde s’en trouve élargie, et donc son analyse de la société affûtée et pertinente. Les médias mainstream veulent nous faire croire que des éditorialistes qui n’ont vécu que dans le 16e arrondissement de Paris ont un avis pertinent sur tous les sujets, les magazines féminins que les ¾ des femmes sont blondes, grandes et minces, et les séries TV que seule la vie des médecins et des avocats valent la peine d’être racontées. Parfois, on a le droit à 3 films misérabilistes par an sur la vie d’une personne handicapée, LGBT+, ou racisée, mais attention, faut choisir, afin de bien rentrer dans une case prête-à-penser. Pour Extimité, on ne fait pas d’efforts de casting de “qui cumule le plus d’oppressions”, on se demande juste : “Qui est-ce qu’on n’a pas encore entendu ? Qui est réduit au silence ?” Et ça fait un sacré paquet de monde qui veut parler, parle même déjà, et ne demande qu’à être écouté, en fait. Et vu combien notre audience se montre réceptive à ces récits de la vraie vie, cela prouve bien qu’on en avait tou.te.s besoin.

Pour les enfants d’immigrés, l’estime de soi n’est pas un concept de livre de développement personnel, mais bien un outil de survie essentiel.

Qu’est-ce ce que la déconstruction pour vous ?

Douce : Vaste question sur la déconstruction… Alors déjà le déconstructivisme est une notion que le philosophe algérien Jacques Derrida remet au goût du jour dans sa manière d’analyser puis de concevoir la littérature. Dans un texte qu’est-ce que dit le vide, le non sens, les omissions, les fautes, les ellipses etc. Voir et décortiquer entre les mots et les phrases. Et cette notion de déconstruction va avoir un écho plus fort aux Etats-Unis où il a toujours été reconnu et adulé par l’intelligentsia états-unienne. En rencontrant la notion sociologique de constructivisme (tout est une construction sociale), ça a eu une résonnance dans les sciences sociales avec les race et gender-studies, puis en toute logique dans le militantisme. De manière plus personnelle, déconstruire c’est se décentrer et regarder où l’on se situe sur le grand échiquier social. Quels désavantages, quels privilèges ? Puis de revenir à soi et regarder les mécanismes qui font marcher ce grand théâtre social : quels sont les codes, les enjeux de pouvoir, qui est assigné à être minoritaire, qui ne se désigne jamais comme majoritaire, quel poids historique nous conditionne, quels imaginaires et formes-pensées conduisent à des schémas répétitifs de la société ? Et ce à tous les niveaux… Bref la déconstruction c’est un travail permanent sur soi qui a un but collectif, déconstruire la société.

Anthony : Se déconstruire, c’est un processus de réflexion sans fin qui consiste à se demander d’où viennent nos préférences et nos croyances. Et c’est tout à fait humain d’en avoir, le but n’est pas forcément de les éliminer. Mais plutôt d’admettre qu’on a parfois certains conditionnements et biais qui font qu’on préfère certaines choses plutôt que d’autres. Et ce n’est pas parce qu’on se demande “pourquoi ?” qu’on tombe dans le jugement moral et catégorique. Au contraire, même.

Se raconter : une catharsis collective

Extimité Couppée de Kermadec
Illustration d’Audrey Couppée de Kermadec

Vous avez commencé le podcast en racontant vos propres histoires et intimité à l’épisode 0 et 1. Ce n’est pas un exercice courant pour des journalistes. En quoi était-ce important pour vous de vous mettre à nu en premier ?

Douce : Pour ma part, il était important de me placer de manière horizontale face aux auditeurices et aux futur.e.s invité.e.s. Il fallait donner l’exemple. Comme dans toutes relations, il s’agit de respecter un équilibre entre le don et le contre-don. Je ne me voyais pas prendre quelque chose de nos invité.e.s sans jamais me dévoiler et me situer. Car avant d’être une journaliste indépendante, je suis d’abord cette femme congolaise, noire, bi et queer qui se reconnaît dans les vécus à la marge de la majorité. Et pour ne plus se comparer à cette dernière, ma parole devait s’entendre pleinement en tant que “je”.

Anthony : En plus d’être contre-intuitif, raconter publiquement mon intimité me semblait aller à l’encontre de ce qu’on nous répète en étude de journalisme : “le je est haïssable.” Les journalistes se dévoilent peu, par souci de paraître le plus objectif possible. Or, je pense qu’on s’approche beaucoup plus de l’idéal qu’est l’objectivité journalistique quand on admet ses biais, ses failles, ses origines et ses désirs. Ces premiers épisodes reviennent donc à signer une sorte de pacte de lecture avec notre audience : admettre que tout point de vue est situé, y compris ceux de journalistes comme Douce et moi, et que nos subjectivités teinteraient forcément un peu les futurs épisodes. C’est une manière de se montrer radicalement honnêtes, en plus de se placer à égalité avec nos invité.e.s et l’audience.

En France la classe avant la race c’est le slogan de la gauche qui aurait pu se déconstruire et voir son racisme latent en pleine face. Il est plus facile de parler de quartiers et de personnes “défavorisées” sans parler de personnes favorisées.

A partir de quand avez-vous réalisé que vous n’étiez pas blanc.he.s et pourriez-vous identifier votre prise de conscience du racisme systémique et des mouvements décoloniaux ?

Douce : Clairement, je l’ai réalisé quand j’ai débarqué en France à 12 ans. En partant du Congo je savais que j’avais la peau noire, mais je ne me disais pas noire. En France j’ai été la blédarde, la bounty, la “fatou fachée” etc. Mais ce n’est que pendant mes études de sociologie, en deuxième année de licence, à 18 ans que j’ai commencé à déconstruire toutes les fausses croyances sociales que la France avait bien eu le temps de me faire avaler… Pour les mouvements décoloniaux l’un des évènement clés c’est la mort d’Adama Traoré qui a fait écho à la mort de Zyed et Bouna en 2005, année où je suis arrivée en France. Je me souviens que j’étais en banlieue en Essonne et je voyais les quartiers s’embraser, ma cousine partant avec ses amies en manif sauvage face aux flics. Tout ça m’est revenu en mémoire et le puzzle a commencé à se rassembler, naturellement.

Anthony : J’ai grandi dans une famille qui m’a fait comprendre très tôt que j’étais noir, mais elle m’a inculqué au passage des principes coloristes (N.D.A : favoriser les personnes qui ont la peau clair et dévaloriser celles qui ont la peau plus foncée dans la société) que j’ai intégrés et reproduits sans les interroger, jusqu’à ce que j’arrive à l’âge adulte. En grandissant en banlieue populaire, parce que je n’ai jamais été le plus foncé, j’ai bénéficié de certains privilèges qui m’ont laissé croire que j’étais épargné par le racisme. Mais au fil de mes études supérieures jusqu’à arriver dans le milieu professionnel, je croisais de moins en moins de personnes racisées. C’est en enchaînant les visites d’appartements infructueuses, les contrôles de police, et les dates avec des fétichistes que j’ai réalisé que j’étais perçu comme un homme noir avant tout, peu importe mon niveau d’éducation, de présentation, ou de mélanine. C’est donc vers 21-22 ans que j’ai ouvert les yeux progressivement sur le racisme que je subissais, mais aussi que je perpétuais sans m’en rendre compte. Et l’injustice autour de la mort d’Adama Traoré m’a convaincu de m’engager davantage contre tous ces préjugés.

Quels sont les étiquettes et stigmas qu’on vous colle et qui vous énervent ? Avez-vous réussi à les accepter, ou à vous en débarrasser ? Quelles sont celles que vous vous réappropriez aujourd’hui s’il y en a ?

Douce dibondo
Douce Dibondo, cofondatrice d’Extimité

Douce : J’ai tellement réussi à décortiquer les mécanismes et les stigmatisations qui me sont renvoyées en tant que femme noire et plus récemment en tant que meuf bi que je ne m’enerve pas. Avant la colère venait de cette impossibilité à expliquer mon malaise, à expliquer pourquoi je n’avais pas à subir les remarques mysoginoiristes et biphobes. Depuis ma déconstruction, les stigmas, je les balaie et je renvoie à l’envoyeur ses discriminations, sans pour autant perdre mon énergie à justifier mon humanité. Oui, je suis noire, africaine et fière, oui je suis queer et fière, oui je suis spirituelle et fière. J’embrasse tout de moi, donc je me réapproprie mon être. Je ne me débarrasse de rien, je transforme tout.

Anthony : Physiquement, je corresponds au stéréotype de la folle noire bitchy et fan de mode, adorée par les télé-réalités. J’ai longtemps lutté contre ça, la follophobie s’ajoutant à l’homophobie et au racisme que j’avais déjà bien intériorisés. Mais à mesure que j’en apprenais sur le féminisme, j’ai compris combien ce cliché tirait de la misogynie. Quand je lisais des choses sur le stéréotype de l’angry black woman en particulier, je pouvais en tirer énormément d’enseignements sur comment j’étais perçu en société. Alors aujourd’hui, je ne me défends plus de cette part de moi, je l’embrasse, et je suis même fier d’être flamboyant.

L’autre : le miroir de soi

Quelles expériences ou réflexions décrites a fait le plus écho en vous depuis le début du podcast?

Douce : Dans la saison 1 j’ai été touchée par le récit de Sun, une meuf queer ayant fui son pays en guerre (ce qu’en Occident nous avons romantisé en Printemps arabe). “C’est puissant de partir, c’est puissant de rester” dit Sun. Et forcément en tant qu’exilée ça a résonné fort en moi. Elle a cette résilience et cette abnégation de la douleur que les personnes exilées portent malgré elles. Dans la saison 2, j’ai adoré les récits de Thérèse, chanteuse bie, asiatique et c’est le vécu de Wolky, homme noir gay, médecin, qui appuie où ça fait du bien. Elle, pour sa vie si équilibrée de l’amour et de la conscience de soi, son humilité face à ses failles et sa soif de liberté accrue, malgré les carcans sociaux qui tentent de nous enfermer toujours plus. Lui, pour la conscience qu’il avait de son monde intérieur, la distance qu’il est parvenu à mettre face à sa hiérarchie professionnelle raciste, tout le travail émotionnel effectué sur lui, sa vision de l’amour et des relations… Ce sont des miroirs plus ou moins recollés de ma propre histoire. C’est égoïstement collectif : en tant que vécu marginal, je place les mis.e.s à l’écart au centre de mon monde, donc du monde. Et j’espère que nos auditeurices vivent aussi la même expérience à travers le podcast.

Anthony Vincent
Anthony Vincent, cofondateur d’Extimité

Anthony : Chaque invité.e nous a énormément appris sur la société et ses structures. En ce qui concerne les récits qui ont le plus fait écho en moi personnellement, celui de Paul-Arthur me vient en premier car nous nous ressemblons beaucoup socialement : hommes noirs, gays, cisgenres, journalistes modes à Paris. Celui de Paya aussi, notamment parce qu’elle a répondu à une question que je commençais à peine à effleurer sur la fatigue militante. On ne peut rendre service à sa cause sur le long terme s’y l’on s’y épuise, alors c’est important de se reposer, voire de prendre ses distances un temps. Le repos sert aussi la lutte. Il en fait même partie intégrante. Je pense aussi à Marie-Odile, quand elle raconte comment sa mère afrobrésilienne a tenté de la blanchir durant toute son enfance parce qu’elle a elle-même grandi dans une société pigmentocratique. Et comment l’art l’aide à se réconcilier avec ses origines aujourd’hui.

Raconter l’intimité est au coeur de votre podcast et des « gender and ethnic studies« qui mettent en avant les récits de vie. Quels penseur.se.s, artistes ou modèles vous inspirent le plus ?

Douce : Mes inspirations… Je puise beaucoup de force auprès de Rokhaya Diallo, Amandine Gay, Fania Noël et bien d’autres qui incarnent les luttes antiraciste et afroféministe contemporaines. Mon cerveau est nourri aussi par les penseuses comme Audre Lorde, Bell Hooks, Toni Morrison, Monique Wittig, Françoise Héritier, Elsa Dorlin… En terme artistique j’ai un coup de coeur pour Yseult et Lous and The Yakuza, mon regard est de plus en plus tourné vers l’Afrique et les talents créatifs qu’elle voit de plus en plus émerger en musique, en art, en culture tels que Ibaaku, Jojo Abot, L’artrepreneur, Lafalaise Dion, Kente Gentleman et bien d’autres que j’oublie !

Anthony : En plus des autrices afroféministes citées par Douce, m’ont inspiré Roxane Gay, Susan Sontag, Virginie Despentes, Mona Chollet, Paul B. Préciado et Frantz Fanon. Ado, je me réfugiais dans les pages d’Hervé Guibert, James Baldwin, et Didier Eribon, que j’ai vraiment lus comme des phares pour survivre. Aujourd’hui, je suis de près le travail du dramaturge Jeremy O. Harris, du poète Ocean Vuong, et de l’artiste FKA Twigs.

Etre à l’écoute et changer les rapports de force

Vous demandez à chaque épisode si vos invité.e.s se sont déjà sentis dominants, alors qu’ils parlent de leur expérience de personnes minorisées, pourquoi cette question ?

Douce : Encore cette idée de déplacer le curseur. Comment les personnes qui sont assignées à la marginalité, se perçoivent et vivent cette assignation. Et parfois selon les réponses, on se rend bien compte que c’est souvent dans la non-mixité, entouré.e.s de personnes qui les ressemblent que les invité.e.s se sentent majoritaires. Il y a une puissance à se réapproprier les mots, les espaces et les manières de nous penser, entre nous, avec nous. Ce n’est pas subi, c’est revendiqué !

Anthony : Cette question représente aussi une occasion de se demander si, dans l’entrecroisement des différentes oppressions en fonction des contextes, on n’a pas déjà été en position de dominant.e. Je crois que c’est en enregistrant mon propre épisode d’Extimité que j’ai pris conscience de combien j’avais pu intérioriser le racisme et l’homophobie afin de me rapprocher de la majorité et sa domination par le passé.

Extimité 2 vignette

On parle de plus en plus de racisme anti-blanc et d’appropriation culturelle dans les médias et ça suscite beaucoup de craintes auprès des classes dominantes blanches, même au sein de mouvements féministes. Pourquoi à l’heure du covid-19 il est facile de se dire privilégié socialement et d’avouer les inégalités sociales alors qu’il est impossible d’avouer son privilège blanc selon vous ?

Douce : Parce qu’en France la classe avant la race c’est le slogan de la gauche qui aurait pu se déconstruire et voir son racisme latent en pleine face. Il est plus facile de parler de quartiers et de personnes “défavorisées” sans parler de personnes favorisées. Mais qui sont ces personnes défavorisées, qui n’ont jamais de visage, jamais de nom en France ? Il est plus confortable d’envelopper les inégalités du voile économique sans jamais expliquer que le facteur économique est intrinsèquement lié au racisme de la société française et dans toutes ses institutions. En France on loue Pierre Bourdieu pour la notion de reproduction des inégalités mais on réfute aveuglément de la pousser. On n’adule pas un Pape Ndiaye qui met en lumière La condition noire et ce qu’elle implique en terme socio-économique. La France continue ainsi à reproduire les classes des favorisés et des “défavorisés”.

Anthony : Globalement en France, l’assimilation est pensée comme un modèle à atteindre, ce qui explique notamment les crispations dès qu’on parle de communautarisme, de non-mixité, ou qu’on désigne des couleurs de peau. Cela empêche aussi de penser de façon structurelle, et donc de considérer qu’être blanc soit un privilège. Quand elles sont désignées comme un groupe social, les personnes blanches peuvent être prompts à crier à l’essentialisation et au racisme, justement parce qu’elles n’ont pas l’habitude de se penser comme telle. Elles n’ont jamais eu à se réfléchir comme telle parce qu’elles ont toujours bénéficié de cette ignorance. C’est le comble du privilège blanc. Et c’est aussi ce qui explique la fragilité blanche allant avec quand on les désigne comme tel : c’est inconfortable à admettre. Alors elles se braquent et racontent qu’on les a traitées de cachet d’aspirine à la récré, qu’elles ont eu un job étudiant comme tout le monde, que leurs parents étaient pauvres ou qu’elles ont failli être SDF, incapables de vouloir comprendre qu’on leur parle de violences structurelles. Incapables de vouloir comprendre que le privilège blanc veut seulement dire que leur couleur de peau n’a jamais été un frein dans leur vie. Contrairement aux personnes racisées. La géographe Ruth Gilmore définit le racisme comme ce qui expose à la mort prématurément. Le COVID-19 et les violences policières démultipliées en cette période de confinement en sont des preuves supplémentaires.

Banksy Jean MIchel Basquiat controle au facies
Hommage à Jean-Michel Basquiat, artiste américain d’origine haïtienne et portoricaine par Banksy

L’extimité a un rapport avec l’estime de soi. Comment selon vous, valoriser cela en tant qu’enfants d’immigrés ?

Douce : C’est un chemin qu’on n’a pas le choix d’emprunter. L’estime de soi en tant que personnes racisée est une obligation de survie face à une société qui ne nous voit pas et donc ne nous reconnaît pas, car nous ne sommes pas à son image. Il faut donc se créer une image face au miroir. Je brise le besoin de reconnaissance oedipien et je me reconnais par mes propres lunettes. Celles qui forgent ma déconstruction et ma reconstruction sur tous les plans de conscience (physique, émotionnel, intellectuel et spirituel).

Anthony : Audre Lorde écrivait justement combien prendre soin de soi ne tient pas de l’indulgence vaine, mais bien de l’auto-préservation, et que c’est un acte politique pour les personnes minorisées. Pour les enfants d’immigrés, l’estime de soi n’est pas un concept de livre de développement personnel, mais bien un outil de survie essentiel. Ou plutôt une fondation sur laquelle se construire. Sans elle, vous aurez beau en faire 4 fois plus que les autres et collectionner les diplômes, le syndrome de l’imposteur sera toujours là pour vous empêcher de croire en vous-même.

audre lorde
Audre Lorde, militante américaine lesbienne et afroféministe

Quels podcasts écoutez-vous et pourriez-vous en recommander à ce sujet ?

Douce : « Furies », « What the F* podcast »,« Still processing » (anglophone), « Code Switch« , « Busy Being Black« , « La Fièvre », « Les enfants du bruit et de l’odeur », « Piment« … Qui parlent des identités plurielles qui me constituent, femme, noire et queer.

Anthony : “Food 4 Thot” qui est l’incarnation du podcast dont je n’osais même pas rêver, hilarant et érudit, tenu par 4 personnes queer et racisées qui parlent de culture, de société, de genres et de sexualités. “Un podcast à soi” sur les enjeux féministes. “La Poudre” des conversations avec des femmes inspirantes.

“Caring for myself is not self-indulgence, it is self-preservation, and that is an act of political warfare.”

— Audre Lorde dans « A Burst of Light ».

Extimité c’est donc un objet d’empowerment puissant et un tiers-lieu d’écoute et de partage qui encourage les invisibilisés à se raconter petit à petit – fièrement, en valorisant leur vécu – sans que leur témoignages soient déformés ou dévalorisés par l’Histoire ou les médias…

Le travail de Douce et Anthony a été récompensé par le Bondy Blog pour l’égalité des chances et contre les discriminations en 2019, car il recèle de grandes sagesses et une lucidité sur le monde, tel que vous ne l’aviez jamais vu.

Si vous souhaitez une saison 3 vous pouvez tipser à https://fr.tipeee.com/extimite pour les aider à produire ce podcast 100% indépendant. Parce que les journalistes et les artistes sont trop peu rémunérés pour leur juste valeur et surtout pour contribuer à cet effort de représentation et d’inclusion des minorités dans les films, les peintures, la littérature et les médias. Pour que chaque histoire ne relève plus de l’anecdote mais bien de l’histoire collective.

Retrouvez « Extimité » sur toutes les plateformes de streaming dont apple podcast.

Tuto pour podcaster : apprendre en écoutant

Lancé depuis 2018, La saison 2 des Coulisses du podcast sort déjà en 2020

Les auditeurs téléchargent environ 17 podcasts chaque mois en France. Pas étonnant si de nombreux bingelisteners veulent se transformer à leur tour en créateurs de contenus et passent derrière le micro. Alors, pourquoi pas toi jeune padawan ? C’est le timing parfait pour te consacrer à ta passion et la transmettre via une émission ! De plus en plus de documentation et de tuto existent pour t’aider à débuter.

Parmi eux, les Coulisses du podcast est une mine d’or, car elle te fera gagner du temps en évitant les écueils de tout débutant qui se respecte… Anastasia De Santis ex-consultante digitale et Mélanie Hong anciennement avocate, sont les animatrices de ce podcast. Elles ont toutes les deux plaqué leur job confortable pour mener la vie de podcasteuse.

Hôtesses respectivement de « De Vraies vie » et « Melting pot« , elles ont lancé en parallèle « Les Coulisses » – dont la saison 2 vient de sortir – pour permettre à d’autres d’avancer à partir de zéro. C’est l‘envie de partager qui les a poussé à faire ce projet, qui initialement était le blog de Mélanie relatant ses avancées dans le monde du podcast. Et c’est grâce aux échanges informels et retours d’expérience qu’elles ont eu avec Anastasia que le blog est devenu podcast audio… Pourquoi ne pas faire bénéficier à d’autres le fruit de leur démarches ? Idées, doutes, conseils pour ceux qui voudraient débuter sous forme interactive. Pourquoi pas y ajouter en plus, les conseils d’autres podcasteurs/euses de renoms comme Matthieu Stefani (Génération DIY) ou Pénélope Boeuf (la toile sur écoute) ?

J’ai voulu les interroger sur les tendances podcasts, leurs inspirations et les tutos en général…

Lorsque nous avons décidé de le créer, nous sommes parties du principe qu’on voudrait faire un podcast que nous aurions aimé écouter. On voulait que ça soit simple, accessible à tout le monde, que ça reste convivial tout en apprenant quelque chose… Le format tuto nous a paru le plus adapté…

Anastasia De Santis

INTERVIEW

Dans l’univers du podcast très hétérogène, on a souvent le syndrome de l’imposteur et surtout quand on est une femme. Pourriez-vous donner deux trois tips sur vos expériences personelles de podcasteuses pour surmonter ce sentiment si vous l’avez déjà ressenti ?

Anastasia : Évidemment qu’on l’a ressenti ! C’est plus ou moins présent selon les personnes et les sujets. On en parle d’ailleurs dans notre premier épisode des Coulisses. On entend souvent que les podcasteurs ou podcasteuses connus sont journalistes… même si c’est moins vrai aujourd’hui, ça reste plutôt juste. Donc en partant de là, on peut se demander, pourquoi moi qui n’y connait rien en technique ou en journalisme, j’oserais me lancer ? Eh bien, justement, la réponse pour dépasser sa peur, OSER SE LANCER. Parce qu’il n’y a rien à perdre à part un peu de temps, et qu’au contraire, il y a toujours à gagner : des rencontres merveilleuses, des opportunités qui s’ouvrent, des retours d’auditeurs… 

Mélanie : C’est vrai que le syndrome de l’imposteur : « qui suis-je, moi, pour faire ça » est très présent, dès lors que c’est souvent un média qu’on lance en autodidacte, car il est facile d’accès : un smartphone, une application d’enregistrement et ça peut être lancé ! Il y a non seulement la technique (matériel, montage), mais aussi les compétences orales, relationnelles (si on fait des interviews) ou l’expertise (si on choisit un sujet dont on n’est pas « expert »). Pour moi, la meilleure façon de surmonter le syndrome de l’imposteur, quel que soit le projet, est de se dire qu’à partir du moment où le sujet nous intéresse, on a le droit d’en parler. Que ce n’est pas parce qu’on en parle qu’on se prétend expert ou meilleur que qui que ce soit. On peut être débutant et aborder un sujet, ça peut tout aussi être intéressant d’avoir le point de vue de personnes qui débutent, comme nous lorsqu’on a commencé Coulisses !

Anastasia de Santis et Mélanie Hong crédit @Anastasia de Santis

Il y a une tendance aux tutos dans le podcast qui aident à entreprendre, à faire du sport et à mieux vivre en général. Est-ce que vous en écoutez ? Si oui lesquels ?

Anastasia : Le problème quand tu créé des podcasts, c’est que tu as de moins en moins le temps d’en écouter (surtout que tu passes de salariée à entrepreneure, avec moins de temps de transport par exemple). Pour ma part, j’écoute des podcasts de développement personnel orientés entrepreunariat comme “Jpeux pas j’ai business” ou “Être soi” de Kinoko ou bien “Courageuses”, un podcast sur l’hypersensibilité mais je suis une fan de “2H de perdues” aussi… j’aime les podcasts pour décompresser ! 

Mélanie : J’écoute énormément de podcasts et effectivement, beaucoup pour « apprendre » mais pas forcément sous format « tuto ». Ce sont plutôt des podcasts d’interviews pour découvrir ou approfondir des sujets qui m’intéressent pour lesquels je n’ai pas forcément le temps (ou le courage) de lire (« Vlan! », « Wake up conversations« , « Supplément d’âme« ) ou pour apprendre grâce aux expériences ou témoignages de vie (« La Leçon« , « Regard« , « Balance ta peur« ). Le seul « tuto » que j’écoute est « Femme ambitieuse » de Jenny Chammas, qui donne des conseils aux femmes qui souhaitent conjuguer vie personnelle et vie professionnelle en étant « ambitieuse ». 🙂  Le podcast, c’est chronophage mais c’est une vraie passion !

A votre avis, pourquoi le podcast est un bon médium pour accompagner les gens à construire, s’améliorer et apprendre ?

Anastasia : Le podcast c’est intime… tu es dans les oreilles de ceux qui t’écoutent et tout est basé sur la voix… et puis c’est un médium libre, il y a beaucoup moins de barrières à l’entrée que pour faire une chronique à la radio, à la télé ou même une vidéo YouTube.

Mélanie : Je crois qu’il permet de faire du développement personnel sans avoir à y consacrer un moment supplémentaire dans son emploi du temps. Aujourd’hui, on a souvent peu de temps pour l’apprentissage : les journées sont courtes, le temps passe vite ; Alors les priorités c’est travail, famille, amis, loisirs, tâches ménagères. Et pour lire ou apprendre à travers un livre ou une vidéo, il faut se poser et consacrer un temps spécifique. Or, le podcast peut être écouté en faisant autre chose. En écoutant un podcast d’apprentissage, ça « rentabilise » un temps qui était déjà dédié à une tâche qu’on aurait faite dans tous les cas (ménage, transport, sport).

Le podcast permet aux personnes moins visibles et représentées dans d’autres médias de prendre la parole (femmes, personnes racisées et autres minorités) et d’aborder des sujets parfois tabou.

Sur Youtube, les tutos favoris des français sont la beauté, le bricolage et la musique. Avez-vous remarqué une tendance similaire dans l’audio ?

Les domaines les plus « tendances » sont différentes de celles de Youtube de par la différence de format. Par exemple, les thèmes de la mode et de la beauté sont rares, ce qui peut facilement s’expliquer par l’absence d’image. Si on exclut les émissions de radio en replay et qu’on s’intéresse aux podcasts dits natifs, les domaines les plus représentés sont, à notre connaissance : l’entrepreneuriat, le développement personnel, le féminisme. Le podcast permet aux personnes moins visibles et représentées dans d’autres médias de prendre la parole (femmes, personnes racisées et autres minorités) et d’aborder des sujets parfois tabou.

Le coaching, les tutos et les talks sont des outils intéressants pour orienter, conseiller les auditeurs sur un sujet

Le podcast, rançon du succès, devient de plus en plus compétitif. Quels sont vos principaux conseils pour développer ses écoutes sur un podcast ?

La première chose à faire pour faire connaitre son podcast, c’est d’en parler le plus possible ! Ça peut paraitre simple, mais le bouche-à-oreille fonctionne assez bien et c’est surtout un des meilleurs moyens de découvrabilité des podcasts. Dans le même temps, demander à ceux et celles qui vous écoutent de vous recommander… ils.elles sont les meilleurs ambassadeur.rice.s ! Ensuite, c’est la communication : sur les réseaux sociaux premièrement, et aussi auprès des journalistes pour gagner en visibilité mais surtout en crédibilité. Dernièrement, un des moyens de développer ses écoutes est la « cross promotion« , soit faire la promotion dans un podcast dont le sujet est similaire, car les auditeurs seront plus à même de s’y intéresser. (plus de détails dans les épisodes dédiés à la promotion de son podcast épisodes 7 et 8 )

Avez-vous des recommandations de podcasts en ce moment ?

AnastasiaVénus s’épilait-elle la chatte ? Un podcast qui déconstruit l’histoire de l’art occidentale d’un point de vue féministe et inclusif… On se rend compte que le patriarcat n’a épargné aucun secteur… Sans blanc de rien. C’est un podcast belge qui parle de la déconstruction de ses propres biais et préjugés en tant que femme blanche ! 

Mélanie : Mija, de Studio Ochenta créé par Lory Martinez : un podcast de fiction qui raconte l’histoire sur plusieurs générations d’une famille qui a immigré de Colombie à New York à travers 8 épisodes de 10 minutes, chacun dédié à un personnage de la famille. C’est touchant, ça me parle en tant que fille d’immigrée mais je pense que ça peut toucher beaucoup de monde car on s’attache aux personnages et à leur histoire. La matrescence, de Clémentine Sarlat : un podcast sur la maternité, et en particulier sur le concept de Matrescence (l’adolescence de la maternité). Travail soigné, de Stereolab créé par Hervé Hauboldt : un podcast qui met en valeur une personne et son métier, qu’elle soit ébéniste, ingénieure ou architecte. La réalisation est très soignée, et on apprend beaucoup de choses de ces personnes passionnées de leur métier.

Quelles émissions tuto aimeriez-vous voir apparaître qui n’existent pas encore ?

Anastasia : Moi ce que j’adorerais voir, c’est un podcast pour les femmes de + 50 ans : les aider à s’assumer, oser, prendre confiance en leur capacité… Le podcast est plus diversifié que d’autres média mais je trouve qu’on ne voit pas assez de femmes de cette tranche d’âge ! Mais pas forcément sous format tuto.

Mélanie : En format tuto, pourquoi pas un podcast qui enseignerait comment écrire un livre ? Le storytelling, la narration, le style. L’écriture m’intéresse. Il pourrait y avoir des formats trucs et astuces et un format interviews d’auteurs, un peu comme nos formats dans la saison 2 de Coulisses haha. Ou alors, comme je suis une jeune maman, un podcast sur la maternité / l’éducation mais en format « tutos » avec des épisodes courts sur des sujets très précis (la diversification alimentaire, l’éveil pour chaque âge, le langage des signes pour les bébés, etc). Mais peut-être que ça existe déjà, je ne sais pas je n’ai pas vraiment fouillé ! 

Merci beaucoup !

Avec plus de 2000 écoutes par épisode, on peut dire que Les coulisses du podcast est un tutoriel qui a trouvé son public de niche ! Avec une audience très engagée et fidèle, les retours sont plus que positifs puisqu’elle ont réussis à faire pousser des graines de podcasteurs qui ont pu concrétisés leur idée de podcast qui ronflait. D’ailleurs, moults auditeurs ont choisi de se faire accompagner au-delà du virtuel en s’inscrivant à leurs ateliers dans la vie réelle. Attirés par leur sensibilité et leur intérêt pour les questions de minorités, elles ont aussi réussi à décomplexer grâce à une démarche de populariser le podcast : ouvert à tous et pour tous, où il y a de la place pour tout le monde. Si ça te démange toi aussi, Anastasia (www.podstories.fr) et Mélanie (www.bonjourpodcast.com) proposent des accompagnements personnalisés à distance ou à Paris. Elles sont toujours ravies de rencontrer des porteur.se.s de projets inspirants et fières de participer à la concrétisation de podcasts et d’expression…

Documentaire sonore : L’écho de mon cousin Djo

Cette illustration est signée Sophie Rogg

Ce documentaire commence par la lecture d’une relation épistolaire d’une cousine – Anna, avec son cousin Johan, détenu à la prison pour hommes de Rennes. Quand j’ai rencontré Anna pour la première fois, elle avait ce sourire malicieux et ces yeux noirs et profonds qui la caractérisent bien. Participante et lauréate de la bourse « Brouillon d’un rêve » 2019, elle arrive avec sa valise à roulette venue d’Ardèche parmi les derniers arrivants. Nous sympathisons du fait que nous sommes toutes les deux de Rhône-Alpes et surtout car nous avons un point commun : celui de la radio associative. Quand elle avait 8 ans, sa famille est restée 2 ans à Hawaï, d’où elle s’enregistrait déjà pour envoyer des nouvelles à sa famille et ses amis à travers l’émission « Bonjour la France ! » 🙂

« Brouillon d’un rêve« , un concours dédié aux auteurs.trices pour la création d’oeuvres audios, vidéos, littéraires… qui attribue chaque année à quelques candidats des bourses d’aide à la création donc, est la concrétisation de ce projet qu’elle avait couché sur le papier, diffusé sur « Expérience », d’Aurélie Charon sur France culture.

Quand j’ai écouté son documentaire de 58 minutes il y a quelques mois, je n’ai pas vu le temps passer. Non seulement l’histoire de son cousin Johan est impressionnante, car elle est bien plus que le point de vue d’un jeune homme sensible adopté et déraciné. En effet, ce cousin, cet alter ego au destin bien différent du sien, communique à travers sa cellule et lui parle de son pays natal auquel il a été arraché, au-delà de la perte de ses parents. Ce documentaire est la voix d’une quête d’identité et d’amour. Il soulève aussi la question du destin et du hasard, du libre arbitre selon les moyens que l’on a au départ…

Discussion avec Anna Gigan

Anna Gigan

Est-ce que tu peux nous parler de ta relation avec ton cousin Johan, colombien adopté par ton oncle et ta tante à 4 ans ?

J’ai rencontré mon cousin le premier jour où il a posé les pieds sur le sol français, nous étions allés chercher lui et ses parents, avec mon père, à l’aéroport Charles de Gaulle quand il revenait de Colombie. J’étais un peu plus grande que lui, mais je m’en souviens bien, parce que c’était un grand moment. Ses parents étaient très émus.Ils sont restés quelques jours chez nous, à Paris, puis ils sont partis à Nantes commencer leur nouvelle vie. On se voyait pas beaucoup mais il y avait un lien invisible, compte tenu de nos histoires communes. Mais dans la vraie vie, c’est d’ailleurs dommage, on ne se retrouvait que dans les fêtes familiales….

Tu es allée en voyage en Colombie et c’est ce qui a débuté votre correspondance. Peux-tu nous dire comment avais-tu envisagé ce voyage à la base et cet échange ?

En fait, ce qui est fou, c’est que ce voyage s’est organisé indépendamment de ma volonté et sans aucun lien avec Johan. Le hasard a fait que je me suis retrouvée là où il est né à Manizales. Pourtant c’est grand la Colombie… Des copains musiciens m’ont proposé de venir avec eux en « tournée » et tous nous héberger dans sa famille colombienne. Je me suis dit que j’allais aussi en profiter pour capter des sons, et faire des émissions de radio pour Vogue Le Navire (son émission radio sur (RDBFM). J’ai repris contact avec Johan à mon retour. J’ai demandé l’adresse de la prison à mon frère qui était en contact avec lui ( ils ont habité ensemble ). Je lui ai raconté mon voyage, un peu de son pays, mes impressions – et je lui ai posé une tonne de questions…

Quels sons lui as-tu envoyé ? Et pourquoi ce support plutôt que des photos ?


J’ai enregistré des sons d’un moment chez un coiffeur avec la radio derrière, je trouvais ça bon, et vraiment en immersion. J’ai pris aussi des ambiances, des sons de la rue qui grouille, de groupes de musique qui jouent partout, les impressions du pays de mes potes et de la famille colombienne de ma copine, des captations sur un marché, la vie quoi ! J’ai choisi ce support car j’aime le son, ça fait partie de ma vie. Je faisais déjà de la radio, des podcasts et installations sonores. 

Plaza de Mercato à Manizales en Colombie. Photo de Diana Rey Melo 

Depuis quand fais-tu de la radio?

Quand je suis arrivée en Ardèche, la première fois en 2014, je suis allée dans une radio Locale (Radio Des Boutières) pour assister à l’enregistrement d’une émission sur le blues que faisait un copain musicien. Le responsable de la radio me voyant très intéressée me dit « Dis moi, tu as l’air d’aimer la radio, on est en train de changer toute la grille des programmes, si ça te dit de penser à une émission, vas-y n’hésite pas ». Et du coup j’ai écrit sur le mouvement, pour illustrer mon mouvement de Paris vers l’Ardèche ;  grâce au truchement des autres.. Comment le déplacement d’un endroit à un autre nous transforme, nous inspire, nous questionne… Ca a été comme un labo pour moi : j’avais la liberté pendant une heure d’ondes de creuser ma thématique, d’expérimenter des choses… Ensuite en 2016, je suis partie vivre 2 ans à Bordeaux – et pour ne pas arrêter cette émission « Vogue Le Navire » je me suis équipée d’un Zoom et j’ai commencé les captations, les créations sonores, le montage, le mixage… J’ai aussi travaillé avec une chorégraphe et ses danseurs sur la création sonore d’un spectacle, réalisé des bandes sonores pour le printemps des poètes. J’ai appris sur le terrain quoi.. Et la troisième étape dans ce processus a été « Brouillon d’un rêve« . Penser, écrire un projet avant de le réaliser, c’est un travail beaucoup plus « intellectuel  » je dirais moins « sensuel » dans son approche peut-être. 


Etait-ce pour toi cathartique d’écrire ce projet vu que tu as aussi été adopté bébé ? Tu restes très discrète sur ton ressenti malgré l’émotion qui se dégage de cette création, dont ton cousin est le protagoniste.

Oui, en quelque sorte ! J’avoue que j’ai beaucoup pleuré pendant l’écriture… Surtout sur la musique de Barbara « Dis, quand reviendras -tu? » que mes parents écoutaient et que j’adore plus que tout. Je la mettais à fond, en boucle et je dansais, j’écrivais, ça me transportait vers Johan petit. Je l’imaginais tout seul sur un banc, en train d’attendre sa maman qui revenait jamais, c’était comme si tout d’un coup j’étais dans sa peau qui était aussi la mienne ; que je sentais ce vide, ce manque de je ne sais quoi… Enfin si je sais : de la base en fait ! Cette attente de quelque chose qui ne vient jamais et qui en même temps te pousse à être là où tu es. C’est fort, c’est même dur de repartir sur autre chose après… 

Savais-tu lors de l’écriture où elle te mènerait ? Quelles problématiques voulais-tu faire ressortir principalement au départ ?

Non, pas vraiment. au début, j’ai écrit, écrit, écrit, des choses qui me venaient. Puis après, j’ai fait le tri et le fait d’être dans ce cadre du concours, m’a aidé à structurer. C’était la première fois dans ce sens là de d’abord écrire avant de faire le son. Normalement j’écris au montage / mixage ; Alors c’était dur au début de trouver le fil ! J’ai demandé l’avis à des copines qui connaissent l’exercice, mais pour l’image. Elles m’ont poussées à être plus claire et à ce que je m’implique plus dans ce que je voulais dire. Les problématiques sont arrivées dans un second temps  :

 » comment écrire son histoire quand on en connaît pas le début, comment se trouver quand on est déraciné, comment se laisser aimer quand on est adopté… »

Anna Gigan, autrice de « L’écho de mon cousin Djo »
Photo prise par Anna Gigan de Manizales

Qu’est-ce que t’as appris cet échange et cette expérience sur toi?

Qu’on ne fait rien seul. Comme c’est important de se sentir soutenu, entendu, dans la vie. Je crois que Johan a ressenti la même chose et que ça été important pour lui de pouvoir exprimer tout son ressenti librement sans se sentir jugé. Quant à moi je ne suis pas sortie de l’auberge. Je ne me suis pas encore vraiment apprivoisée car cette histoire m’a renvoyée à la mienne et à mes failles. Je me suis rendue compte que ma relation à l’amour n’était pas simple : la question de l’abandon surgit encore souvent dans ma vie. J’ai du mal à me laisser aller, à me laisser aimer. Je trouve que dans les chansons de Gainsbourg c’est très bien illustré dans la javanaise par exemple  » la vie ne vaut être vécue sans amour, mais c’est vous qui l’avez voulu mon amour » ou « fuir le bonheur avant qu’île se sauve » lui aussi, on dirait qu’il a peur… Je crois que la blessure d’être abandonnée est quelque chose que l’on peut dépasser mais pas complètement. Il y a eu à un moment un départ définitif : c’est à dire que c’est comme si on savait que ça pouvait arriver, que la personne la plus importante disparaisse, et que cela nous laisse en survie peut-être ? On n’a pas envie de revivre ça, je crois ! A la fois ça rend très fort aussi mais le doute, la peur du couple sont des choses avec lesquelles je dois composer. Mais bon, j’avance.

Qu’en est-il de Johan actuellement et peux-tu me parler de ce making-off qui n’a pas dû être simple du fait que ton cousin est en prison ?

La très bonne nouvelle, c’est que Johan, risque de sortir avant l’été de prison ! Si tout va bien. Il fait régulièrement des sorties à l’extérieur. Il a été sélectionné pour participer à un trail de 61 km et il passe son permis !! Après 7 ans de prison, c’est assez vertigineux. Il se sent confiant, et réfléchit beaucoup au futur. Son rêve était de retourner vivre en Colombie… Je ne sais pas où il en est par rapport à ça. Il est étonnant dans sa façon d’aborder les choses, de les analyser, il est solide, déterminé, organisé. Je suis assez admirative et personnellement, je suis trop contente de la relation naissante, c »est plus que ce que j’imaginais !

Coté making-off, ça s’est bien passé parce que le personnel pénitentiaire a été bienveillant et conciliant. On a pu circuler sans problème dans la prison, après avoir fait toutes les demandes d’autorisation et passé tout le matériel au crible.. Côté réalisation, j’ai eu la chance d’être avec une équipe expérimentée de France Culture, alors ça été fluide. Quand au montage / mixage c’était la première fois aussi que je ne faisais pas seule. C’était une chouette expérience et ça motive pour le futur, voilà…faut penser à une suite maintenant !

Merci beaucoup !

De rien du tout ! Merci à toi !

En espérant que la voix de Johan à travers le micro d’Anna fera aussi écho en vous. Car c’est un récit double qui retentit malgré la carapace d’Anna, en chacun de nous. Il a le courage d’énoncer les émotions avec simplicité et humilité, quand il s’agit de se mettre à nu et d’évoquer ses sentiments. C’est aussi la générosité malgré la perte et la crainte de la disparition, qui déborde dans cet entretien confiné au centre de détention de Rennes. Une histoire de liens invisibles qui nous tiennent tous et qu’on a peur de rompre : cousins, pairs, amis, appartenance… A l’heure du confinement, « L’écho de mon cousin Djo » est une ode à l’espoir lorsqu’on se sent perdu et une belle leçon de vie sur l’introspection lié à l’enfermement.

Pour l’écouter c’est ici : https://www.franceculture.fr/emissions/lexperience/l-echo-de-mon-cousin-djo

« Rhizome », de l’écriture Radio à l’art vivant…

Depuis la rentrée 2019, l’émission Rhizome débarque sur la grille Radio Campus Grenoble, connu pour ses décalages contrôlés. Cette nouvelle création hybride sonore est en fait le fruit d’une collaboration entre Dire-son et l’association Mikado et Cie, tous deux sensibles aux questions de l‘interculturalité et qui souhaitent mettre en avant l’expression des minorités in-visibles.

En effet, si l’association grenobloise est connue pour son action dans le théâtre forum, elle est aussi connue pour ses ateliers socioculturels qu’elle anime auprès de populations marginalisées : chômeurs longues durées, jeunes déscolarisés, personnes handicapées, détenues, primo-arrivants… Et ce, avec plusieurs supports d’expressions : vidéo, contes, photographie et maintenant audio ! Pas étonnant que les deux entités se soient réunis pour cette création qui donnera lieu à un spectacle vivant à l’horizon 2022.

De gauche à droite : Malika Ung (dire-son), Arnaud Auria et Saidou Pacotogos (Mikado et Cie)

La première année se concentre sur le projet radio Rhizome

L’émission mensuelle dure 30 minutes : deux protagonistes et deux musiques en rapport avec le fil conducteur. Ainsi, tous les samedis de 11h30 à midi sur le site de Radio Campus Grenoble ou sur le 90.8 FM pour les grenoblois, vous retrouverez des regards croisées de personnes peu entendues dans les médias et l’espace publics. Des minorités ethniques immigrés de premières générations aux expatriés, en passant par les demandeurs d’asile, le spectre de la population dite immigrée est grand. Ce sont eux les protagonistes de cette émission qui aborderont des sujets tels que l’intégration, le multiculturalisme, le sentiment d’appartenance à un lieu, une valeur… L’objectif étant d’interroger les idées fausses sur l’immigration et la figure de l’étranger. C’est en employant des formes et formats sonores très libres à la croisée entre portrait et création sonore, expérimentation ou essais que les jeunes artistes Malika Ung (auteure, podcasteuse), Saidou Pacotogos (conteur, comédien) et Arnaud Auria (vidéaste, dramaturge) veulent s’adresser au public de la façon la plus large possible.

« Les caractères principaux d’un rhizome: à la différence des arbres et de leurs racines, le rhizome connecte un point quelconque avec un autre point quelconque, et chacun de ses traits ne renvoie pas nécessairement à des traits de même nature, il met en jeu des régimes de signes très différents et même des états de non-signes. Le rhizome ne se laisse ramener ni à l’un ni au multiple.»

Gille Deleuze et Félix Guattari dans « Capitalisme et schizophrénie 2, Mille plateaux »
Dans l’émission Rhizome vous écouterez des regards croisés sur le métissage, l’acculturation et les identités plurielles.

Un projet culturel soutenu sur trois ans par Grenoble-Alpes Métropole

A la fin de cette première année, la matière récoltée dans les émissions aidera à l’écriture d’une pièce multimédia et protéiforme où s’entremêleront témoignages, performances en direct et projections destinées au grand public. Une oeuvre fictive inspirée du réel à l’image des parcours des auteurs.trice.s : sinueux, faits de multiples rencontres et territoires : à l’international comme au niveau local.

C’est la transition démographique (vieillissement, mondialisation, gentrification) et les questions d’identité nationale qui sont le coeur des questionnements de ces artistes. Et c’est cela qui a séduit les juré de Grenoble-Alpes Métropole qui leur ont attribué une aide à la création pour l’appel d’offre culturelle « transition et création » sur le territoire de la Métro.

En attendant la pièce finale, vous pouvez d’ores et déjà écouter une partie de ce processus en cours de création sur le site de radio campus Grenoble. L’émission Rhizome attaque son 4e chapitre au mois de janvier 2020 et tente de comprendre les contours du métissage et de la pensée métisse.

La petite révolution sexuelle dans le microcosme audio

Quand la libre antenne explosait l’audimat avec Max sur Fun Radio et Difool sur Skyrock, c’était bien pour leurs conneries, humour et canular en tout genre. Mais les sujets autour de la sexualité jouaient aussi en grande partie. Ils ont contribué à ce que des milliers d’ados soient branchés sur la FM dans les années 90-2000’s. Certes on y parlait crûment, souvent de manière sexistes ou bien vulgaires mais pas moins informative. On pouvait écouter des auditeurs appelant le standard téléphonique pour demander des conseils en direct d’un tel ou d’une telle pour faire une bonne fellation à son copain, surmonter sa jalousie maladive, apprendre à pécho quand on était timide… En répondant à des auditeurs sur leurs questionnements dans leur couple, leur célibat ou leur sexualité de manière général, la team d’animateurs s’amusaient à discuter sans tabou pour trouver des solutions ou bien même rassurer certains sur leurs nombreux doutes en matière d’amour et de sexualité. Trivial, convivial, les animateurs donnaient le ton même s’ils n’étaient pas diplômés en sexologie ou en conseillers conjugaux, ils avaient surtout le rôle d’amis et d’écoute auprès des jeunes adultes et les aidaient à trouver des solutions à leurs problèmes de coeur et de cul.

Aujourd’hui, le podcast natif prend le pas sur ces programmes fm, celui de Brigitte Lahaie bien sûr, figure de l’érotisme et du porno puis de la radio qui a réussi à être en direct tous les après-midi sur RMC puis Sud radio. Les formats diffèrent et ne sont pas sous forme de libres antennes mais plutôt de discussions intimes, de dossiers d’enquête. Les programmes se multiplient et tous les jours on voit sur nos applis mobiles de nouveaux titres de podcast sur le sexe. Slate à l’automne dernier sort « Lieux du sexe » suivi de très près par Spotify et son « Sex club« , Vibrant.e.s chez Causette, le sexe n’a plus rien d’exceptionnel. En effet, on sent une tendance actuelle à partager à outrance ses expériences sexuelles, ses aventures, ses amours, badinages, plans culs de manière banalisées. On peut se demander si la sphère audio ne s’est pas prise à son propre piège et ne tendrait pas déjà à uniformiser : l’hypersexualisation envahissant les écrans et le digital, elle n’a pas épargné le podcast qui tend lui aussi à devenir racoleur. En effet, on commence à épuiser certains sujets comme les premières fois, l’homosexualité et surtout utiliser les mêmes manières de raconter qui deviennent lassantes et redondantes. En fait, depuis « Les chemins de désir » de Claire Richard et « Qui m’a filé la chlamydia » d’Anouk Perry, on n’a pas encore trouvé de styles et de formats originaux depuis qui sortent du format interview/talk…

C’est comme si le sexe était devenu « LE PUTE A CLIQUE » que tous les studios de prod ou les plateformes de streaming audio devaient avoir. Il est facile à produire, peut se décliner à l’infini comme le burger sur une carte de resto #pornfood.

Sélection de podcasts

J’ai donc voulu faire une sélection de mes coups de coeur podcasts traitant de sexualités. Mais attention, pas n’importe lesquels : dans ce brouhaha auditif, voilà une petite playlist de podcasts qui mettent en lumière des pratiques en parallèle de l’hétéronormativité en matière de sexualité.s dans les podcasts. Car s’il y a bien un besoin en terme de sexualité, c’est celui de désacraliser le phallocentrisme et la monogamie romantique. Un manque se fait ressentir aussi auprès des personnes agenres, asexuelles, intersexes, aromantiques… qui iels aussi ont le droit d’être représenté.e.s non pas en tant que marge, mais en tant que modèles alternatifs aux modèles dominants et mainstream

J’ai donc sélectionné des podcasts qui remettent en cause ces schémas de la famille nucléaire et de la femme objet, de la sexualité homme/femme classique. Une réaction suscitée aussi par la soi-disant ouverture de la société en matière sexuelle, quand finalement on censure un sein nu ou des poils aux jambes sur les réseaux sociaux. (coucou facebook).

Amours plurielles

C’est un projet qui ne parle pas que de polyamour. En fait, si « polyamour » rime souvent à tort avec « libertinage » ou « polygamie », c’est précisément ce que Lauren Mary l’hôte de l’émission veut déconstruire à travers cette série. Elle interroge des profils diversifiés de personnes réinterrogeant la monogamie en vivant leur intimité : l‘identité de genre, les orientations sexuelles et l’hétéronormativité surtout.

Les invités expriment leurs expériences et leur manière de vivre leurs amours se conjuguant au féminin, masculin, cisgenre ou trans, en club ou en soirée privée, parent ou sans enfants…

Selon l’anthropologue culturel et féministe Gayle Rubin, l’hétéronormativité dans la société courante crée une « hiérarchie sexuelle » qui classe les pratiques sexuelles de « bon sexe » à « mauvais sexe ». La hiérarchie place le sexe monogame entre hétérosexuels comme « bon » et place n’importe quels autres actes sexuels et individus qui ne rentrent pas dans ces critères de plus en plus bas jusqu’à atteindre le « mauvais sexe ». Et l’on peut en dire de même sur le bon genre et le mauvais genre.

Je souhaite rendre visible une diversité de parcours, une pluralité d’expériences, avec un éventail large en termes d’identités de genre, d’orientations sexuelles, d’âges, d’ethnicités, de classes sociales, etc.

Lauren Mary

Ce qui est passionnant dans ce podcast, c’est non seulement que l’animatrice est elle-même polyamoureuse et donc curieuse et enjouée d’échanger à ce propos. Et surtout qu’elle s’intéresse avec conviction à la pluralité des polyamoureux.se.s en interviewant une multitudes d’invité.e.s queer, racisés, autistes, agenres…

Mon corps, le plaisir et moi

mon corps le plaisir et moi création sonore

Documentaire écrit et conçu à quatre mains et quatre oreilles pour lever les secrets qui se cachent derrière la masturbation féminine. Même si elle date de 2013, cette création d’Eve Grimbert et Eloïse Plantrou est malheureusement encore très actuelle. Car si les hommes discutent sans pudeur de leurs expériences de branlette en public, il est encore très difficile de partager librement nos expérience de caresses clitoridiennes, vaginales sans en avoir honte. On ouvre le sujet dans ce documentaire sur la clef du plaisir chez plusieurs femmes en décortiquant l’étymologie du mot « clitoris ».

Alors qu’au 21e siècle on commence à questionner l’orgasme vaginal VS orgasme clitoridien et l’existence du poing G, cette oeuvre nous raconte les premiers émois en solitaire de différentes personnes à des âges différents et la découverte de leur sexualité en solo, tabou ou pas. Des micro trottoirs interrogent en parallèle les hommes sur la in-compréhension du corps des femmes. Devenus sujet de plaisir et non plus objet de désir, c’est tout le propos de ce documentaire subtil et intime, fin dans l’humour et dans la progression.

Nous comptons sur la richesse de ces expériences contées pour alimenter le débat sur la masturbation féminine, sujet que toutes les femmes pourraient toucher du doigt ! La radio n’est-elle pas un porte-voix privilégié pour ce genre d’intimités ?

Heloïse Plantrou, Eve Grimbert

Au coeur du planning familial

au coeur du planning familial

C’est une série de 6 épisodes sous forme de reportages journalistiques diffusés du 30 janvier au 8 mars 2020, journée symbolique du droit des femmes.

Le planning familial est devenue une institution en France en matière de sexualités libres et safe. Né en Isère à Grenoble il y a 60 ans, il est étonnant que ce podcast prennent lieu à Marseille mais certes…

Dans cette investigation menée par Isabelle Durioz, on nous emmène dans ce haut lieu de résistance féministe et d’éduc pop, qui lutte pour le droit des femmes pour s’approprier leur corps comme elles le souhaitent sans jugement ni autorité. Le mouvement nationale a fait et continue un travail remarquable avec bénévoles et salarié.e.s qui accompagnent et écoutent les femmes quelques soient leur problématiques autour des contraceptions et des sexualités des femmes cis et transgenres, dans leurs démarches amoureuses, familiales, sexuelles et de manière globale au niveau de la santé féminine.

Ce podcast montre avec brio les enjeux de l’intime qui devient politique puisqu’il montre l’envers de cette structure qui milite au quotidien pour informer, sensibiliser. Dans une situation où les millenials se protègent de moins en moins, les pro-vie refont surface et où la désinformation et le retour des extrémismes religieux reviennent à la charge, ce podcast est d’utilité publique et invite les femmes, quels que soient leur milieux sociaux, leurs origines ethniques, leur âge, leur orientation sexuelles ou genres, à connaître aussi bien leurs droits juridiques que droits physiques et corporels.

En espérant que ces podcasts ne seront pas que des émissions pour prêcher des convaincu.e.s mais surtout des portes ouvertes pour toutes et tous les curieux.se.s qui souhaitent entendre d’autres voix et d’autres types d’expériences que celles communément admises et validées. L‘audio étant révélateur de l’intime et du parler vrai, il est important que la radio et les podcasts continuent de divulguer ce qu’on ne voit pas

LE PODCAST 2020 : Quand le handicap n’est plus un frein…

podcast cours redwane cours
Un podcast produit par Nouvelles Ecoutes sorti en novembre 2019

Pendant que les fêtes de fin d’années se digèrent lentement et que l’on commence à faire des entorses aux bonnes résolutions, Dire-son vous recommande un podcast produit par Nouvelles Ecoutes qui vous reboostera et vous fera oublier le coup d’mou de la mi-janvier à coup sûr ! (eh oui on s’approche de la prédiction des New Order et du fameux blue monday…)

Dès le générique « Cours, Redwane, cours !« , on est happé par une bonne grosse trap qui donne la gnak en deux temps trois mouvements : propulsé par le challenge édifiant que Redwane le protagoniste de ce plog (un vlog en podcast?) va relever. Il ne s’agit pas d’un énième podcast de coaching mental ni de tuto pour améliorer son endurance comme « Dans la tête d’un coureur« , (excellent podcast par ailleurs) mais plutôt de suivre la mission presque impossible de ce jeune homme pour faire le marathon de Paris 2021, c’est-à-dire 42 km en 6h.

Si Redwane n’est pas un athlète né et que rien ne le destinait à courir, qu’il aurait aussi voulu grimper l’Everest comme Nadir Dendoune n’étant pas un alpiniste né, son métier de journaliste nous permettra de partager avec lui les épreuves à surmonter grâce à ce podcast qui vous tiendra en haleine… Réussira ou réussira pas ?

Ne vous inquiétez pas, on ne vous assénera pas de conseils minceur ou sportif à gogo, simplement, on sera aux côtés de Redwane et on l’accompagnera dans son quotidien pour aller au-delà de la démotivation, entendre ses progrès… Et on fait le pari qu’il y arrivera ! On rit, on affronte les difficultés, les galères des tentations pizza à l’épisode 4, les remarques de sa famille qui le charie sur ce projet plus qu’ambitieux (puisque même un coureur lambda aurait des difficultés à y arriver). Nous sommes allé lui poser quelques questions dans les starting blocks pour tâter la température… Vous êtes prêt ?

Entretien avec Redwane Telha

Tu es le protagoniste de « Cours, Redwane, Cours ! » sorti le 28 novembre dernier. Peux-tu te présenter un peu ?
Je m’appelle Redwane Telha, j’ai 27 ans, je suis marié, je suis rédacteur en chef de l’Instant M, l’émission médias de France Inter et animateur de Pouce, une émission sur Clique TV consacrée aux numériques et aux réseaux sociaux. Mon métier me passionne, les sujets que je traite me fascinent depuis toujours. Mon autre grande passion, c’est le basket américain. Fan absolu de la NBA !

C’est un gros défi car tu n’es pas du tout coureur ni sportif à la base. Comment t’es venu ce projet?
J’avais envie de me mettre en danger, de me dépasser. C’est justement parce que je ne suis pas coureur à la base que j’ai eu envie de me lancer dans ce projet. Je voulais accomplir quelque chose qui pourrait impressionner les gens autour de moi. J’avais envie de dépasser la question du handicap et réussir un exploit que même les athlètes valides ont du mal à atteindre. Le marathon s’est imposé comme une évidence. J’ai tout de suite eu envie de faire ce projet sportif un projet médiatique. Dès que Nouvelles Écoutes m’a donné son accord, j’ai foncé sans trop me poser de questions.

Pourquoi maintenant?
Tout simplement parce que j’étais en manque de défi et que je tournais en rond depuis quelques temps. Toute ma vie, j’ai dû me surpasser pour atteindre mes objectifs. Quand j’étais petit, marcher sans trébucher me semblait impossible. Ado, on me disait que les métiers du journalisme seraient inaccessibles pour moi. Après avoir atteint la plupart de mes objectifs professionnels, j’ai eu besoin de me mettre à nouveau en danger. Je savais que ça passerait par le sport. Et lorsqu’on en a parlé avec Nouvelles Écoutes, on a senti qu’il fallait se lancer très vite. Je me laisse 500 jours pour atteindre mon objectif. Ça nous laisse un peu de temps.

J’avais envie de dépasser la question du handicap et réussir un exploit que même les athlètes valides ont du mal à atteindre.


Tu as choisi de partager ton challenge via le podcast audio, est-ce que tu peux nous dire pourquoi ce média et pas un autre? (blog, youtube, réseaux sociaux…)
Pour deux raisons : d’abord parce que le podcast est le média de l’intime. Il permet plus facilement de se raconter, on a presque l’impression de chuchoter son histoire à l’oreille de l’auditeur. Ensuite, contrairement à YouTube et aux caméras, le micro n’est pas envahissant. Et lorsqu’on s’entraîne plusieurs fois par semaine, c’est précieux. Un micro, c’est léger. Je ne pourrais pas courir avec mon reflex aha. 

Redwane Telha
Rédacteur en chef de l’Instant M sur France Inter

Comment s’est fait ta rencontre avec Nouvelles Ecoutes et pourquoi ton aventure les a intéressés à ton avis?
J’ai rencontré Julien Neuville (co-fondateur de Nouvelles Écoutes) après avoir échangé sur les réseaux sociaux. On s’est vu plusieurs fois et j’ai eu envie de lui proposer ce projet. Je crois qu’il a accroché parce que ce podcast raconte la différence et le handicap à la première personne, sans être anxiogène ou larmoyant. Mais il faudrait lui demander directement 🙂

Mais je ne veux surtout pas que mon message sonne comme une injonction à la performance. Chacun vit son handicap ou son surpoids comme il l’entend.

Tu as une hémiplagie que tu expliques à ta nièce au premier épisode et tu pèses plus de 100 kg (en tout cas pour le moment). Peux-tu nous dire si ton quotidien est affecté par cela et comment il change ou pas ta perception du monde?
Concrètement, ça ne change pas grand chose. J’ai l’impression de vivre normalement. Le fait de grandir avec un handicap m’a sans doute un peu (trop ?) renforcé. Rien ne peut m’atteindre.

Est-ce important pour toi de montrer que les personnes porteuses de handicap ou en surpoids peuvent réussir comme les autres ? 
Il était important pour moi de montrer que les personnes porteuses de tout type de handicap (je pense même au handicap social !) ou en surpoids peuvent faire ce qu’elles veulent. Si elles veulent se dépasser, qu’elles le fassent ! Mais je ne veux surtout pas que mon message sonne comme une injonction à la performance. Chacun vit son handicap ou son surpoids comme il l’entend.

As-tu déjà subi du validisme ou de la grossophobie ?
Oui, surtout quand j’étais gamin. Je n’ai jamais été victime de grossophobie parce que mon obésité a tendance à s’effacer derrière mon handicap. On me voit plus comme un boiteux que comme un gros. Mais j’ai moi-même fait preuve de validisme et de grossophobie vis à vis de moi-même. Je n’ai jamais supporté cette différence et j’ai parfois été violent vis à vis de mon corps. Ce projet, c’est une réconciliation entre mon corps et mon esprit.

Quel est ton message principal à travers le podcast « Cours, Redwane, cours ! »
Tout est dans le titre ! Comme dans Forrest Gump, je cours pour être en paix avec moi-même. Je cours pour me surpasser. Et j’espère bien embarquer dans ma course tout un tas de gens qui se retrouveront dans mon parcours et ma détermination.

Forest Gump Cours redwane cours
Forrest Gump « Run Forrest, Run ! » a inspiré le titre du podcast

Tu as dis après le 2e épisode seulement que tu avais eu beaucoup de messages d’encouragement de la part des auditeurs que tu remercies. Quel soutien as-tu parmi tes proches ou des inconnus ? Est-ce que ça t’aide pour relever ce challenge?
Les messages m’aident à ne rien lâcher. Très fier de ce soutien. Les jours où j’ai un peu la flemme, c’est précieux.

On te souhaite beaucoup de motivation et bravo pour ton courage en tout cas! Que peut-on te souhaiter pour 2020 et les quelques 400taines de jours qu’il te restent avant le jour J ?
Merci beaucoup. Souhaitez moi de ne pas me blesser et d’aller au bout ! On ne lâche rien.

On l’a compris, Redwane est déter et ça inspire ! Ca donne envie d’enfiler ses baskets et de faire pareil que lui : courir pour se prouver qu’on est capable aux yeux des autres mais surtout pour soi-même. Et si on n’a pas envie de mettre les baskets tanpis, on sera là pour suivre et porter son exploit. Si les discriminations qu’il a pu vivre au cours de son parcours n’ont pas eu raison de lui et que l’autodénigrement a pu croiser sa route, il n’est pas prêt de se laisser abattre. Et c’est un message de dépassement de soi et surtout de tolérance et de respect qu’on entend là. Le caractère fonceur de Redwane nous porte bel et bien on le confirme, nous supporters/auditeurs, qui l’écouterons transformer ce défi délirant en espoir collectif. Et on y croit !

Vous pouvez écouter le podcast « Cours Redwane Cours ! » sur le site de Nouvelles Ecoutes, sur Spotify, Deezer, Applepodcast ou Soundcloud. Un épisode toutes les deux semaines : http://www.nouvellesecoutes.fr/podcasts/cours-redwane-cours/

Quand le podcast drague les (parents d) ados…

Entre saison 2 sur Spotify

Si Greta Tunberg fait la une du Times magasine, c’est grâce au souffle d’espoir qu’elle inspire à toute une génération Z, Y, millénials et aussi une floppée de soixante-huitards nostalgiques rêvant d’une société meilleure que celles qu’ils ont laissée. Ces jeunes qui osent parler de leurs craintes et qui sèchent les cours pour donner des leçons à leur aînées sont à la page et n’ont pas peur de critiquer les boomers. « A vingt ans… on est invincibleuh » comme disait Alyzé. En effet, c’est un âge où tout est possible, quelque soit l’époque. Une période incroyable où l’on a le droit de faire des erreurs, où la fougue et l’audace compensent le manque d’expérience et de sagesse. Cette nouvelle génération née un peu avant ou après l’an 2000 a la fougue et la rage des révoltes. C’est à eux, vingtenaires, qu’il incombe de nous faire rêver et de porter les revendications de leurs aînés, à eux de combler nos lacunes nous, vieux dinosaures de fin du XXe.

Mais en fait, l’adolescence n’a-t-elle pas toujours fait l’objet de fantasmes et de nostalgie ? De Gus Van Sant à Larry Clark en passant par Skins, 70’s Show, aujourd’hui Euphoria ou bien le classique American Pie, la littérature et le genre cinématographique foisonnent sur cet âge où l’on se construit…

Et si le podcast prenait lui aussi le pli? Nous balayons ici avec vous les podcasts qui mettent les pieds dans l’adolescence, cette population inventée au XIXe siècle qui caractérise cet âge de transition entre enfance et vie adulte…

Chambre d’ado sur France Inter

Et la chambre du fond à gauche près de la salle de bain, ben… c’est la mienne.

Thierry Marx

Comme dans une « chambre à soi », on cherche souvent le refuge dans cette pièce qui nous est propre : lieu de rêveries et de jeu où l’on peut être soi ou quelqu’un d’autre. Si vous ne connaissez pas encore, vous pourrez visiter « chambre d’ado » en compagnie de Christine Gonzalez et de ses invités. Elle alimente ses interviews d’éléments biographiques, de reportages, musiques et d’événements phares qui ont marqué ses invités : Annie Ernaux, Vikash Doraçao, Bérangère Krieff ou bien Thierry Marx ou bien Sheïla racontent le romantisme de cette époque qui les a forgé. Une émission très bien renseignée et intimiste sur chacun des invités : un croisement entre histoires personnelles et grands récits collectifs qui ont construit et forgé ces artistes, sportifs, cuisiniers. Un va et vient entre passé, présent et futur.

« Teen spirit » le podcast de Cheek Magazine

La journaliste et autrice Titiou Lecoq  au centre de l’épisode 5 de Teen Spirit

Que se soit dans les 90’s ou les débuts 2000s, l’adolescence a le charme d’un baiser torride sous une pluie torrentielle ou d’une vieille culotte sale traînant dans le fond d’un panier… C’est tout de même un moment clef dans l’existence d’un individu, qui le marque TOUTE SA VIE. Capter cet instant est tout l’objectif de « Teen Spirit », le petit nouveau de Cheek magazine, produit par Nova spot. Comme dans une chambre à soi, le format prend la forme d’interview mais de manière plus triviale. Ainsi, on ressort les gros dossiers de femmes célèbres comme Pomme, Alison Wheeler ou bien Izïa et on apprend leur rapport à la féminité et au fait d’être femme : les bribes et objets gardés au coin d’une boîte à souvenir, d’un agendas Didl, les premières pelles et premières fois, les tapisseries dans la chambre d’ado… Elles se livrent sur fond de confidence au micro des journalistes de Cheek : Myriam Levain, Julia Levain et Faustine Kopiejwski. Potins, plaisirs coupables et nostalgie garantie !

Dans le 10e épisode, Taous Merakchi nous livre ses années d’épouvante lié à son harcèlement scolaire… Comme quoi, être célèbre en étant adulte ne vous dispense pas d’une VDM étant jeune…

« Bullied » produit par Dire-son redéfinit la norme et les marges

Bullied saison 1

Etre teenager, c’est aussi apprendre les codes : ce qui se fait et ne se fait pas, la sociabilisation à travers l’intégration des normes tacites du collectif. Dans Bullied, des trentenaires parlent de leurs années collèges, période d’enfer pour nombreux d’entre eux. On interroge dans ce podcast la place des exclus, des rapports de domination mais aussi de la posture des suiveurs dans la mécanique du harcèlement. Une saison 2 se prépare pour focaliser sur le phénomène de cyberharcèlement, principalement vécu par les jeunes femmes puisque 80% des victimes sont du genre féminin…

Dans ces podcast où l’on « rewinde », ce qui est grisant, c’est de revisiter ces moments qui ont construits notre existence. Ils sont comme des clefs explorant le passé où les invités interviewés nous accompagnent vers ces contrées trop souvent oubliées : ils nous rappellent ces moments de nos vies où tendresse et violence se cotoîent au quotidien, où vulnérabilité cohabite avec puissance en l’espace de 30secondes. On passe du rire aux larmes en écoutant les témoignages de ces héro-ïnes ordinaires qui racontent leur vie entre souffrances profondes et joies intenses : les montagnes russes de cette âge fou en somme.

Quand on sait que dans le monde il y a actuellement 1 adolescent sur 6 individus (âgé de 10 à 19 ans) pour l’année 2018, il est grand temps de s’intéresser à cette frange de la population et de lui donner la place qu’elle mérite. Si l’on arrêtait de mépriser la jeunesse, les ados et les pré-ados auraient sûrement plus d’outils pour affronter les mutations numériques, la transition écologique et démographique… Le podcast, même s’il s’intéresse de plus en plus à l’adolescence et au jeune public, se doit maintenant de créer des espaces d’échange pour les ados et doit non seulement s’adresser aux ados mais surtout être adopté par les ados!

A quand un podcast pour les jeunes fait par des jeunes ? Allé hop, les plus de 25 ans, on déguerpit!

Jeune Juliette, grossophobie & harcèlement en teenage land

Sortie le 11 décembre 2019

Anne Emond réalisatrice québecoise s’adresse aux nostalgiques de la période de l’adolescence : inscouciance, premiers émois et gros coups durs ! Ce moment où l’on se cherche, où l’on construit sa confiance en soi et on essaie de s’affirmer, de plaire, d’être aimé.

Nous avons voulu parler de ce film car il est à l’image du podcast « Bullied », un retour en arrière vers cet âge tendre où la vie ne fait pourtant pas tout le temps des cadeaux. Avant la période de noël, allez voir « Jeune Juliette » un film à voir en famille et/ou entre amis, qui décrit de manière tellement juste les relations humaines.

Le personnage de Juliette que son père qualifie d' »enrobée » lorsqu’elle lui demande quand est-ce qu’elle a commencé à devenir grosse, est la protagoniste interprétée par la jeune et fantastique Alexane Jamieson. Cette héroïne est parfaite dans le sens où elle incarne avec brio l’anti-héro : d’abord elle est grosse et ne correspond donc pas aux standards de beauté et s’ennuie de sa vie plus qu’ordinaire… Elle fantasme sur le cliché du mec faussement rebel et rêve de s’installer à NYC aux côtés de sa mère. Ensuite, elle fait des erreurs, beaucoup de boulettes tout comme elle fait parfois preuve de bravoure, pour ce qui est de défendre les plus démunis ou faire ce qui lui semble juste. Son petit monde se résume à son père et son frère qui sont très cool, sa meilleure amie avec qui elle partage une relation cryptolesbienne et un petit garçon autiste asperger qu’elle baby-sitte. Ce beau petit monde qui l’entoure ne correspondant pas aux normes d’un monde où il faut être beau et populaire, elle les chérit et en a honte à la fois : son refuge est sa prison. « Losers » comme elle, elle rêve de s’échapper de son bled et de fuir sa condition de grosse intello pour retrouver un peu d’air à la « big apple ».

Le harcèlement : un phénomène insidieux multiformes

Dans cette comédie pleine d’humour et d’humanité, les personnages ne sont pas manichéens comme dans la plupart des teens movies : populaires / sportifs/ méchants gratuitement versus pauvres / intellos / harcelés. Rien n’est montré de manière gratuite et tout est nuancé, subtile. On y montre des rapports de force dominants/dominés comme dans le processus de harcèlement où le groupe broie l’individu. Mais on y montre aussi que parfois, ces rapports s’inversent. Même si la grossophobie reste un fléau sociétal, on évoque aussi l’homophobie ordinaire dans une société québecoise plutôt progressiste envers les personnes lgbt+. On évoque aussi bien les différentes réactions face aux petites violences au quotidien qu’on peut ignorer ou esquiver grâce à la réparti, comme les humiliations qui marquent à vie et provoquent l’envie de s’isoler, de partir loin…

La force de ce film qui peut parfois faire penser à « Precious » dans l’humour malgré la tragédie, ou encore la série « The end of the fucking world« qui célèbrent les « weirdos » est un hymne à la différence. Ces oeuvres qui décrivent de manière juste des relations complexes et fortes qui reposent en fait, sur des gestes et des actes d’amour : souvent les plus simples et les plus beaux…

Dire-son ne peut que vous recommander chaudement cette comédie qui parle donc de harcèlement, mais aussi de quête d’identité, d’amour de soi et des autres. « Jeune Juliette, comme notre podcast « Bullied« , ne verse ni dans le mélodrame ni ne réduit les personnes harcelées à leur condition de victimes. C’est un feel-good movie qui encourage à l’empowerment et au droit d’exister en dépit des autres. Une belle leçon de vie et d’espoir dans ce monde de bruts… !

En salle actuellement au Club de Grenoble, voici la bande annonce : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19586505&cfilm=276141.html

Rencontre avec les initiatrices de THE WOMANIST PODCAST

Il y a quelques mois, nous avons découvert en défrichant quelques podcasts en rapport avec l’afroféminisme et le colorisme, ce podcast qui est une mine d’or d’informations nous apportant aussi une bonne dose de bonne humeur.

C’est d’abord le côté radiophonique sous forme de discussions entre meufs racisées qui a retenu notre attention. Mais c’est surtout le sérieux des sujets traités de manière intersectionnelle sur un ton décontractée qui nous a convaincu : une perspective féminine et ethnique, sans se revendiquer militantes pour autant.

En fait, dans the Womanist, la pluralité des avis est très grande, car chacune des animatrices donne son opinion de façon décomplexée sans censure ni jugement, que se soit pour débattre de harcèlement de rue comme de culture pop !

Chacune parle de sa propre expérience sans en faire des généralités ou sans élaborer des théories pompeuses. On traite politique dans les épisodes sur le colorisme, l’appropriation culturelle ou le racisme anti-blanc… En démantelant aussi bien les clichés sexistes et racistes de l’angry black woman qu’en discutant de sujets plus « lifestyle » comme l’amour mixte, les sexualités, les réseaux sociaux, cette bande de femmes noires françaises immigrées aux US, nous partagent un pan de leurs réflexions à la lueur de leurs expériences personnelles en tant que femme de couleur noire, francophone et tant d’autres facettes de leur identité plurielle… Dans le dernier épisode par exemple, on se penchera sur le phénomène de gentrification et de blackgeoisie ! C’est pour cette raison que dire-son a voulu les interroger pour comprendre les coulisses de cette émission qui contribue à lever le tabou autour du mot « communautarisme » et parfois même « féminisme ».

Interview

Bonjour  Louisa et Laethycia. Comment vous est venu l’envie de faire ce podcast ? Au départ vous étiez 3 et maintenant vous voilà 7 !

The Womanist Podcast est né d’un besoin de s’exprimer sur les sujets qui nous touchent, nous femmes noires, de créer un espace “safe” où l’on pourrait apprendre, échanger et donner nos avis. 

Toutes les animatrices vive à New York, ville multiculturelle. Vous vous adressez principalement aux femmes noires à l’identité multiculturelle. Pourriez-vous préciser ?

On parle ou on dit souvent “la femme noire” en oubliant toute sa diversité, qu’il s’agisse de nos origines, de nos cultures, notre identité sexuelle, notre appartenance à une ou des sous-cultures, notre environnement etc. À travers le podcast, on s’adresse à la diaspora, aux femmes noires où qu’elles soient, dans toute leur diversité et leur complexité. Malgré le fait que nos expériences en tant que femmes noires aient de nombreux éléments en commun, nous sommes toutes différentes.

On a choisi de s’exprimer en français parce que c’est notre langue maternelle et parce qu’on s’adresse principalement aux femmes noires francophones, notamment parce qu’on trouve que les discours des racisés sur les problématiques sociales et raciales qui touchent ces femmes est encore trop bridé dans les pays où l’on parle français.

La France est en retard en ce qui concerne les mouvements décoloniaux et antiracistes ?

Honnêtement, c’est difficile à évaluer de façon objective puisque nous n’y sommes pas mais il nous semble qu’effectivement il y a un gros retard en France ou plutôt une grande résistance de la société française. Cela dit, il y a aussi un gros travail qui est fait par de nombreux groupes, associations, collectifs, etc. et d’autres initiatives plus individuelles. Force et courage à eux.

« On trouve que les discours des racisés sur les problématiques sociales et raciales qui touchent les femmes noires est encore trop bridé dans les pays où l’on parle français. »

Vous définiriez-vous comme militantes et/ou afroféministes ?

Le fait de produire un (bientôt plusieurs) podcast qui s’adresse aux femmes noires et d’avoir les opinions que nous avons, on considère que c’est un acte militant ou engagé. Mais se définir comme militantes et/ou afroféministes, pas vraiment parce qu’on n’aime pas les labels et parce qu’on a un grand respect pour les gens qui le sont et qui travaillent dur sur le terrain.

Pourquoi avoir choisi le format podcast et comment définissez-vous les thématiques de chaque épisode ? 

Le format podcast est apparu comme une évidence. Dans une société où tout le monde est obnubilé par l’image et où la capacité d’attention a beaucoup diminué, le podcast est un peu à contre courant même si paradoxalement il est très populaire. Pour nous, il permet de garder un peu d’authenticité et de spontanéité (même si les enregistrements sont préparés et un minimum édités). C’est aussi une façon de dire – ce qu’on dit, c’est important. 

Les thématiques sont choisies en fonction de nos inspirations ou de sujets qui font l’actualité. On reçoit également beaucoup de suggestions de nos auditeurs.

Quels podcasts écoutez-vous et recommanderiez-vous en terme d’excellence ?

Nous n’écoutons pas vraiment de podcasts en français pour éviter d’être influencées. Par contre, pour ce qui est des podcasts en anglais, on aime beaucoup ce que font The Heart, Therapy For Black Girls, Oprah’s Super Soul Conversations et Ear Hustle.

Même si elles restent modestes quant à leurs intentions féministes et inclusives, nous sommes convaincue que l’engagement transparaît dans ce podcast qui s’adresse à des femmes issues de minorités ethniques car il peut trouver un écho à leurs questionnements au quotidien. Et ça c’est fort !

Merci à toute la team de The womanist d’avoir répondu à nos questions ! En leur souhaitant une bonne continuation et beaucoup d’auditrices… ❤

Vous pouvez écouter tous leurs podcasts sur leur page internet ici : https://www.thewomanistpodcast.com/episodes

Le son binaural : effet bling bling ou révolution sonore ?

podcast son binaural casque or
Reproduction du casque d’un des membres de Daft Punk

Récemment de nombreux studios de podcasts se démarquent de la plèbe des podcasteurs indé avec notamment la monétisation par les annonceurs, mais aussi avec une toute nouvelle technologie de pointe : le son binaural. Dernièrement, le studio Bababam a sorti le podcast de fiction « Noises » qui vend les mérites d’une narration décuplée d’intérêt grâce au son binaural. Ce ne sont pas les premiers à se lancer dans cette technologie du tur-fu, puisque de nombreux studios se l’arrachent comme la 3d au cinéma multiplex.

Mais la 3D sonore, est-ce vraiment une valeur ajoutée pour la narration audio ? Ne pouvons-nous pas nous contenter de la bonne vieille stéréo qui suffit largement à raconter une histoire ? Est-ce une technologie pour des podcasts de certains genres en particulier et superproductions ? D’abord, voyons voir de plus près ce qu’est le son binaural si vous le voulez bien.

Le binaural vulgarisé

Parce qu’un son vaut mille mots, cliquez d’abord sur ce lien : virtual barber shop !! Une des plus célèbres démonstrations d’expérience sonore en binaural qui a drainé plus de 30 millions de vues,nous transporte chez le barbier comme si nous y étions rien qu’en fermant les yeux.

Le son binaural reproduit l’écoute naturelle de manière à situer le son dans l’espace et arrive contrairement à la stéréo, à repérer les sons et leur timbre ainsi que leur champs de profondeur quand ils passent à côté de vous : en dessous quand le métro vibre sous vos pieds, ou au-dessus de vous quand les avions frôlent le ciel. Le son binaural comme le son est enveloppant, mais il permet à l’auditeur de se mettre dans la peau du narrateur comme s’il vivait l’histoire à sa place : mêmes perceptions auditives que le héro avec ses oreilles. Cette technologie procure une sensation de réalisme « in situ » qui peut donner des frissons à la manière de l’ASMR qui titille certaines parties du cerveau, (Autonomous Sensory Meridian Response) car elle apporte une dimension vibratoire et sensorielle supplémentaire à l’ouïe. N’oublions pas que le son est une onde sonore qui se propage de votre oreille à votre cerveau en spatialisant l’information qui bouge, retentit. Et c’est pourquoi le son binaural est incroyable : il reproduit à la perfection les mouvements de ce bruit. D’où le terme « immersion », que l’on entend souvent pour définir le son binaural, qui chatoient l’ouïe en filtrant les sons selon leurs provenances.

Son binaural, couleur des sons et David Hockney
« More felled trees on Woldgate » de David Hockney, 2008

L’enregistrement peut se faire soit en mettant des micros implantés dans les tympans et l’ouïe des protagonistes. (d’où la sensation d’être dans les oreilles de…) Soit en reproduisant le processus d’écoute physique par de savants calculs mathématiques que nous n’expliquerons pas ici car nos connaissances en physique et en accoustique sont limitées…

En bref, le son binaural est pour l’univers audio ce que la réalité augmentée est au jeu vidéo. Le mode d’écoute se fera à l’aide d’un casque audio, tandis que l’autre se fera avec un casque de réalité virtuelle. Une expérience utilisateur au top comme disent les UI/UX designers, puisque la sensation de réalisme est réussie!

Quand les plus grands s’y mettent

Bien sûr, Arté Radio et Radio France furent les précurseurs du format podcast natif en France. Arté a notamment produit des pastilles sonores ludiques pour plonger immédiatement l’auditeur.ice dans des univers hors du commun avec « Dans la tête » : ce podcast natif de moins de 3 minutes en binaural permet de se mettre dans la tête d’un dentiste, d’une skieuse, d’une personnes aveugle ou d’un batteur… lancé en 2015 c’est tout simplement une expérience kiffante.

Le service public et plus spécialement France culture s’est mis aussi avec des fictions et des séries comme « Hasta dente » ou « l’appel des abysses » et plus récemment « Dreamstation« . Ayant de plus gros moyens que n’importe quel studio, malgré toutefois leur restrictions budgétaires importantes pour les années à venir, il était certain de les attendre au tournant… Quant aux studios 100 % natifs, Louie Media tente le binaural pour de l’interviews cette fois, dans son podcast « Manger » (anciennement plan culinaire) pour décupler les papilles en cuisine avec le son des casseroles venant frôler vos écoutilles et déclencher la synesthésie…

hasat dente podcast
Feuilleton de podcast natif sur France Culture

Vous l’avez compris, le son binaural est à la mode et tous les studios de Pariwood se l’arrachent pour offrir à ses auditeurs une expérience sonore extraordinaire. Mais cet effet est-il vraiment spécial et garant du succès?

Un succès relatif : le scénario avant tout !

Pourtant si les podcasts de fiction en son binaural sont épatants, ils ne comptent pas parmi les meilleurs chiffres en terme d’audimat. Car non seulement au bout de 5 minutes on s’en lasse vite ou on l’oublie. (comme au cinéma quand au bout de 15 minutes on tente d’enlever les lunettes 3D parce que l’effet s’estompe avec l’habitude) Mais en plus chez certains, cela peut entraîner une sensation de gêne ou d’intrusion à l’écoute. Car le son au casque peut être dissonant par rapport aux sons qui se produisent dans la réalité que vit l’auditeur dans son quotidien : imaginez un mur s’écrouler surgissant dans vos oreilles pendant que vous êtes dans les transports en commun ou en train de cuisiner… Et si l’on se veut l’avocat du diable, il se peut même que ces effets sonores de passe passe puissent dévier l’auditeur de l’histoire car son cerveau sera parasité par les sons environnement plutôt que de se focaliser sur les dialogues… Il faut donc des conditions physiques d’écoute calme à l’écart de la foule, dans un endroit plutôt confiné pour profiter pleinement de l’expérience et être attentif à 100%. Ce qui n’est pas encore donné à l’heure de la baladodiffuson…

Mais revenons à nos chiffres et à nos moutons. Prenons l’exemple de success story de podcasts aux Etats-Unis, les number one du podcast dans le monde. Les séries qui ont battus des records d’audience sont « Serial » et la série « The message » qui, à votre grande surprise, n’utilisent pas la technologie binaurale.

Le premier est un reportage mené par la journaliste Sarah Koening qui réouvre l’enquête du meurtre d’une adolescente par son petit ami de l’époque en 1999. Ce fait divers s’est réellement déroulée à Baltimore et a été mis en lumière par la journaliste du fait du manque de preuves tangibles dans cette affaire, qui pourrait bien être une erreur judiciaire condamnant un innocent derrière les barreaux. La qualité sonore est bien loin d’être le critère déterminant du podcast et c’est bel est bien la manière d’amener l’enquête qui a fait le succès de la série. L’ambiance propulse l’auditeur dans un véritable thriller aux côtés de la journaliste qui partage ses notes, fouille, téléphone auprès d’avocats, s’entretient avec plusieurs témoins, remue ciel et terre pour connaître la vérité auprès de la police, de la justice, de l’accusée. Elle égrène avec l’auditeur tout le long de l’enquête ce qui rend le récit progressif et d’autant plus haletant puisqu’on la suit presque en temps réel dans cette enquête. Où des millions de personnes avec plus de 100 millions de téléchargements se sont enjaillées pour Serial qui a d’ailleurs réussit à remettre au grand jour cette affaire non-élucidée.

Sérial podcast d'investigation
Le podcast « Serial » a réouvert le dossier et un nouveau procès pour Adnan Syed, accusé du meurtre de Hae Min Lee

« The Message » quant à lui, est une série de science-fiction avec plus de 4 millions d’écoutes qui lui non-plus, n’a pas fait l’usage de son binaural. Pourtant, le format science-fiction s’y portait bien ! On peut dire que le succès de ce podcast repose principalement sur le talent du scénariste Mac Roger et de la réalisatrice Rachel Wolter qui transporte et plonge l’auditeur dans un docu-fiction amené par la protagoniste fictive et journaliste. Elle sera la passeuse entre le public et une équipe de scientifique essayant de décrypter un message alien d’il y a 70 ans… Le soin est apporté à l’histoire de chacun des personnages plus vrais que nature, ayant chacun son histoire, sa personnalité, ses objectifs. Mais c’est aussi grâce à la réalisation qui amène graduellement l’auditeur dans une ambiance angoissante et le dispositif d’une mise en abyme du podcast dans le podcast, du message dans le message…

Vous l’avez bien compris, un podcast en son binaural sans scénario, c’est comme le dernier Endgame des Avengers… Les effets spéciaux à gogo ne sont pas les garants d’une bonne histoire qui vous porte aux tripes. D’ailleurs, le petit dernier de France Culture Projet Orloff sorti en septembre dernier et à la réalisation sonore classique commence à très bien décoller…

Si en France l’industrie du podcast est à ses débuts, la production de « fiction » est encore à ses balbutiements du fait de son coût de production élevé. La plateforme Sybel se voulant le Netflix des séries audios, a levé 5 millions d’euros cette année 2019. Dont 2 millions seront dédiés à une trentaine de créations originales. Parmi celles-ci, la plateforme favorisera-t-elle les effets spéciaux apportés par le binaural dans ses séries ou accordera-t-elle plus d’importance à la narration et au storytelling porté par une pool de scénaristes ? Nous espérons qu’elle optera pour le second choix. Nous réacs? Nooooooon !

Dans tous les cas, nous attendons avec impatience LE podcast français qui saura allier avec brio la technologie binaurale au service d’un récit intelligent, divertissant et avant-gardiste. Peut-être existe-t-il déjà à vos yeux ? N’hésitez pas à nous partager votre avis et à nous corriger en terme de technique binaurale ! Car à défaut d’être aveugles, on est surtout à l’écoute chez dire-son ! 😉