La petite révolution sexuelle dans le microcosme audio

Quand la libre antenne explosait l’audimat avec Max sur Fun Radio et Difool sur Skyrock, c’était bien pour leurs conneries, humour et canular en tout genre. Mais les sujets autour de la sexualité jouaient aussi en grande partie. Ils ont contribué à ce que des milliers d’ados soient branchés sur la FM dans les années 90-2000’s. Certes on y parlait crûment, souvent de manière sexistes ou bien vulgaires mais pas moins informative. On pouvait écouter des auditeurs appelant le standard téléphonique pour demander des conseils en direct d’un tel ou d’une telle pour faire une bonne fellation à son copain, surmonter sa jalousie maladive, apprendre à pécho quand on était timide… En répondant à des auditeurs sur leurs questionnements dans leur couple, leur célibat ou leur sexualité de manière général, la team d’animateurs s’amusaient à discuter sans tabou pour trouver des solutions ou bien même rassurer certains sur leurs nombreux doutes en matière d’amour et de sexualité. Trivial, convivial, les animateurs donnaient le ton même s’ils n’étaient pas diplômés en sexologie ou en conseillers conjugaux, ils avaient surtout le rôle d’amis et d’écoute auprès des jeunes adultes et les aidaient à trouver des solutions à leurs problèmes de coeur et de cul.

Aujourd’hui, le podcast natif prend le pas sur ces programmes fm, celui de Brigitte Lahaie bien sûr, figure de l’érotisme et du porno puis de la radio qui a réussi à être en direct tous les après-midi sur RMC puis Sud radio. Les formats diffèrent et ne sont pas sous forme de libres antennes mais plutôt de discussions intimes, de dossiers d’enquête. Les programmes se multiplient et tous les jours on voit sur nos applis mobiles de nouveaux titres de podcast sur le sexe. Slate à l’automne dernier sort « Lieux du sexe » suivi de très près par Spotify et son « Sex club« , Vibrant.e.s chez Causette, le sexe n’a plus rien d’exceptionnel. En effet, on sent une tendance actuelle à partager à outrance ses expériences sexuelles, ses aventures, ses amours, badinages, plans culs de manière banalisées. On peut se demander si la sphère audio ne s’est pas prise à son propre piège et ne tendrait pas déjà à uniformiser : l’hypersexualisation envahissant les écrans et le digital, elle n’a pas épargné le podcast qui tend lui aussi à devenir racoleur. En effet, on commence à épuiser certains sujets comme les premières fois, l’homosexualité et surtout utiliser les mêmes manières de raconter qui deviennent lassantes et redondantes. En fait, depuis « Les chemins de désir » de Claire Richard et « Qui m’a filé la chlamydia » d’Anouk Perry, on n’a pas encore trouvé de styles et de formats originaux depuis qui sortent du format interview/talk…

C’est comme si le sexe était devenu « LE PUTE A CLIQUE » que tous les studios de prod ou les plateformes de streaming audio devaient avoir. Il est facile à produire, peut se décliner à l’infini comme le burger sur une carte de resto #pornfood.

Sélection de podcasts

J’ai donc voulu faire une sélection de mes coups de coeur podcasts traitant de sexualités. Mais attention, pas n’importe lesquels : dans ce brouhaha auditif, voilà une petite playlist de podcasts qui mettent en lumière des pratiques en parallèle de l’hétéronormativité en matière de sexualité.s dans les podcasts. Car s’il y a bien un besoin en terme de sexualité, c’est celui de désacraliser le phallocentrisme et la monogamie romantique. Un manque se fait ressentir aussi auprès des personnes agenres, asexuelles, intersexes, aromantiques… qui iels aussi ont le droit d’être représenté.e.s non pas en tant que marge, mais en tant que modèles alternatifs aux modèles dominants et mainstream

J’ai donc sélectionné des podcasts qui remettent en cause ces schémas de la famille nucléaire et de la femme objet, de la sexualité homme/femme classique. Une réaction suscitée aussi par la soi-disant ouverture de la société en matière sexuelle, quand finalement on censure un sein nu ou des poils aux jambes sur les réseaux sociaux. (coucou facebook).

Amours plurielles

C’est un projet qui ne parle pas que de polyamour. En fait, si « polyamour » rime souvent à tort avec « libertinage » ou « polygamie », c’est précisément ce que Lauren Mary l’hôte de l’émission veut déconstruire à travers cette série. Elle interroge des profils diversifiés de personnes réinterrogeant la monogamie en vivant leur intimité : l‘identité de genre, les orientations sexuelles et l’hétéronormativité surtout.

Les invités expriment leurs expériences et leur manière de vivre leurs amours se conjuguant au féminin, masculin, cisgenre ou trans, en club ou en soirée privée, parent ou sans enfants…

Selon l’anthropologue culturel et féministe Gayle Rubin, l’hétéronormativité dans la société courante crée une « hiérarchie sexuelle » qui classe les pratiques sexuelles de « bon sexe » à « mauvais sexe ». La hiérarchie place le sexe monogame entre hétérosexuels comme « bon » et place n’importe quels autres actes sexuels et individus qui ne rentrent pas dans ces critères de plus en plus bas jusqu’à atteindre le « mauvais sexe ». Et l’on peut en dire de même sur le bon genre et le mauvais genre.

Je souhaite rendre visible une diversité de parcours, une pluralité d’expériences, avec un éventail large en termes d’identités de genre, d’orientations sexuelles, d’âges, d’ethnicités, de classes sociales, etc.

Lauren Mary

Ce qui est passionnant dans ce podcast, c’est non seulement que l’animatrice est elle-même polyamoureuse et donc curieuse et enjouée d’échanger à ce propos. Et surtout qu’elle s’intéresse avec conviction à la pluralité des polyamoureux.se.s en interviewant une multitudes d’invité.e.s queer, racisés, autistes, agenres…

Mon corps, le plaisir et moi

mon corps le plaisir et moi création sonore

Documentaire écrit et conçu à quatre mains et quatre oreilles pour lever les secrets qui se cachent derrière la masturbation féminine. Même si elle date de 2013, cette création d’Eve Grimbert et Eloïse Plantrou est malheureusement encore très actuelle. Car si les hommes discutent sans pudeur de leurs expériences de branlette en public, il est encore très difficile de partager librement nos expérience de caresses clitoridiennes, vaginales sans en avoir honte. On ouvre le sujet dans ce documentaire sur la clef du plaisir chez plusieurs femmes en décortiquant l’étymologie du mot « clitoris ».

Alors qu’au 21e siècle on commence à questionner l’orgasme vaginal VS orgasme clitoridien et l’existence du poing G, cette oeuvre nous raconte les premiers émois en solitaire de différentes personnes à des âges différents et la découverte de leur sexualité en solo, tabou ou pas. Des micro trottoirs interrogent en parallèle les hommes sur la in-compréhension du corps des femmes. Devenus sujet de plaisir et non plus objet de désir, c’est tout le propos de ce documentaire subtil et intime, fin dans l’humour et dans la progression.

Nous comptons sur la richesse de ces expériences contées pour alimenter le débat sur la masturbation féminine, sujet que toutes les femmes pourraient toucher du doigt ! La radio n’est-elle pas un porte-voix privilégié pour ce genre d’intimités ?

Heloïse Plantrou, Eve Grimbert

Au coeur du planning familial

au coeur du planning familial

C’est une série de 6 épisodes sous forme de reportages journalistiques diffusés du 30 janvier au 8 mars 2020, journée symbolique du droit des femmes.

Le planning familial est devenue une institution en France en matière de sexualités libres et safe. Né en Isère à Grenoble il y a 60 ans, il est étonnant que ce podcast prennent lieu à Marseille mais certes…

Dans cette investigation menée par Isabelle Durioz, on nous emmène dans ce haut lieu de résistance féministe et d’éduc pop, qui lutte pour le droit des femmes pour s’approprier leur corps comme elles le souhaitent sans jugement ni autorité. Le mouvement nationale a fait et continue un travail remarquable avec bénévoles et salarié.e.s qui accompagnent et écoutent les femmes quelques soient leur problématiques autour des contraceptions et des sexualités des femmes cis et transgenres, dans leurs démarches amoureuses, familiales, sexuelles et de manière globale au niveau de la santé féminine.

Ce podcast montre avec brio les enjeux de l’intime qui devient politique puisqu’il montre l’envers de cette structure qui milite au quotidien pour informer, sensibiliser. Dans une situation où les millenials se protègent de moins en moins, les pro-vie refont surface et où la désinformation et le retour des extrémismes religieux reviennent à la charge, ce podcast est d’utilité publique et invite les femmes, quels que soient leur milieux sociaux, leurs origines ethniques, leur âge, leur orientation sexuelles ou genres, à connaître aussi bien leurs droits juridiques que droits physiques et corporels.

En espérant que ces podcasts ne seront pas que des émissions pour prêcher des convaincu.e.s mais surtout des portes ouvertes pour toutes et tous les curieux.se.s qui souhaitent entendre d’autres voix et d’autres types d’expériences que celles communément admises et validées. L‘audio étant révélateur de l’intime et du parler vrai, il est important que la radio et les podcasts continuent de divulguer ce qu’on ne voit pas

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